L’état d’urgence sanitaire est entré en vigueur au Maroc le vendredi 20 mars à 18H. Depuis, tous les marocains sont appelés à rester confinés chez eux, seul moyen efficace pour endiguer le Covid-19. De leur côté, les agents de propreté veillent à ce que la ville soit entretenue.  Entre la collecte, le convoi des déchets et la stérilisation des routes, les agents de propreté ainsi que les techniciens de surface, sillonnent les rues pour assurer un maximum de nettoyage en cette période de pandémie mondiale. Mais qu’en est-il de leur sécurité sanitaire? S’exposant à tous les dangers, que fait l’employeur pour protéger les agents d’hygiène?  Donne-t-on à ces «apôtres» de la propreté les moyens d’appliquer les mesures de sécurités en vigueur ? Reportage.

Depuis le
vendredi 20 mars à 18H, date d’application de l’état d’urgence sanitaire, les
marocains, à l’instar de plus de trois milliards de terriens, sont appelés à
respecter scrupuleusement le confinement obligatoire, seul moyen efficace pour
endiguer la pandémie mondiale liée au nouveau coronavirus.

Les agents de
propreté tout comme une minorité de corps de métier, sont autorisés à juste
titre, de continuer leurs activités professionnelles. Entre collecte, convoi
des déchets, nettoyage et stérilisation, tout le monde s’accorde à dire qu’ils s’exposent de plein fouet à une
éventuelle contamination au Covid-19.

A partir de
cette vérité absolue, il est donc légitime de se poser les questions
suivantes: que fait l’employeur pour protéger nos protecteurs ? Se
soucie-t-il de leur sécurité sanitaire? Quels avantages offrent-ils à nos agents
de propreté, surtout en ces temps de pandémie?

Il est près
de 10 heures ce jeudi 2 avril. Dans le quartier historique casablancais de Derb
Sultan, et plus précisément sur le boulevard 
Aba Chouaïb Doukkali, l’équipe d’Al Bayane a relevé la présence d’agents
de propreté. Ils s’activaient à la stérilisation des deux voix, une précaution
quotidienne faisant désormais partie de la vie des casablancais et de tous les
marocains. Les techniciens de surface quant à eux se dépêchent à balayer les
rues jouxtant le boulevard. Un peu plus loin, dans une ruelle, un camion
poubelle se hâte de vider les bennes à ordures ménagères.

Jusque-là
rien d’anormal me diriez-vous?  Oui, sauf
qu’à l’œil nu, rien ne semble fait pour assurer la sécurité sanitaire des
agents de propreté, encore moins les doter du matériel spécial (chaussures ou
uniformes spéciaux), comme cela se fait ailleurs en cette période de pandémie.

Soumis
vraisemblablement à l’omerta, aucun agent de propreté n’a souhaité répondre à
nos questions. Celles-ci  portent
pourtant sur les conditions de travail durant la crise liée au Covid-19 ainsi
que les moyens mis en œuvre par l’entreprise pour les protéger.

Ce n’est que
lendemain, dans un autre secteur de la ville que nous avons rencontré des
agents de propreté, isolés, qui ont bien voulu répondre à nos questions.

L’un des
agents de sécurité fait un constat alarmant: aucune mesure de sécurité n’est prise  en
faveur des employés, pire encore, l’entreprise ne communique même pas sur la
pandémie avec les employés sur le terrain.

«A
Derichebourg, aucune communication n’a été mise en place pour mettre au courant
les employés sur les risques de contamination du Covid-19. L’entreprise fait fi
du danger de cette pandémie», affirme-t-il.

Les moyens de
protection mis à la disposition des agents sont nettement insuffisants au vu de
l’exposition des employés et  de la
dangerosité du nouveau coronavirus.

Ce même agent
de propreté qui a requis l’anonymat, a fait savoir à l’équipe d’Al Bayane,
que «la protection des employés face au virus est le cadet de ses soucis.
Aucune nouvelle mesure de sécurité n’est venue s’ajouter aux anciennes.
Certains employés, pas tous, ont pu dégotté de l’entreprise un masque qui a une
durée de vie de quelques heures ainsi qu’une paire de gant. Comme vous pouvez
le constater, ni moi, ni mes collègues n’avons de masques ou de gants».

