Repère

Que peut bien signifier cette proposition de mandat avec une date de péremption anticipée ? Qu’est-ce qui peut à ce point aveugler le pouvoir pour lui faire commettre un aussi extravagant attentat contre le bon sens ?

Est-il à ce point vital, pour on ne sait plus qui, que Bouteflika meure Président, même si ça devait coûter la décomposition et la porte des enfers à tout le pays ? S’il est loisible de prendre la vente concomitante que propose Bouteflika comme le signe que le mur de la suffisance se lézarde au sommet, la substance de ce qui est avancée ne s’éloigne pas beaucoup de ce que le pouvoir s’est employé durant des mois à essayer de faire passer. Une prolongation de règne, un sursis, qu’importent les artifices : report des élections, conférence nationale, et maintenant un surréaliste quinquennat de deux ans…

Que peut-on donc mijoter de si important et d’inatteignable au commun des mortels, pour assumer aussi mortellement d’opposer l’autisme et la provocation à tous les Algériens ? On aurait cherché à dynamiter le pays et l’ouvrir aux quatre vents de la déstabilisation, on n’aurait pas trouvé meilleur allié et exécutant que ces laborantins du système. Mais il ne sert plus à grand-chose de chercher des explications rationnelles à l’attitude du «cercle présidentiel», tant la rue reprend le pouvoir de décision.

Ce qui se trame ou se bricole dans le secret du cœur du pouvoir, et quelles que soient les suites de ce qui se déroule en ce moment dans le pays, restera un scandale dont les Algériens sauront certainement se souvenir. Non seulement on refuse de les écouter et ignore superbement ce qu’ils ont été des millions à revendiquer, on les soumet de plus au sadisme de multiplier les tours de sorcelleries politiques, pour arranger les affaires d’un groupe et peut-être bien pour les pousser à l’irréparable.

Toute cette bonne foi, ce pacifisme, ces hymnes à la paix et à la fraternité, ces défilés d’hommes et de femmes, leurs enfants sur les épaules… ne suffisent pas à émouvoir et convaincre un sommet de plus en plus isolé des réalités et des angoisses du pays, et par là même de plus en plus dangereux. Le noyau dur du pouvoir s’est une fois pour toutes bunkerisé et maladivement recroquevillé sur la nécessité décidément impénétrable de sauvegarder un groupe d’hommes qui peuvent se compter sur les doigts de la main et servis par des légions de stipendiaires formés aux plus viles et condamnables loyautés.

Le tout nouveau directeur de campagne du candidat Bouteflika, jusque-là ministre transparent du gouvernement, revendique le recueil de près de 6 millions de signatures au profit du Président sortant. Un chiffre qui fait supposer que l’on a pu recueillir, enregistrer et valider quelque 300 000 parrainages de citoyens par jour depuis le 10 février dernier, jour de déclaration officielle de candidature de Bouteflika.

Ce qui n’est raisonnablement pas dans les cordes techniques de l’administration, même si elle devait carburer jour et nuit au service exclusif de la procédure. Un chiffre que l’on a voulu certainement opposer aux foules d’Algériens sortis dans la rue ces derniers temps pour faire croire à une autre Algérie qui défilerait, elle, dans les couloirs de l’administration, pour faire réélire ce Président toujours alité à Genève.

Plus rien de raisonnable, encore moins de responsable, n’est à attendre de coteries qui savent sans doute avoir tout perdu. Tout le défi aujourd’hui est de faire en sorte que la chute du pouvoir tant décrié n’entraîne pas celle du pays.

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Auteur: Hicham Chouadria
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