Le destin de la Tunisie n’est pas très clair, avec une classe politique qui dérape à bout de bras et qui ne se préoccupe que de certains intérêts personnels et partisans, loin de tout attachement à l’avenir d’un pays, totalement à la dérive, depuis la Révolution. A cela s’est ajoutée, dans une conjoncture loin d’être facile, la crise du coronavirus.
Un gouvernement hétéroclite et loin d’être viable a été constitué à la sauvette et n’a pu l’être que parce que tous les partis étaient dos au mur, dans la crainte de nouvelles élections législatives, cette fois anticipées, après l’échec de Jemli, le candidat d’Ennahdha, à obtenir la confiance de l’Assemblée des représentants du peuple (ARP).
Le gouvernement Elyès Fakhfakh, avec sa composition actuelle, surtout, n’est pas fait pour durer. Déjà, même le mouvement islamiste avec pas moins de sept ministères ne semble pas satisfait et demande un remaniement d’urgence.
Sur le plan de la cohésion, rien ne présage qu’elle sera parfaite, avec une ceinture parlementaire des plus larges, ce qui réduit l’efficacité de l’action gouvernementale. Dans ce melting-pot, des ministres font cavaliers seuls, alors que d’autres n’apparaissent pas, encore, sur la scène, pour donner une vision claire de leurs programmes et de leurs plans d’action, surtout que tout tourne, actuellement, autour de la pandémie de Covid-19.
Est-ce la bonne manière ?
Seul point fort, jusqu’à nouvel ordre, la gestion de la crise du coronavirus semble avoir été menée de la meilleure manière ce qui a permis, selon le ministre de la Santé, Abdellatif Mekki, d’éviter pas moins d’un millier de décès, mais le reste ne semble pas plaire, avec des décisions, parfois, anachronique et ayant un goût d’inachevé, et quelques ratés, surtout au niveau de la gestion des aides sociales. Il semble que nombreuses parmi elles ne sont pas allées à ceux qui ont droit, alors qu’une cohue a été observée, lors de leur remise, avec des agglutinements monstres, devant les bureaux de poste.
Par ailleurs, la communication n’a pas le fort de ce gouvernement, avec des décisions qui sont communiquées que tard dans la soirée et, aussi, des revirements de dernière minute qui mettent certaines corporations de professionnels dans l’embarras.
A titre d’exemple, le gouvernement a promis aux grandes surfaces commerciales à partir du 11 mai. Malheureusement, les
autorités se sont rétractées à la dernière minute. Entretemps, les grandes surfaces se sont approvisionnées en produits de toutes natures, surtout périssables et de grande consommation, à l’occasion du mois de Ramadan. Et on se demande qui va assumer ces pertes colossales, juste parce que le gouvernement n’a pas anticipé et pris en considération ces « dommages collatéraux ».
D’autres décisions laissent à désirer, comme c’est le cas avec celles relatives au secteur de la presse, avec des subventions consacrées… à ceux qui n’en ont pas besoin, et qui concernent les médias audiovisuels et les journaux en ligne, en oubliant la presse écrite et, surtout, les maisons d’éditions confisquées et qui souffrent le martyre, à la suite d’une gestion hasardeuse et le manque de moyens matériels.
Ramadan pour boucler la boucle
Il y, aussi, le problème du prélèvement d’une journée de salaire à tous les travailleurs des secteurs public et privé. Ainsi, on se rabat sur les classes laborieuses, pour renflouer les caisses. Et comme cela ne suffit pas, cette journée a leur coûté cher, puisque cette journée est la moyenne annuelle, y compris les primes et indemnités, ce qui en dit long sur la filouterie des décideurs qui usent de magouilles indignes de dirigeants d’un Etat.
Tout cela est arrivé en concomitance avec l’avènement du mois de Ramadan, toujours accompagné par la contrebande, la spéculation et les magouilles de toutes sortes. On assiste à une hausse des prix jamais égalée, avec des fruits, certes ce n’est pas la meilleure saison, dont le coût n’a jamais été égalé. Les melons sont au prix de près de cinq dinars le kilo, alors que celui des pastèques dépasse de loin les trois dinars. Pour ce qui est des bananes, ils ont crevé le plafond, avec six dinars le kilo.
Pour les légumes, les tomates sont inabordables, comme c’est le cas des concombres, des piments et divers autres produits.
Côté pénurie des produits de consommation de base, on peut parler sans crainte, avec la semoule et la farine qui ont disparu du marché, l’huile d’olive subventionnée vendue sous le comptoir, et on en passe. Il a fallu que notre ministre du commerce se montre, un jour, à la télé, pour nous dire, ce qui est risible, qu’il peut se procurer son kilo de semoule, chez son épicier, à l’Ariana, quand il en a besoin.
Pour ce qui est des marchés douteux, on ne peut pas faire pire, surtout en voyant le chef du gouvernement, Elyès Fakhfakh, défendre l’octroi d’un marché pour la confection des masques à un homme d’affaires, en même temps député, alors que c’est une décision en infraction totale avec la constitution qui ne semble être faite que pour les pauvres.