En temps de
pandémie, tout le monde s’accorde à dire que les objets tout comme les outils
de travail ne doivent pas passer de main en main, pour ne pas faciliter la
propagation du virus. La même source déclare que «tous les employés se
partagent le même matériel. Aucun outil de travail n’est personnel, même pas en
temps de pandémie». Et d’ajouter qu’ «aucune stérilisation n’est faite à ce
matériel, ni avant d’investir, ni à notre retour».

«Nous
travaillons 6 jours sur 7 et faisant des journées de 7 heures avec une petite
demi-heure de pause déjeuner. Nous nous efforçons de nettoyer notre secteur
respectif, ramassage d’ordures ménagères, stérilisation, et balayage pendant
cette période trouble. Lorsque nous finissons notre journée de travail, on
rentre chez nous avec l’uniforme, porteur de tous types de microbes et
peut-être même de virus. La société Derichebourg ne prend même pas la peine de
stériliser l’uniforme de ses propres employés. Notre vie ne vaut
vraisemblablement pas grand-chose à leurs yeux, 
au même titre que celle de nos familles» argumente-il, l’air ému.

Un autre
agent de propreté s’écria à ce sujet avoir une mère diabétique «je ne peux même
pas lui demander de me laver mon uniforme de travail, car je suis conscient
qu’il représente un danger pour elle, sachant que son immunité est faible.
C’est la société délégataire qui devait normalement se charger du nettoyage de
nos uniformes pour préserver nos vies ainsi que celles de nos familles».

«En temps de
pandémie, nous sommes exposés de plein fouet au Covid-19, nous risquons donc
notre vie fortuitement et cela, pour 2500 Dhs par mois, à savoir le Smic. Mais
tout porte à croire que notre vie importe peu, nous jouons pourtant un rôle
afin de juguler cette pandémie mondiale».

Après ces témoignages poignant,
nous avons pris le soin de contacter La société de développement local
«Casablanca Baïa», chargée de la lutte contre les vecteurs de maladies et les
nuisibles dans la métropole.

La directrice de communication de
«Casablanca Baïa» affirme que de gros moyens humains et matériels ont été déployés
pour mener à bien la campagne qui consiste à contrer la diffusion du virus.

Concernant les moyens mis en
œuvre pour assurer la sécurité sanitaire des agents de propreté, notre
interlocutrice atteste que «nous préconisons aux employés de Derichebourg et de
Averda (les deux sociétés délégataires chargées 
de la propreté urbaine et de la gestion des déchets ménagers de
Casablanca), de respecter les distances. Nous avons aussi veillé à la fermeture
des locaux sociaux, des vestiaires et désormais, les équipes ne comportent plus
que 3 personnes».

«Nous avons mis en place du gel
antibactérien dans les deux sociétés délégataires, et cela pour les employés.
Aussi, les camions poubelles sont désinfectés dès la rentrée de tournée»
indique-t-elle.

En réponse à nos questions
insistantes sur les moyens réels mis en œuvre pour protéger la vie de nos
agents, et n’ayant vraisemblablement pas de réponse, la directrice de
communication nous a dirigé vers son homologue de Derichebourg. Mais il se
trouve que cette dernière, a restreint les appels entrant.

N’ayant pas eu total satisfaction
des informations recueillies et soucieux de livrer un travail objectif,
l’équipe d’Al Bayane a contacté le 3e vice-président, chargé du
secteur de l’hygiène, Mohamed Haddadi, qui déclare que «les agents de propreté
ont beaucoup moins de travail qu’en temps normal, car il y a moins de circuit à
effectuer».

En réponse à une question sur une
éventuelle prime accordée  à ces
«chevaliers de la propreté», Mohamed Haddadi rétorque que le Conseil de la
ville fera tout ce qui est dans son pouvoir pour octroyer «une prime équivalent
à 50% du Smic dès la fin de cette crise sanitaire, ainsi que quelques jours de
repos».

En terme de sécurité sanitaire
pour nos agents de propreté, il semble que tout reste à faire. Concernant la
communication de ces boites qui sont censées manier les éléments de langage, et
maitriser le métier de la communication, comme en dit à l’école primaire :
résultat nettement insuffisant, peut mieux faire. Quant à la future proposition
du Conseil de la ville pour octroyer une prime à nos agents de la propreté,
l’affaire est à suivre de très près. Enfin, un grand merci à ces agents qui
s’exposent et exposent leurs familles pour garder notre ville propre et pour
tenter de juguler la pandémie, épargnant ainsi nos vies.

Karim Ben Amar

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Auteur: M’hammed rahal
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