Le Temps-Agences- De nouvelles tensions interviennent deux jours après une journée de répression meurtrière au cours de laquelle au moins 18 personnes ont été tuées, selon l’ONU.

Les tensions restent vives hier en Birmanie avec de nouveaux manifestants blessés, dont trois dans un état grave, et de plus en plus de journalistes ciblés par les autorités qui font fi des condamnations internationales.

«Une vingtaine de personnes ont été blessées» dans la ville de Kale (Nord-Ouest) par la police et l’armée venues disperser un rassemblement pro-démocratie, a indiqué à l’AFP un secouriste. «Trois, touchées par des tirs à balles réelles, doivent être opérées en urgence et sont dans un état critique», a précisé un docteur de l’hôpital où elles ont été transportées.

Quelques heures plus tôt, un journaliste birman, Kaung Myat Hlaing, a été arrêté à son domicile lors d’une opération musclée des forces de sécurité, selon son employeur Democratic Voice of Burma (DVB). Des tirs ont été entendus lors de l’arrestation qu’il a lui-même filmée en direct et dont les images ont été retransmises sur les réseaux sociaux.

Par crainte des représailles, les manifestants étaient moins nombreux hier à descendre dans les rues notamment à Rangoun, la capitale économique. Certains ont tout de même érigé des barricades de fortune avec des pneus, des panneaux de bois et des barres de métal pour se protéger.

Face à eux, les forces de sécurité ont été déployées en nombre. Dans le quartier de Sanchaung, dans le Nord de la ville, «elles ont tiré des gaz lacrymogènes et des munitions en caoutchouc», a rapporté un habitant. «Elles viennent ici pour nettoyer le quartier», a relevé un autre.

Les vagues d’arrestation se poursuivent. 1300 personnes ont été arrêtées lors de la seule journée de dimanche, selon la chaîne de télévision d’Etat MRTV.

Et les journalistes ont de plus en plus de mal à pouvoir travailler. Plusieurs ont été interpellés ces derniers jours, dont un photographe de l’agence de presse américaine Associated Press. D’autres ont été visés par des tirs de balles en caoutchouc, notamment deux employés par l’agence chinoise Xinhua.

Coupures d’internet, vagues d’interpellations, tirs, renforcement de l’arsenal répressif: la junte n’a cessé d’accroître sa répression depuis le putsch du 1er février qui a renversé le gouvernement civil d’Aung San Suu Kyi.

Tenue au secret depuis son arrestation, l’ex-dirigeante de 75 ans est désormais inculpée pour quatre chefs: importation illégale de talkies-walkies, non-respect des restrictions liées au coronavirus, violation d’une loi sur les télécommunications et incitation aux troubles publics.

Elle est apparue «en bonne santé» lors d’une audience en vidéoconférence qui s’est tenue lundi, d’après son avocat qui n’a toujours pas été autorisé à rencontrer sa cliente.

Après près d’un mois de mobilisation pro-démocratie avec des manifestations quotidiennes et une campagne de désobéissance civile, la riposte des autorités a été particulièrement sanglante dimanche.

Hier, des centaines de personnes se sont rassemblées dans un petit cimetière de Rangoun pour les funérailles d’une des victimes, Nyi Nyi Aung Htet Naing, tué par un tir dans l’estomac.

Les violences meurtrières suscitent un concert de condamnations internationales. L’ambassadeur birman aux Nations unies, Kyaw Moe Tun, a lui-même rompu de manière spectaculaire avec les généraux putschistes la semaine dernière en appelant à «mettre fin au coup d’Etat». Il a été démis de ses fonctions par la junte.

Mais Pékin et Moscou, alliés traditionnels de l’armée birmane, considèrent cette crise comme une «affaire intérieure» au pays. De nouveaux entretiens internationaux doivent avoir lieu.

 

Les quinze membres du Conseil de sécurité de l’ONU, y compris la Chine, envisagent de tenir cette semaine une nouvelle réunion sur la Birmanie, selon des sources diplomatiques. Les ministres des Affaires étrangères de l’Asean (Association des nations de l’Asie du Sud-Est) doivent s’entretenir en ligne.

Auteur: letemps1
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