Le 13 février 1960, la France colonial a perpétré à Reggane le plus grand et le plus dangereux essai nucléaire, équivalent à trois bombes larguées par l’armée américaine à Hiroshima. Des milliers d’Algériens subissent encore les funestes conséquences de cet acte criminel.
Une date douloureuse à inscrire sur le sombre registre des crimes du colonialisme français en Algérie. Le 13 février 1960, la France réalise son premier essai nucléaire dans l’atmosphère, au-dessus du polygone de tir de Hammoudia. «Gerboise bleue», une appellation qui n’a rien de bucolique, nom de code de cet essai atomique, a eu lieu à 7h04. Un gigantesque éclair illumine le ciel et le sol, le sable se vitrifie sous l’effet de la chaleur.
Le général de Gaulle jubile. «Hourrah pour la France, s’exclame t-il, dans un télégraphe adressé à un ministre. Du fond du cœur, merci à vous et à ceux qui ont remporté ce succès magnifique.» Les expériences et les explosions nucléaires au Sahara algérien, car il y en eu d’autres, sont un véritable crime contre l’humanité. Aucun scrupule n’a secoué les consciences des responsables de cet acte, malgré qu’ils étaient conscients des risques et des traumatismes majeurs encourus par une population proche de l’épicentre.
Un aréopage de dignitaires coloniaux, qui, comble de mépris et d’inconséquence, avaient certainement une idée de ce qui est advenu du sort tragique des centaines de milliers de victimes d’Hiroshima et de Nagasaki. Pis, les autorités françaises ont délibérément enterré les gros engins dans le sable, pour dissimuler leur forfaiture, sans le moindre respect de conditions et de critères requis dans ce genre d’activités, et, plus grave, sans même laisser la cartographie.
Quant à certains équipements légers abandonnés sur place, ils ont été récupérés par les habitants, ignorant la dangerosité de ce matériel contaminé et radioactif. Un vrai drame. L’aspect odieux de cette action, entrant dans le cadre de la course à l’armement atomique du colonisateur, constitue une inadmissible violation des droits de l’homme et des exigences de la préservation de la l’environnement. On en constate les séquelles. De hideuses malformations congénitales sont visibles sur les visages et les corps de nos citoyens habitant dans ces zones.
À Reggane, où les essais atmosphériques ont couvert une vaste zone non protégée, selon les médecins, l’exposition aux radiations ionisantes provoque plusieurs types de cancer (du sein, de la thyroïde, du poumon, du foie, du côlon, des os, etc.), notamment les leucémies qui dépassent de manière sensible la moyenne nationale et des malformations aussi bien chez les adultes, les enfants que les fœtus.
L’une des choses qui frappent à Reggane, selon certains témoignages, c’est aussi le nombre de malades mentaux. Des familles entières sont affectées. Cela sans parler des lésions de la peau, des stigmates physiques et des paralysies partielles, ainsi que d’autres pathologies que les médecins n’arrivent pas à diagnostiquer.
Impact sur l’environnement
Les effets dévastateurs de ces essais résident également dans la radioactivité et la pollution qui ont ravagé tout l’écosystème de la région et même des pays voisins. Il est reconnu que les essais, atmosphériques en particulier, se sont avérés très polluants en irradiant le sol algérien, tout en causant un grave préjudice écologique et un appauvrissement de la faune et de la flore, avec la disparition de nombreux reptiles et oiseaux, y compris migrateurs, comme en témoignent encore les roches noires et les terres brûlées où aucune végétation ne pousse. Ces essais nucléaires ont, en outre, révélé des faits gravissimes. Des prisonniers algériens y auraient été exposés volontairement, lors d’un essai aérien à Hamoudia.
Un légionnaire d’origine allemande affirme, dans un témoignage recueilli par le cinéaste René Vautier, avoir reçu instruction, juste avant l’explosion, d’aller récupérer, dans des prisons et des camps de concentration, 150 Algériens qui devaient être utilisés comme cobayes.
