LE TEMPS : Propos recueillis par Kamel BOUAOUINA
La situation du secteur du tourisme est peu florissante, et chacun s’active pour sauver ce qui peut l’être. Cela ne représente pas une chose facile, surtout que certains pays émetteurs, comme l’Algérie en particulier, vivent sous la menace grandissante du Covid-19, avec un nombre ahurissant de cas. Le pays est considéré comme « safe », par tous les analystes. Mais, ce n’est pas une raison d’ouvrir les frontières à tous, parce qu’il y va de la sécurité sanitaire des Tunisiens.
Que peut-on faire pour booster le tourisme, quels sont les programmes pour inciter les touristes ? A toutes ces questions, M. Mohamed Ali Toumi, ministre de la Santé, a eu la bienveillance de répondre, dans l’entretien que Le Temps a eu avec lui.
* LE TEMPS : Tout d’abord, le tourisme intérieur tarde à décoller en cette période estivale?
Mohamed Ali Toumi : Le marché local est important pour le tourisme tunisien. Il représente 20% de l’activité du secteur. Plusieurs pays dont la Tunisie misent sur le tourisme intérieur comme solution à la baisse du flux étranger en raison de la crise du coronavirus. Le touriste tunisien est appelé à la rescousse pour contribuer à l’opération de sauvetage de ce secteur. Il est vrai que les examens nationaux en cette période ont freiné l’afflux des Tunisiens vers les hôtels. Leur absence a donc des conséquences importantes sur l’activité économique bien que plusieurs hôtels soient sollicités par les Tunisiens le week-end. La reprise se fera à partir de la deuxième moitié de juillet. Le touriste tunisien pourra contribuer à l’opération de sauvetage de ce secteur. Le ministère a élaboré une démarche promotionnelle qui permet de valoriser les performances et les avantages du secteur, tout en augmentant la part de marché local dans la croissance de l’activité touristique. Pour encourager le retour des Tunisiens, lors de cette saison estivale, des réductions ont été proposées par certains hôteliers. Mais partir en vacances a un coût qu’il n’est pas toujours évident de supporter sur fonds propres. Et avec les banques, l’on peut vite être tenté de recourir à un emprunt pour financer ses vacances. Ces crédits vacances semblent en effet être, à première vue en tout cas, une solution pour permettre à certaines familles de fréquenter les hôtels .La stratégie de développement est axée aussi sur la restructuration du marché local avec la contribution des agences de voyages spécialisées dans le tourisme intérieur, la diversification de l’offre et la sensibilisation pour la réservation à l’avance.
* Pour quand l’arrivée des touristes étrangers en Tunisie ?
En effet, en Tunisie comme ailleurs dans le monde, la crise du coronavirus a impacté pratiquement tous les secteurs. Le tourisme n’est pas épargné par ce contexte de bouleversement. Même si la Tunisie était l’un des premiers pays à proposer un calendrier de sortie de crise pour le secteur touristique passant notamment par l’ouverture des frontières le 27 juin prochain et l’élaboration d’un protocole sanitaire, les craintes et les préoccupations des professionnels du tourisme sont toujours de mise. Nous avons enchaîné les réunions avec les ambassadeurs étrangers pour essayer d’intégrer la Tunisie dans les short-lists des pays à visiter par les touristes fixées par certains pays européens, en donnant à ces pays toutes les garanties nécessaires pour la sécurité de leurs ressortissants, mais aussi en prenant toutes les mesures permettant de préserver la sécurité des Tunisiens et d’empêcher une nouvelle propagation du coronavirus dans le pays. La France est désormais classée « zone verte ». Ce qui implique un allègement des mesures d’entrée sur le territoire pour ses résidents et la fin du test obligatoire. Les premiers touristes européens, français et allemands, viendront ce week-end. En effet, La compagnie nationale luxembourgeoise Luxair a programmé, ce samedi 18 juillet, un vol sur Djerba, le tout dans le cadre de la relance de la destination. Nous essayons de convaincre l’Allemagne et la Belgique pour la réouverture de leurs frontières avec la Tunisie
* Et le marché algérien ?
La réouverture de la frontière entre l’Algérie et la Tunisie devrait faire l’objet d’un accord bilatéral. Mais les autorités algériennes ont prolongé la fermeture des frontières jusqu’à nouvel ordre. Nous procéderons à faciliter davantage l’entrée des Algériens en Tunisie en mobilisant les ressources nécessaires pour assurer leur sécurité sanitaire. Nous misons beaucoup sur ce grand marché, porteur pour la Tunisie et nous comptons beaucoup sur la reprise du marché algérien qui coïncide généralement avec la deuxième moitié de juillet.
* Quelle est votre nouvelle stratégie en vue de booster le secteur ?
Je pense qu’il faut voir grand et élaborer une nouvelle stratégie touristique favorisant d’autres formes d’activité et arrêter la machine à produire des projets onéreux et peu rentables. L’engagement de la Vision 2035 est de continuer à faire du tourisme l’un des moteurs du développement économique du pays. Son ambition : faire partie des plus grandes destinations mondiales à horizon 2035 et s’imposer comme une référence en matière de développement durable dans la région Méditerranéenne.
Lancer des projets structurants, c’est notre objectif pour renforcer l’offre touristique et la compétitivité du secteur d’ici 2035. Aujourd’hui, le tourisme en Tunisie est largement concentré sur 4 destinations. Cette concentration géographique ne permet pas de mettre en avant toutes les potentialités du pays. C’est pourquoi une nouvelle politique d’aménagement et de développement sera lancée. La première de ces idées est de créer une grande cité sportive à Zaghouan. Mais ce sera une cité sportive sans hébergement pour faire travailler les hôtels des zones touristiques proches de Zaghouan, comme Yasmine Hammamet et Tunis. La deuxième idée consiste à créer un port de croisière à Mahdia dont pourront profiter les zones environnantes comme Sousse, Mahdia El Jem, Kairouan, etc. La troisième idée est de créer un parc d’attraction à Enfidha, sorte d’Eurodisney pour attirer une clientèle à forte valeur ajoutée. La quatrième et dernière idée est une sorte de niche : développer un port de plaisance haut de gamme dans l’une des îles désertes de la Tunisie, comme La Galite. A l’heure du développement durable, le tourisme tunisien a besoin d’une nouvelle vision de relance basée sur de nouvelles infrastructures durables et innovantes.
K.B.
Auteur: letemps1
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