Depuis le 1er juillet 2025, les gains de source étrangère, provenant des jeux de hasard, qu’ils soient en nature ou pécuniaires, sont soumis à l’impôt sur le revenu (article 6-22 du code général des impôts) via une retenue à la source au taux libératoire de 30%. Sont concernés les montants supérieurs à 5.000 DH.

La dépendance aux jeux d’argent a été classée par l’OMS comme une maladie qui nécessite une prise en charge dans une structure spécialisée

Le gouvernement avait également institué une contribution sociale de 2% (article 300 du CGI) sur les bénéfices réalisés par les sociétés locales versant des gains de jeux de hasard aux bénéficiaires (article 298 du CGI).
La taxation s’applique aux exercices ouverts depuis le 1er janvier 2025. Mais, en contrepartie, l’État n’assure aucune prise en charge de la dépendance aux jeux de hasard. «Si cela s’explique par le contrôle par le gouvernement des jeux de hasard en ligne opérant depuis l’étranger-car ils génèrent des devises sans que le Trésor public ne bénéficie de recettes fiscales en retour- il n’y a pas pour autant de programmes de prévention et de lutte contre la ludopathie telle qu’elle est définie par l’OMS à la cinquième édition du Manuel diagnostique et statistique des troubles mentaux (DSM-5)», souligne Abdelfattah Ezzine, sociologue du loisir et de l’animation.

Plateforme légale vs plateforme illicite

Et de rappeler que le jeu et les loisirs sont des domaines sous-étudiés au Maroc. La recherche au niveau national ne s’y intéresse pas et les politiques publiques et sectorielles restent d’une invisibilité flagrante. «Nous n’avons, par exemple, aucun programme concernant le jeu et les loisirs porté par le secteur de la santé en partenariat avec d’autres secteurs. D’ailleurs, il n’y a jamais eu de ministère des loisirs au Maroc comme dans certains pays avancés ou même une section», regrette le sociologue.
Les jeux de hasard sont-ils toujours une affaire d’argent? La réponse est difficile car, comme le précise le rapport 2024 de l’Institut royal des études stratégiques, il y a des plateformes autorisées et d’autres qui sont illégales. Par conséquent, il est difficile d’en connaître les pratiques qui peuvent parfois créer beaucoup de problèmes.
Les Etats-Unis, par exemple, qui détiennent le palmarès des maladies liées aux jeux, définissent le portrait-robot de la dépendance d’après l’enquête de 2024 comme étant des personnes qui participent souvent à de nombreuses et différentes activités de jeu, jouent chaque semaine ou plus souvent.
Elles conviennent que le jeu est un bon moyen de gagner de l’argent et de ce fait participent à des paris sportifs, qu’il s’agisse de paris traditionnels ou de sports fantastiques telles que les différents genres de rodéos, comme les motos.
De sexe masculin, âgées de moins de 35 ans, elles jouent en ligne. Toujours d’après ce portrait-robot, la personne dépendante croit qu’en jouant, elle va récupérer les pertes et gagner plus.

Une préoccupation grandissante

Le sociologue explique qu’il y a aujourd’hui une préoccupation grandissante, en particulier au sujet des jeux en ligne. Comme la personne est devant sa console avec sa manette, elle peut jouer en illimité. Les effets de la ludopathie sur la santé physique et mentale sont importants car elle génère parfois des violences chez les jeunes empêchés par leurs parents de jouer, voire des décès dus à des crises cardiaques, des problèmes de tension… Quand elle ne va pas jusqu’au suicide, la dépendance entraîne des troubles qui ont un impact sur l’éducation des jeunes et leur projet éducatif. Les plus touchés sont les pays d’Asie, l’Australie.
D’ailleurs, le gouvernement australien s’est engagé à légiférer sur une limite d’âge de 16 ans pour l’accès aux réseaux sociaux, avec des sanctions pour les plateformes en ligne qui ne s’y conforment pas. La dépendance aux jeux de hasard touche également des personnes adultes, à la recherche d’argent n’importe comment pour jouer. «Le pire, c’est que pour les personnes accros, le jeu devient l’essentiel de leur culture et de leur référence. Les amateurs du pari hippique, par exemple, connaissent par cœur les noms des chevaux, leur pedigree, leurs écuries, les favoris…Il en va de même pour les amateurs des paris sportifs».

Hassan EL ARIF

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Auteur: Hassan EL ARIF
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