Les écoles et universités payantes1 (privées et en partenariat avec l’Etat) sont en train d’atteindre une nouvelle dimension, avec une montée en puissance marquée. Sur les trois dernières années plus particulièrement, le secteur enregistre une croissance accélérée, pour dépasser les 100.000 inscrits, selon les chiffres préliminaires du ministère de l’Enseignement supérieur pour 2025-2026. Un seuil jusque-là inédit.

Le secteur améliore petit à petit sa part dans le total des effectifs de l’enseignement supérieur. Il est passé d’une moyenne de 5% à 8% au cours des cinq dernières années

Le seuil des 20% ne semble plus difficile à réaliser

En effet, jamais le système payant n’a réalisé un tel score. Jusqu’en 2021-2022, sa part dans les effectifs de l’enseignement supérieur ne dépassait guère les 5%. Cette année, elle monte à près de 8%.
Le pourcentage réalisé par le système payant est encore loin des 20% préconisés, mais la tendance des trois dernières années présage d’un avenir meilleur pour le secteur au cours de la prochaine décennie. «Il est même possible d’arriver aux 20% dans les cinq ou six prochaines années», estime Moulay Ahmed Lamrani, vice-président général de la Fédération de l’enseignement privé (FEP) relevant de la CGEM. Pour Lamrani, également président de l’Ecole des hautes études économiques, commerciales et d’ingénierie à Marrakech, et du groupe scolaire Institution Lamrani, l’attractivité du secteur s’est sensiblement améliorée ces dernières années. Principal élément déclencheur, la reconnaissance de l’Etat rendue possible à partir de fin 2015.
Grâce à ce label, ainsi qu’à la concurrence qui bat son plein, le secteur a nettement amélioré son offre et son attrait auprès des candidats. Il a multiplié les investissements dans des infrastructures de haut niveau, fourni un effort considérable en termes de recrutements et diversifié ses formations. Ceci, en couvrant des spécialités prisées par les étudiants, telles que la médecine, l’ingénierie, l’architecture…, ou encore nouvelles, comme le digital, l’IA, big data… «Les établissements qui ont été reconnus ont, sans exagération, doublé leurs effectifs depuis 5 ou 6 ans», assure le vice-président général de la FEP, qui relève, en outre, un changement de mentalité.

Selon les premiers chiffres de la tutelle, plus de 1,3 million d’étudiants ont rejoint l’enseignement supérieur cette rentrée, ce qui représente une hausse de 4,8% sur un an. Les écoles et universités privées et en partenariat avec l’Etat, ainsi que les établissements publics non universitaires (relevant de divers départements ministériels), enregistrent une plus forte croissance

La locomotive de cette évolution

Ainsi, les jeunes qui sont passés par le privé durant leur enseignement primaire-secondaire choisiraient, pour la majorité, automatiquement le privé pour leurs études supérieures. «Hormis ceux intégrant la médecine et l’ingénierie, les autres se verraient mal s’orienter vers les facs», soutient Moulay Ahmed Lamrani.
Les universités en partenariat avec l’Etat sont celles qui enregistrent les plus fortes progressions depuis 2020, avec des croissances à deux chiffres, pouvant parfois dépasser les 20%. Ce fut le cas en 2024-2025, à l’heure où l’université publique notait un léger recul de ses effectifs étudiants (voir tableau). Multipliant les investissements dans de nouveaux campus et formations, les universités en partenariat avec l’Etat semblent être la locomotive de cette évolution.

Les universités publiques continuent de recevoir la plus grosse part des étudiants du supérieur. En 2024-2025, elles ont accueilli 88% des effectifs, contre 87% en 2025-2026 (prévision du ministère de l’Enseignement supérieur). Cependant, en volume, le nombre de leurs inscrits évolue lentement, voire stagne. En 2024-2025, elles ont enregistré un léger recul

Une tendance pas près de s’arrêter

Pour les prochaines années, l’affluence vers le système payant devrait se poursuivre. Avec des bacheliers plus nombreux et des places limitées dans les grandes écoles et facultés publiques à accès sélectif, l’option du privé, dont la qualité s’est nettement améliorée, devrait plus s’imposer. D’autres éléments pourraient favoriser cette tendance, selon Moulay Ahmed Lamrani, dont l’autorisation de la formation en temps aménagé dans le privé, la future activation de la formation par alternance, ou encore, le développement futur de l’enseignement à distance. «Le secteur est, par ailleurs, rentable, ce qui devrait attirer plus d’investisseurs», conclut le vice-président général de la FEP.

Ahlam NAZIH


(1) Hors Al Akhawayn dont le modèle est unique au Maroc. Même si l’université est payante, elle est dite publique à gestion privée. Cela dit, Al Akhawayn a également sensiblement augmenté le nombre de ses étudiants entre 2020 et 2024, passant de 1.900 à 4.000 inscrits.

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Auteur: Ahlam NAZIH
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