A l’image de l’addiction aux stupéfiants, à l’alcool, la dépendance aux jeux d’argent est une pathologie appelée ludopathie qui peut être prise en charge par des structures spécialisées.

Au Maroc, le sentiment de honte empêche souvent les personnes dépendantes des jeux d’argent de consulter un spécialiste
Il en existe plusieurs au Maroc. Certaines personnes fortunées vont suivre une «cure de désintoxication» à l’étranger. «La personne dépendante suivra une thérapie intensive pendant quelques semaines et pourra continuer le travail thérapeutique avec un cabinet spécialisé», explique Yves Jomini, psychologue et psychothérapeute. La thérapie prévoit également un travail motivationnel, le renforcement de la motivation sur le moyen et le long terme. Elle consiste notamment à déterminer les situations à risque dans lesquelles le patient, puisqu’il s’agit justement d’un patient, peut avoir une forte envie de jouer et la démarche à suivre pour éviter ces situations et les affronter. L’un des exemples de situation à risque les plus courants serait de se retrouver dans un groupe d’amis à proximité d’un casino ou d’un café où on joue et où la tentation serait irrésistible.
Le premier déclic
Quel est le facteur déclencheur de la prise en charge? Il n’y a pas de règle générale, parfois ce sont les patients qui prennent l’initiative de se confier à un spécialiste, parfois c’est plutôt les parents ou le conjoint, impactés par les conséquences financières, professionnelles, mais aussi familiales de l’accoutumance aux jeux de hasard. «Au Maroc, c’est plus la famille qui vient consulter du fait qu’elle n’en peut plus des dérives du fils ou de la fille. Et quand cela se sait, c’est la honte pour tout le monde. J’ai vu des familles en pleurs. En France ou en Suisse, par contre, les personnes concernées viennent de leur propre chef, parfois sur injonction de l’épouse, par exemple. Quand c’est la famille qui consulte, nous lui suggérons de convaincre la personne dépendante de venir pour un rendez-vous. En ce qui concerne la prise en charge à proprement parler, il en existe plusieurs. Nous proposons une thérapie individuelle comme nous pouvons recommander à la personne de se faire hospitaliser au sein une structure spécialisée dans les dépendances», poursuit le psychothérapeute. L’hospitalisation a pour avantage de couper la personne des lieux de tentation le temps d’être traitée. A l’inverse, une personne suivie par un cabinet peut toujours aller jouer dès sa sortie. L’offre de structures n’est pas très développée, mais l’essentiel est davantage d’inciter l’individu accro «à ne plus avoir honte d’avoir perdu la liberté de s’abstenir de jouer car c’est de cela qu’il s’agit». C’est là toute la difficulté. Le patient doit admettre dans son for intérieur cet état de fait: «Je n’y arrive pas tout seul et même si j’ai un peu honte, je vais quand même demander de l’aide». Le psychologue peut également orienter la personne vers son médecin de famille, qui peut à son tour l’adresser à un psychiatre pour une prise charge médicale, notamment pour les personnes anxieuses, dépressives. «Mais la prise en charge de la dépendance aux jeux est un traitement essentiellement psychologique. Il faut signaler, par ailleurs, que la cure peut prendre jusqu’à deux ans en moyenne selon le degré de dépendance, à raison d’une visite par semaine, puis une toutes les deux semaines, assortie d’un suivi régulier». Cependant, il faut savoir qu’il n’y a pas de traitement définitif et qu’il y a souvent des rechutes, d’après mon expérience, dans la moitié des cas, qui peuvent se produire des années plus tard. La meilleure thérapie étant la modération à défaut d’abstinence.
Joueurs anonymes: Une thérapie gratuite
«Une autre approche que je conseillerais et que la personne pourrait suivre en parallèle, ou à la place si elle n’a pas les moyens, consisterait à fréquenter les groupes de soutien en ligne sous le nom de Joueurs Anonymes ou Gamblers Anonymous à l’image des narcotiques anonymes ou des alcooliques anonymes.
Il y a même un groupe pour arabophones. Ils fonctionnent sur le modèle des Narcotiques Anonymes et des Alcooliques Anonymes, avec le même programme en 12 étapes. Certains participants sont abstinents depuis des années et peuvent aider les juniors. Le soutien est considérable», recommande le psychologue.
En finir avec certaines croyances
«Les personnes obsédées par les jeux d’argent ont une croyance erronée de pouvoir dominer le hasard: Si j’ai la bonne combinaison, je vais pouvoir être plus fort que la machine. Le numéro 13 sortira fatalement un jour. C’est la raison pour laquelle, dans le cadre de la thérapie, nous travaillons sur les croyances pour les remplacer par des croyances plus justes et plus réalistes. Nous associons autant que possible la famille pour la soutenir et qu’elle soit une ressource», souligne le spécialiste du traitement des addictions. Si la personne a des besoins en sensations fortes, le psychothérapeute pourra travailler sur cet aspect afin de trouver une réponse à ce besoin autrement que par le jeu qui est aussi un moyen, mais coûteux. Si le patient s’ennuie, n’a pas de vie sociale, il essayera de l’aider à restaurer ou à créer un réseau social de qualité. Une situation qui lui permettra de sortir de l’ennui. Autant de paramètres qu’il faut aussi expliquer à la famille ou au partenaire qui peuvent être d’une aide précieuse dans une prise en charge car, souvent, ils ont aussi souffert de cette situation.
Hassan EL ARIF
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Auteur: Hassan EL ARIF
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