Les rapports qui se succèdent depuis deux ou trois ans sur le stress hydrique et son impact sur les économies des pays qui en souffrent le plus, dont l’Algérie et ses voisins du Maghreb, conjugué aux retombées de la pandémie de coronavirus sur ces mêmes pays, donne lieu à toutes les inquiétudes, comme n’a cessé, depuis quelque temps, de le souligner le World Resources Institute (WRI) ou encore la Banque mondiale.
Les situations d’urgence, en Algérie ce n’est pas ce qui fait, malheureusement, défaut. À la situation économique incertaine, que la crise sanitaire mondiale n’a fait qu’accentuer encore un peu plus, se greffe, chaque année, de façon un peu plus alarmante, un stress hydrique qui vaut au pays d’être sur ce plan un de ceux pour lesquels s’inquiètent «en priorité» des institutions internationales, en plus de nos spécialistes en tout ce qui a trait à la question de l’eau.
D’ici dix ans puis, et surtout, dans trente ans, le risque que l’Algérie se retrouve dans une fâcheuse position en raison d’une croissance de 55% pour les besoins de la consommation domestique en eau.
Dans trente ans, selon les projections les plus récentes, l’économie nationale, l’industrie en particulier, verra sa demande exploser littéralement pour atteindre 400% par rapport à ce qu’elle est aujourd’hui. Des perspectives qui donnent des frissons et viennent ainsi renforcer le rapport établi à l’été 2019 par le World Resources Institute (WRI), institution indépendante qui fait autorité dans la recherche dans les domaines de l’eau et du climat, entre autres.

L’Algérie parmi les pays en «situation critique»
Le rapport en question était arrivé à la conclusion selon laquelle 17 pays à travers lesquels s’amasse un quart de la population mondiale sont déjà en situation tragique sur le plan de la disponibilité de l’eau, situation de pénurie hydrique classée «grave», c’est-à-dire «robinets à sec».
Des pays situés, pour la plupart, dans la région Moyen-Orient et Afrique du Nord (MENA) tels le Qatar, le Liban, la Jordanie, la Libye, le Koweït, les Émirats arabes unis, l’Arabie Saoudite, le Bahreïn, Oman ainsi que des pays de diverses régions du monde dont l’Iran, l’Érythrée, Saint-Marin, le Pakistan, le Turkménistan, le Botswana et le second pays le plus peuplé au monde, l’Inde. Tout juste après ce groupe de pays en situation hydrique dramatique, vient un lot de 27 pays, où vit le tiers de la population mondiale, parmi lesquels on retrouve l’Algérie qui ainsi se retrouve dans le lot des pays en «situation critique». État de fait qui, depuis quelques années déjà, a fait passer la gestion des ressources en eau au rang de priorité absolue du fait de la demande sans cesse croissante, suscitée par l’urbanisation à grande échelle que connaît le pays et le début d’une certaine expansion du tissu d’entreprises semi-industrielles et des exploitations agricoles, très consommatrices d’eau.
Une importante demande à laquelle ont répondu les pouvoirs publics en consacrant plus de 25 milliards de dollars d’investissements publics dans le plan de développement étalé entre 2015 et 2019. Malheureusement, il fallait compter sans la crise pétrolière de 2014 et les programme d’austérité qui ont suivi. Remédier en urgence à la situation commandait alors la solution du recours à la mobilisation des ressources non conventionnelles. Un recours qui permettait, jusqu’à il y a quelques mois, d’espérer satisfaire 17% des besoins du pays en eau grâce à une production quotidienne qui atteignait les 2,1 à 2,2 millions de mètres cubes. Une proportion élevée de la production journalière qui, eu égard à la pluviométrie, était appelée à augmenter suivant une stratégie nationale qui devait, selon des chiffres livrés l’année dernière, produire donc plus de 2 millions de mètres cubes/jour dont 50% devaient provenir du pompage des eaux souterraines et 33% à partir des barrages érigés un peu partout à travers le pays.

Incidences socio-économiques
La tournure prise par la pluviométrie et l’allure des solutions préconisées par les pouvoirs publics depuis quelques années pour faire face au stress hydrique font que l’eau, comme le constatait l’universitaire Nadji Khaoua, constitue un «révélateur de la crise multiforme en Algérie». L’éminent économiste qui, pour parler des conséquences de la crise de l’eau, estimait que «les incidences socio-économiques en sont immédiates et touchent toutes les catégories sociales : du moment que le système économique existant ne produit pas de valeur au même niveau que celui des exigences sociales et continue à vivoter sur la rente que dégage le commerce extérieur des matières premières énergétiques, les possibilités de croissance et de consolidation du revenu national, en fonction de la croissance et de la transformation des besoins sociaux, sont quasi nulles.
Tous les indices, que ce soit celui du taux de chômage annuel, celui de la création d’emplois nouveaux permanents par an, celui du volume des investissements nouveaux et de leur taux par rapport au PIB ou enfin celui du volume des investissements directs étrangers (hors hydrocarbures), etc. montrent que le marasme économique, et donc social, de l’économie de l’Algérie n’est pas près de diminuer, bien au contraire.
Ainsi, le revenu national ne s’améliorant pas sensiblement en dehors des incidences hasardeuses du prix d’exportation des hydrocarbures, aujourd’hui positives mais pouvant se retourner dans le futur, le revenu disponible par habitant stagne, s’il n’est pas rongé par les différents types d’inflations existantes. Une situation hydrique, en tous les cas, qui n’avait vraiment pas besoin de s’accentuer par une période aussi trouble que celle induite par la crise sanitaire.
Azedine M.

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