Placé sous le thème « Prospective géopolitique et destin des Nations: Agir en conscience », ce conclave de deux jours, initié par le GRET en partenariat avec la Fondation Hanns Seidel, GEC Marrakech-Ecole de Management, l’Institut Français de Marrakech et la Commission régionale des Droits de l’Homme de Marrakech-Safi, a pour objectif de poser dans un premier temps toute une série de questionnements sur les enjeux du nouveau désordre mondial et d’explorer, dans un deuxième, les voies réformatrices pour une géopolitique débarrassée de ce que les anthropologues dénomment les « différences cognitives », qui sont souvent la matrice des tensions et des conflits, des guerres et des massacres.

Intervenant à l’ouverture de cette rencontre, qui s’inscrit dans le cadre de la « Semaine du Dialogue » (10-14 avril), le président du GRET, Ali Sedjari, a indiqué que ce colloque se veut un espace pour « secouer les consciences » afin d’éviter le fatal effondrement de la civilisation humaine et « discuter des possibilités d’humanisation de la géopolitique » qui ne semble pas aujourd’hui aller de soi.

« A partir de l’identification des sources du malaise de la géopolitique actuelle, il nous faudra nous pencher sur des questions et esquisser des réponses, notamment à partir de notre devoir d’Humanité et de notre volonté de considérer que nous partageons la même condition humaine, de refuser cet ethno-nationalisme, incommunicable et carcéral, qui veut nous enfermer dans des ghettos, des communautés, des identités, des géographies et des territoires, des religions et des tribus, des races et des sexes, des cultures et des couleurs », a-t-il expliqué.

Selon M. Sedjari, la géopolitique est un « test pour nous rappeler que l’humanisme et l’universalisme doivent être au coeur de toute action publique et de toute décision politique ».

Il a, dans la foulée, souligné l’intérêt de cet événement majeur qui rassemble une pléiade de savants et de penseurs, de chercheurs et d’experts, appartenant à des écoles de pensées différentes, venus de plusieurs pays, pour « décrypter la complexité de la géopolitique actuelle, le malaise de notre civilisation et explorer les voies possibles de la métamorphose » pour rêver d’un monde meilleur.

M. Sedjari a fait remarquer que le siècle dans lequel l’on vit, à la différence des autres, offre tous les moyens pour « rebondir, transformer, régénérer et faire mieux », affirmant que « l’heure n’est pas au pessimisme ni à la résignation, mais à l’action positive pour agir et reconstruire une géopolitique humaine, civilisée et consciente ».

« Dans ce monde où les moyens de la métamorphose existent, des solutions doivent être apportées, recherchées sans relâche, et il n’est pas encore utile de reposer des problèmes sur ce que la planète adviendra une fois qu’il y aura à son échelle une conscience politique assez forte », a-t-il conclu.

De son côté, le président de la Commission régionale des Droits de l’Homme de Marrakech-Safi, Mustapha Laarissa a mis en avant la pertinence de la thématique de ce colloque, soulignant que « le monde va très mal et nous voulons par la pensée et la réflexion essayer de rappeler les possibilités, voire l’espoir pour aller vers la construction du monde et non pas sa déconstruction ».

« Le monde est humain essentiellement et les Humains n’existent pas sans ce monde qui leur sert de lieu et de lien, un lien qui doit être travaillé continuellement et en perpétuel mouvement par la parole, non pas celle verticale qui ordonne, mais une parole négociée qui dialogue ».

Il a, dans la foulée, mis l’accent sur la nécessité de « rappeler le monde à l’ordre, car il est fait pour qu’il soit réinventé de manière plurielle, et oeuvrer à ce qu’il y a des Nations dans ce monde, mais moins de nationalisme et plus de cosmopolitisme et d’universalité ».

Lui emboîtant le pas, le Consul général de France à Marrakech, Philippe Casenave, a salué cet « exercice de réflexion collective » offert par cette initiative du GRET à travers le choix de cette thématique du colloque, en vue de penser « un monde en mouvement, certes, mais qui semble déboussolé ».

« Puisque le monde est en mouvement, la sagesse consiste à l’épouser et à entrer en résonance avec lui », a-t-il soutenu, expliquant que « d’un monde de masses, d’accumulation en silos verticaux, on passe à un monde de flux, d’échanges mobiles et transversaux ». Ainsi, « tout semble remis en question », a-t-il dit.

Après avoir souligné que le « destin des Nations » suppose de réhabiliter en préambule le concept de Nation, le diplomate français s’est interrogé « comment agir en conscience? ».