D’autre part, Elyès Fakhfakh qui avait promis un « gouvernement restreint » (et qui ne l’est déjà plus) de 34 membres commence à recruter à bouts de bras, des conseillers avec rang de ministre ou de secrétaire d’Etat, ce qui risque de trop gonfler son état-major.
Bouillonnement à l’Hémicycle
Entretemps, l’Hémicycle bouillonne comme une marmite d’eau chaude, surtout depuis que le gourou du mouvement islamiste et président de l’ARP, Rached Ghannouchi, a été obligé de déléguer « ses » pouvoirs, au chef du gouvernement pour édicter des décrets permettant de gérer la crise. Il a accepté cette situation à contrecœur, puisque cela va retarder l’application de son plan, pour on ne sait trop quels desseins.
Depuis longtemps, déjà, il opère comme si l’ARP est sa propriété personnelle, avec une diplomatie parallèle qui risque de mettre le pays sous le joug de puissances étrangères, avec des lois qui nous aliènent à la Turquie et au Qatar. Pire, encore, il vient de déléguer sa signature à son neveu Habib Khedher, ce qui a fait réagir son ennemie jurée, Abir Moussi, la présidente du Parti destourien libre (PDL).
La présidente du bloc du PDL à l’ARP a confirmé l’information selon laquelle Rached Ghannouchi a délégué son pouvoir de signature à Habib Khedher, son chef de cabinet. Ce qui est strictement illégal et contraire aux règlements de l’Assemblée. Elle a confirmé qu’il y a une décision du président de l’ARP datée du 13 mars 2020 et publiée sur le JORT, en rapport avec une délégation de signature du président de l’Assemblée où Rached Ghannouchi délègue le pouvoir de signature à Habib Khedher, son neveu et chef de cabinet en faisant valoir sa qualité d’assistant universitaire. Khedher obtient ainsi le pouvoir de signer en lieu et place du président de l’ARP, tous les documents conformément à ses prérogatives, exception faite de ceux de nature légale. Mais, cela ne semble pas gêner outre mesure le président du mouvement Ennahdha qui continue sur sa lancée, sur d’autres plans.
Il semble qu’il peut obtenir satisfaction dans tout ce qu’il entreprend, puisqu’il bénéficie du soutien de la coalition Al Karama de Kaïs Makhlouf (21 sièges), du mouvement Qalb Tounès (24 sièges) et ses dissidents (14), en plus de ceux du mouvement Ennahdha (54), en plus de quelques autres, ce qui lui donne une majorité réconfortante, jusqu’à nouvel ordre.
A couteaux tirés entre les trois têtes
Pour couronner le tout, on ne doit pas oublier la plus grande des crises, celle qui envenime les relations au sommet de l’Etat, avec le conflit ouvert entre les trois présidents, ce qui n’est un secret pour personne. Le bras-de-fer dure toujours, avec des coups bas de toutes parts, pour avoir gain de cause. La diplomatie parallèle du président de l’ARP ‘est pas pour plaire au président de la République, Kaïs Saïed, et la situation a, même, empiré, avec la réunion sécuritaire ayant eu lieu au palais de Carthage et à laquelle Ghannouchi n’avait pas été convié, alors que cette réunion avait tout l’air d’un conseil national de sécurité.
Avec tous ces développements, il faut compter, aussi, avec la grogne sociale qui ne cesse de s’amplifier, surtout que cette crise du coronavirus a « appauvri » beaucoup de professionnels et de travailleurs auxquels les employeurs ont fait faux bond au niveau des paiements des salaires. Et il s’avère, en fin de compte, que cette période d’inactivité va être prélevée sur les congés annuels, pour ceux qui ont eu la chance d’être payés.
L’Union générale tunisienne du travail (UGTT), l’Union tunisienne pour l’industrie, le commerce et l’artisanat (UTICA) et la Confédération des entreprises citoyennes de Tunisie (CONECT) commencent à ruer dans les brancards, montrant que tout ne va pas pour le mieux pour redresser la barre de l’économie nationale.
Entre autres secteurs qui ne fonctionnent pas bien, celui de la santé et le secrétaire général de l’UGTT, Noureddine Taboubi, s’est entretenu mercredi matin dans son bureau au siège de la centrale syndicale avec les secrétaires généraux des secteurs de la santé, des médecins de la santé publique et des médecins hospitalo-universitaires.
Selon un communiqué publié sur la page officielle de l’UGTT, Tabboubi a pris connaissance de la situation et des conditions de travail des professionnels de la santé saluant le rôle historique des structures de la santé publique dans la lutte contre le coronavirus.
Il a, à cette occasion, loué les efforts des professionnels de la santé qui continuent à travailler dur malgré les difficultés du secteur public soulignant l’importance d’améliorer leurs conditions de travail et leur situation matérielle et morale. Il faut dire que le prélèvement d’une journée de salaire à cette corporation qui fait tout pour contrer la menace du virus a été la goutte qui a fait déborder le vase.
Abou Naïm
Légendes :
- 1 – Le gouvernement Fakhfakh est-il en train de faire ce qu’il faut ?
- 2 – A l’ARP, cela ne va pas du tout entre Abir Moussi et Rached Ghannouchi
- 3 – Qu’est-ce qu’il y a derrière ces sourires de complaisances entre les trois têtes du pouvoir ?
Auteur: L’expert
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