L’étude iconographique de certaines photos a permis de constater que la position des soi-disant mannequins ressemblait étrangement à des corps humains enveloppés de vêtements. Certains condamnés à mort n’ont pas été exécutés dans les geôles, mais utilisés lors des essais. Idem pour d’autres personnes ayant été internées. Un groupe de médecins et de médecins légistes n’a pas manqué de relever que les pseudos mannequins exposés sont de véritables corps humains.
Les autorités françaises ont d’abord soutenu, en 2005, qu’il s’agissait uniquement de mannequins, pour tester les habillements face aux essais, pour ensuite avouer que s’il y avait des humains, il s’agissait de cadavres.
M. Bouraib
Association
13 février 1960 «Un crime cruel commis contre l’homme et l’environnement»
L’association «13 février 1960» de Reggane (wilaya d’Adrar) a réitéré son appel pour la qualification des explosions nucléaires, menées par la France coloniale, il y a soixante ans dans la région de Hamoudia, comme étant les «plus atroces crimes contre l’humanité» aux effets dévastateurs également sur l’environnement.
Le président de l’association, Sid Ameur El-Hamel, a renouvelé, dans une déclaration à l’APS, à la veille de la commémoration du 60e anniversaire des explosions nucléaires de Reggane, la revendication de la société civile locale appelant à qualifier de «crime contre l’humanité», les explosions nucléaires menées dans le Sahara algérien par le colonisateur français, rejetant toutes sortes de tergiversation de la France envers cette question l’appelant à reconnaître ce «crime nucléaire cruel commis contre l’homme et l’environnement».
«Il appartient de situer à leur véritable valeur historique, ces explosions ennemies, par leur intégration au programme pédagogique comme partie importante de la mémoire historique du pays», a suggéré M. El-Hamel, ajoutant que «les séquelles radioactives engendrées par les explosions de Reggane restent un cauchemar horrible pesant lourdement sur le quotidien de la population locale».
Le président de l’association a insisté pour que les indemnisations soient proportionnelles aux souffrances sociales induites par ce crime, et ce par la création de structures publiques de qualité contribuant à la lutte contre les maladies provoquées par les radiations ionisantes de la région de Reggane. «Reconnaître son forfait abominable et nettoyer la région de Hamoudia des radiations constituent un facteur primordial pour protéger l’environnement et dissiper la nosophobie manifestée quotidiennement par la population locale, en exploitant les technologies susceptibles de prendre en charge ces effets», a préconisé Sid Ameur El-Hamel.
Mohamed Boussaïd, enseignant d’histoire à l’université d’Adrar, a, de son côté, souligné que «les explosions nucléaires françaises dans la région de Hamoudia et celles expérimentées intentionnellement dans d’autres régions du Sahara sont des crimes imprescriptibles».
«La France, qui rêvait de posséder l’arme nucléaire, à l’instar des pays du club nucléaire, a fait fi des lois, des valeurs humanitaires et des chartes garantissant les droits de l’homme à une vie paisible et stable», a soutenu l’universitaire, ajoutant que l’université poursuivra ses efforts académiques visant à «traiter le dossier de manière scientifique, d’inscrire ce crime à l’ordre du jour et contraindre ses auteurs à assumer leur responsabilité juridique et historique».
M. Boussaïd a relevé que la bibliothèque académique algérienne a été enrichie, dans le cadre d’accompagnement de ce dossier, d’un ouvrage du chercheur spécialisé dans l’histoire de la région, Abderrahmane Lemharzi, intitulé Reggane, lutte entre la vie et la mort, crimes nucléaires français. Édité en 202 pages par la maison d’édition et de distribution El-Mouthakaf, l’ouvrage offre de riches informations sur les divers volets liés aux essais nucléaires, à la satisfaction des chercheurs et académiciens.
Auteur: elmoudjahid
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