L’action internationale des collectivités territoriales s’inscrit dans un champ plus vaste que celui de la coopération internationale présidée par les Etats, ont-ils souligné lors des travaux de ce forum organisé par la région de l’Oriental et la région française Grand-Est, avec le soutien du ministère de l’Intérieur et le ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères.
Et d’ajouter que l’investissement progressif de la scène internationale par des entités non étatiques a contribué à l’émergence d’une diplomatie parallèle au sein de laquelle les collectivités territoriales occupent désormais une place de choix.
Le Wali de la région d l’Oriental et gouverneur de la préfecture d’Oujda-Angad, Mouad El Jamaï, a rappelé à cette occasion qu’au Maroc, la coopération décentralisée trouve ses origines dans la pratique du jumelage, inaugurée dans les années 60 et 70 entre plusieurs villes marocaines et européennes, notamment les villes françaises.
Ces jumelages, a-t-il poursuivi, se sont développés sur la base d’accords communs dont le contenu était peu substantiel, mais permettaient toutefois de favoriser une connaissance et des échanges entre les entités jumelées.
Au fil du temps, les jumelages se sont développés pour devenir de vrais instruments de coopération décentralisée qui s’est orientée progressivement vers des actions de développement économique, d’échange du savoir technique et d’expertise administrative, a encore ajouté M. El Jamaï, notant qu’actuellement, on peut estimer à plus d’une centaine le nombre des coopérations entres entités territoriales marocaines et étrangères. Elles couvrent tous les niveaux de la décentralisation : communes, préfectures et provinces et régions.
« Nous nous réjouissons aujourd’hui de voir les entités décentralisées de la Région de l’Oriental développer une panoplie de coopérations fructueuses avec diverses collectivités territoriales », a-t-il indiqué à cet égard, qualifiant d’ »éloquente » l’action entreprise par cette région dans le cadre de la coopération décentralisée.

De son côté, le président du Conseil régional de l’Oriental, Abdenbi Bioui, a estimé que la coopération décentralisée est l’un des aspects qui ont marqué le cheminement de l’expérience de la régionalisation avancée au Maroc, affirmant dans ce sens que le Conseil de l’Oriental s’emploie à hisser le niveau de sa relation de coopération et de partenariat avec les régions, tant au niveau européen qu’à l’échelon africain, qui partagent avec lui les mêmes objectifs et les mêmes intérêts.
Il a expliqué à cet égard que les conventions conclues avec des régions françaises, espagnoles et belges, et bien d’autres régions européennes, reflètent les orientations du Conseil dans le domaine de la coopération décentralisée qui touchent désormais divers domaines, tels que le social, l’économie, le culturel et l’environnement.
« Nous avons œuvré pour traduire ces conventions en des actions concrètes et nous cherchons toujours, avec force et détermination, à développer et à diversifier ces partenariats afin de conforter notre ouverture sur notre environnement africain, méditerranéen et international », a dit M. Bioui, rappelant par l’occasion l’expérience pilote menée par la région de l’Oriental dans le domaine du coaching territorial qui cible le renforcement des compétences et du savoir-faire des différents acteurs, en sus de la consolidation de la bonne gouvernance.
Prenant la parole, le président de la région française Grand Est, Jean Rottner, a relevé, quant à lui, que la coopération décentralisée entre sa région et la région de l’Oriental est la doyenne des coopérations des régions françaises, faisant remarquer que cette coopération bilatérale à réussi au fur et à mesure des années à s’enrichir et à se diversifier pour englober plusieurs domaines à savoir, entre autres, l’économie, la formation, l’emploi, le développement durable, l’économie sociale et solidaire et la biodiversité.
Notant l’importance de ce genre de coopération et d’échanges entre les régions, il a mis l’accent sur l’importance de l’Afrique qui est, a-t-il dit, indispensable aujourd’hui à l’équilibre mondiale.
M. Rottner a par ailleurs affirmé, dans une déclaration à la presse, que dans le cadre de l’importance accordée par les régions françaises à la coopération décentralisée, « le Maroc demeure pour nous une destination tout à fait essentielle et cruciale, parce que c’est un pays moderne qui jouit d’une place privilégié au sein du continent africain ».
Pour sa part, le gouverneur, directeur des affaires juridiques, des études, de la documentation et de la coopération à la Direction générale des Collectivités locales (DGCL), Mohamed Kadmiri, a noté que la coopération décentralisée est aujourd’hui l’un des principes constitutionnels voulus par la Constitution de 2011, qui a conféré d’importantes prérogatives aux collectivités territoriales pour aller vers des partenariats stratégiques, allant du local, régional, national à l’international.

M. Jean Rottner, dans une déclaration à la presse
« Nos collectivités territoriales jouissent de droits constitutionnels (…) qui font d’elles aujourd’hui des entités capables d’aller pour, à la fois vendre leurs territoires, parler de leurs territoires, et échanger et apprendre tout ce qui se passe à l’extérieur », a-t-il fait savoir.
Revenant sur le sujet des jumelages effectués par les collectivités territoriales du Royaume, toutes catégories confondues (commune, région, province et préfecture), M. Kadmiri a relevé l’importance stratégique d’un développement intégré des territoires qui nécessite et interpelle une refonte totale de la forme et du contenu de ces jumelages.
« Aujourd’hui la coopération décentralisée a un impact qui dépasse et va au-delà de la diplomatie parallèle. D’où la nécessité de revoir ce concept de jumelage afin de le renforcer et de le consolider davantage parce que nos territoires sont appelés à aller vers cette dimension internationale », a-t-il conclut.
Pour les organisateurs et les autres intervenants à l’ouverture de cette rencontre, la coopération internationale décentralisée constitue un atout aux mains des collectivités territoriales visant à favoriser la prospérité commune, le développement local et la gouvernance des territoires dans le cadre d’une relation basée sur le respect et les intérêts mutuellement profitables.
Ce Forum de deux jours, qui s’inscrit dans le cadre du projet soutenu par le Fonds conjoint Franco-marocain de soutien à la coopération décentralisée, sera articulé autour de plusieurs axes dont notamment « l’intégration régionale, élément indispensable des modèles de développement », « la responsabilité des élus et leaders des collectivités territoriales dans le développement et l’unité de l’Afrique », « l’attractivité et la compétitivité des territoires » et « l’industrie culturelle comme outil de développement et du rapprochement des territoires ».
La cérémonie d’ouverture de ce forum s’est déroulée en présence notamment du gouverneur de la province de Berkane, Mohammed Ali Habouha, du directeur général de l’Agence de développement de l’Oriental, Mohamed Mbarki, de l’ambassadeur de France, Jean-François Girault, du Secrétaire général des Cités et Gouvernements Locaux Unis d’Afrique (CGLUA Afrique), Jean-Pierre Elong Mbassi, et de plusieurs autres responsables et représentants de collectivités territoriales.
Auteur: Soufiane ELAHMAR
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