« Quelle conscience l’Homme peut-il développer pour agir? l’Homme, cet être dont le mouvement est la véritable nature, est-il immuable ou une entité en perpétuel devenir? », a-t-il détaillé.

Et M. Casenave de relever: « Je ne crois pas à un effondrement de la géopolitique, mais plutôt à sa transformation: le monde évolue, la géopolitique comme grille de lecture également ».

Pour sa part, M. Zakaria Abouddahab, Doyen par intérim de la Faculté des sciences juridiques, économiques et sociales de Rabat-Agdal, a salué l’organisation d’un tel colloque qui se veut un espace de « partage intellectuel » et « une façon de vivre de lumières dont on a grand besoin dans un monde pour le moins illisible ».

« L’incertitude plane et les mouvements erratiques prennent le dessus, une sorte d’ordre chaotique qui s’installe, avec un dérèglement du monde », a-t-il précisé.

M. Aboudahhab a aussi noté que « la géopolitique contemporaine n’échappe pas au désordre conceptuel, ni à l’incertitude, quand bien même sa capacité heuristique a été augmentée », soulignant qu’il faut d’abord comprendre le monde, dont on rêve qu’il soit « plus intelligible », pour pouvoir le changer, une entreprise qui, a-t-il fait remarquer, demeure difficile face « aux résistances de tous bords et à la prégnance des ignorances ».

Dans le même ordre d’idées, le directeur de GEC Marrakech-Ecole de Management, Hassan Fnine a salué la tenue de cette rencontre dans le cadre de la 6è édition de la Semaine du Dialogue, qui offre l’occasion de jeter des regards croisés et de mener des réflexions sur des sujets d’actualité, sous différents prismes, qui concernent le monde d’aujourd’hui en mouvement et impactent le devenir de l’Humanité et de la civilisation humaine.

Quant à la directrice par intérim de l’Institut Français de Marrakech, Louisa Babaci, elle s’est félicitée de l’organisation d’un tel événement qui offre un espace idoine en vue de favoriser les échanges et d’enrichir les débats sur des thématiques d’actualité majeures et très préoccupantes, tout en veillant à placer l’humain au centre des discussions.

Elle a, en outre, indiqué que ces débats, en présence d’une brochette d’éminents experts et spécialistes marocains et étrangers, constituent une contribution pour « l’émergence d’une géopolitique civilisée et humaine », avec un focus sur cette dimension particulière de l’humain qui anime l’ensemble des participants et va être abordée sous un autre angle.

La géopolitique est aujourd’hui dans ses pires états au point de se demander si l’on n’assiste pas à une « inconscience » caractérisée des dirigeants du monde face à cette situation, souligne une note de présentation de ce colloque.

« Inconscience certes, mais aussi insouciance, déraison, irrationalité, irresponsabilité, aventure et absence de pensée ne sont-elles pas finalement les caractéristiques dominantes de la géopolitique actuelle? », s’interroge-t-on dans le document, tout en se demandant: Que faut-il faire pour produire une géopolitique de civilisation qui réagirait contre les effets pervers croissants engendrés par la mondialisation, la globalisation et l’inconscience des dirigeants des Etats? Quel cosmopolitisme concevoir qui ne serait ni impérialisme, ni domination, ni renoncement? Comment devrions-nous restaurer les valeurs et mobiliser les consciences collectives pour retrouver ce qui nous rassemble et nous fédère? Quel type de géopolitique peut-elle réussir à pacifier le monde et l’unir dans des transformations positives?.

Ces questionnements et d’autres interrogations seront ainsi débattus à l’occasion de ce colloque international entre des penseurs marocains et étrangers, appartenant à différentes des écoles de pensée (philosophie, sociologie, histoire, économie, droit, sciences politiques, droit international, relations internationales, théologie), en vue de comprendre la complexité de la géopolitique actuelle, ses figures et ses représentations, ses paradoxes et ses conséquences sur le devenir du monde, et d’explorer les voies possibles pour une géopolitique humaine, civilisée et consciente.

Dans ce cadre, les participants à cette 24è édition du colloque international du GRET débattront de quatre principaux axes à savoir: « Vers une géopolitique civilisée et humaine: la transformation d’une conscience collective », « Un monde en action et une géopolitique de l’inconscient », « Un monde en métamorphose et une géopolitique de discordance: impasse de la gouvernance mondiale » et « Géopolitique à l’épreuve des turbulences de la grande transformation ».

Auteur: Meriem IGASS
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