Il paraît qu’il y a un profond changement de comportement des Algériens depuis qu’il y a le coronavirus et surtout depuis qu’il est rejoint par Ramadhan. Nous sommes habitués à nous surprendre toujours, à souvent nous ébahir et parfois nous dérouter. Mais chez nous, il y a des choses qu’on n’attend pas. On ne sait d’ailleurs pas pourquoi mais c’est comme ça. Ce n’est que quand elles sont là qu’on se dit que c’était finalement possible, qu’il ne faut jurer de rien et que les voies du seigneur sont impénétrables. Tenez, qui pouvait imaginer que nos compatriotes pouvaient être capables d’un Ramadhan sans vociférations, sans accrochage, sans crépissage de chignon, sans noms d’oiseaux, sans bousculades, sans concerts de klaxons, sans accidents mortels sur la route du f’tor et à l’approche de l’imsak ? Il paraît que tout le monde est devenu poli. Ce n’est pas vraiment ce qu’on leur demande en priorité actuellement puisqu’il est plutôt attendu d’eux qu’ils respectent les gestes-barrières et qu’ils restent à la maison. Mais retrouver son calme, ce n’est déjà pas si mal, ça peut même aider à passer à l’essentiel, étant entendu que les grandes entreprises se réalisent dans la sérénité et les élans collectifs s’accomplissent avec sang-froid. Il paraît que même aux temps forts de la distribution ou de la vente de semoule, quand on s’amassait dangereusement, avec six bonhommes au mètre carré devant les espaces de commerce ou de générosité, on faisait ça sans les légendaires coups de coude et les incurables échanges d’amabilités. On s’expose au virus et qui sait, à la mort… tranquillement, dans l’apaisement miraculeusement retrouvé. C’est difficile à comprendre, c’est fou que la peur puisse imposer la paix plus que la précaution. Pendant l’heureusement courte période où les magasins de kalb ellouz et autres gâteries ont rouvert leurs portes, il paraît qu’il n’y a quasiment pas eu de bagarres. On s’entassait patiemment, respectueusement, courtoisement. Le Covid-19 n’en a cure de la moralité de tous et des vertus de chacun, se propage aussi… calmement, avec la discrétion en plus. Sur ces questions-là. Il n’a donc de leçons à recevoir de personne, il ne va pas se laisser impressionner par l’exemple. Pour sauter du coq à l’âne, la France va entamer le « déconfinement » à partir de demain. Du coup, on s’enflamme… ici en posant quelques questions qui ne manquent peut-être pas de logique mais pas vraiment pertinentes. Comment se fait-il qu’on retourne partiellement à la « vie normale » dans un pays qui compte largement plus de malades, plus de cas graves, plus de morts et plus de problèmes à trouver des masques et pas chez nous ? La réponse précise appartient aux décideurs politiques et aux autorités scientifiques. Pour les nuls, il suffit de… regarder la télé. Comment par exemple, on s’organise dans les écoles, les transports en commun et certains commerces. Tout ce qui est impossible de faire ici. Les décideurs n’ont pas les moyens et le savoir-faire et les Algériens pas toujours la volonté et la discipline. Pour les uns comme pour les autres, retrouver son calme ne suffit pas.
S. L.

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