Le gouvernement se trouve entre deux feux : la crise sanitaire d’un côté et la grogne sociale de l’autre. 

Le gouvernement revoit ses mesures de confinement sanitaire dans 19 wilayas, une semaine après les avoir reconduites. Ainsi, le couvre-feu commencera à 22h au lieu de 20h et se terminera à 5h.

Commerces, espaces de détente, lieux de loisirs, plages et salles de sports ont désormais le feu vert pour reprendre une activité presque normale dans un contexte marqué par une crise multidimensionnelle persistante.

Officiellement, ces mesures d’allégement sont liées à l’amélioration constatée au niveau de ces wilayas. Le nombre de contaminés au coronavirus recensés hier par le comité scientifique en charge du suivi de cette pandémie s’est élevé à 275 personnes. Autrement dit, on est loin des 1000 contaminations journalières d’il y a quelques mois, même si le virus continue de circuler.

Si la raison évoquée de cet allégement des mesures de confinement est l’amélioration de la situation sanitaire, il est difficile de ne pas lier ce recul du gouvernement aux dernières actions de protestation dans certaines régions du pays. Les wilayas de Jijel et Laghouat ont été le théâtre de manifestations dont les revendications sont l’expression d’un ras-le-bol généralisé après une dégradation du pouvoir d’achat des Algériens et la hausse d’un chômage rampant.

Acculées par une fronde de plus en plus grandissante de la population, les autorités semblent ainsi lâcher du lest en optant pour l’allégement du confinement partiel.

Cela sans bien entendu prendre le risque d’une aggravation de la situation sanitaire, qui conduirait inéluctablement à des mesures de confinement plus dures et coûteuses sur le plan socioéconomique. L’équation s’avère difficile.

Mais en l’absence du président Abdelmadjid Tebboune, toujours en Allemagne pour recevoir des soins, le gouvernement semble vouloir prévenir le mécontentement social grandissant de la population lourdement éprouvée par les conséquences de la crise sanitaire. Les ressources budgétaires étant réduites, les autorités recourent à d’autres moyens pour acheter la paix sociale et éviter l’étouffement des entreprises dont la trésorerie a été mise à rude épreuve.

A quelques semaines du deuxième anniversaire du déclenchement du mouvement de protestation hirak, les autorités souhaitent vraisemblablement prévenir l’aggravation de la crise sociale. Le gouvernement de Abdelaziz Djerad, déjà sur la sellette après les déclarations du président Tebboune en Allemagne, où il a souligné le bilan mitigé de l’Exécutif, essaye de redorer son blason déjà terni par une gestion controversée de la crise. 

Sauf qu’à moyen terme, les conséquences de ces décisions risquent d’être le contraire de l’effet escompté. En effet, la crise sanitaire est loin d’être derrière nous.

De nombreux pays font face à une troisième vague plus virulente de la pandémie. Il y a certes des signes encourageants d’amélioration de la situation sanitaire, mais cela reste le résultat des mesures de confinement partiel.

Or, l’allégement de celui-ci pourrait induire un relâchement chez la population et favoriser ainsi des conditions propices à la propagation du virus. Et une propagation rapide du virus provoquerait une saturation au niveau des hôpitaux qui contraindrait le gouvernement à prendre des mesures de confinement encore plus dures et probablement plus coûteuses sur le plan socioéconomique.

Le gouvernement se retrouve ainsi face à un vrai dilemme : crise sanitaire versus crise sociale. Il lui faudra beaucoup d’ingéniosité pour anticiper sur les conséquences de l’une et de l’autre.

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Auteur: Anis Khecheba
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