Un malheur n’arrive jamais seul. Outre les problèmes économiques internes et l’instabilité politique accablante, l’Investissement Direct Etranger ne reprend pas les niveaux d’avant la crise COVID-19. Les investisseurs étrangers semblent hésiter à investir en Tunisie, surtout l’investissement en portefeuille qui a chuté considérablement en 2022.
Le niveau de 2019 n’est pas atteint :
Selon les récents chiffres publiés par la FIPA, les investissements étrangers ont enregistré une hausse considérable de 18.4% en 2022 par rapport à 2021. Un niveau qui ne rattrape pas celui de 2019, c’est-à-dire de la période avant crise du COVID-19. La Tunisie a pu drainé 2222 MD en 2022 contre 1845 MD en 2021. L’investissement étranger était de 2650 MD en 2019.
La chute la plus considérable des investissements étrangers se situe au niveau des investissements en portefeuille qui sont passés de 31.5 MD en 2021 à 7.6 MD en 2022.
Les investissements étrangers sont répartis à hauteur de 22,2% pour les énergies, 58,7% pour les industries manufacturières, 18,7% pour les services et 0,4% pour l’agriculture.
Depuis 2019, les IDE dans l’énergie ont baissé de 46%, ceux dans l’agriculture de 47.8%, alors que globalement les IDE ont chuté de 10.7%.
Selon le rapport de la CNUCED sur l’investissement, les IDE sont passés en Tunisie de 885 millions de dollars en 2016 à 660 millions de dollars en 2021. En termes de stock d’investissements cumulés jusqu’à 2021, la Tunisie enregistre un total de 33440 millions de dollars, contre un stock de 31364 millions de dollars en 2010. Le Maroc quant à lui enregistre un stock de 72941 millions de dollars en 2021. En termes de flux annuels, les investissements étrangers au Maroc sont passés de 2157 millions de dollars en 2016 à 2153 millions de dollars en 2021.
Les Investissements étrangers ont représenté 1.5% du PIB en 2022, contre 2% en 2016.
Selon les déclarations du directeur général par intérim, 92% des investissements sont des extensions, c’est-à-dire il n’existe pas de nouveaux investisseurs qui sont intéressés par notre pays. Ces projets ont permis la création de 9.000 postes d’emplois. Les restes des projets au nombre de 100 ont cumulé un investissement de 136 millions de dinars et ont permis la création de 4000 postes d’emploi.
A la lumière de ces chiffres, il semble que la Tunisie ne possède pas les atouts nécessaires pour attirer les investissements étrangers, et les causes ne manquent pas. En effet, l’instabilité politique, économique, et juridique en Tunisie, n’encourage pas à investir. La récente dégradation de la Tunisie dans sa notation souveraine par l’agence Moody’s n’a fait qu’empirer la situation. En 2023, il ne faut pas s’attendre à des files d’attentes pour les investisseurs étrangers.
En effet, les agences de notation internationales et les organismes internationaux publient régulièrement des rapports qui évaluent le risque pays et prennent en considération plusieurs paramètres tel que le climat des affaires, l’infrastructure, la paix sociale, ……Les investisseurs étrangers basent généralement leur « business decision » sur les conclusions de ces rapports.
Le dernier rapport de « Doing Business » a placé la Tunisie à la 78ème place, perdant 42 places depuis 2012.
Selon un récent sondage paru le 31 Janvier 2023, la Tunisie a été classée à la 85ème place selon le classement de International Transparency sur un total de 180 pays.
Dans l’édition 2022 de l’Indice de liberté économique publié par « The heritage Foundation», la Tunisie, avec 54,2 points sur 100, se classe au 128ème rang mondial sur un total de 177 pays listés.
Des classements qui ne sont pas incitatifs pour les investisseurs.
Mais que fait la FIPA ?
La FIPA, agence gouvernementale chargée de la promotion du site Tunisie et la promotion de l’investissement étranger vit depuis des années une situation très difficile. Avec des moyens financiers très limités, une direction générale qui change presque chaque année, et un dossier qui n’est pas défendable devant les investisseurs, cette agence n’arrive pas à faire des performances remarquables.
La FIPA, depuis des mois est gérée par un directeur général par intérim, ne compte que 5 représentations à l’étranger. Cette agence n’arrive pas à participer aux différents évènements internationaux relatifs à l’investissement.
Les atouts classiques de la Tunisie à savoir une main d’œuvre bon marché et la proximité, ne sont plus attractifs auprès des investisseurs.
La décision d’investir obéit aujourd’hui à plusieurs paramètres tel que le climat politique, le climat économique, la taille du marché, la législation et le système juridique, l’infrastructure, la qualification du personnel et de la main d’œuvre, la proximité géographique, l’accès à d’autres marchés voisins, les démarches administratives et les incitations. Sur l’ensemble de ces paramètres le score de la Tunisie d’aujourd’hui est très faible.
Selon la stratégie de la FIPA, les efforts sont concentrés sur la promotion de 6 secteurs qui ont un avantage comparatif pour la Tunisie. Il s’agit du secteur des textiles, les composantes automobiles et aéronautique, les technologies de la communication, les industries agroalimentaires et les industries pharmaceutiques.
Un grand travail à faire par le gouvernement afin d’améliorer l’attractivité de notre pays, dans un environnement international certes perturbé, mais regorge de potentiels et opportunités.
Auteur: L’expert
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.