Les banques demeurent encore et toujours le principal pourvoyeur de fonds pour les ménages, les entreprises et même l’Etat. La croissance de leur PNB en 2022 s’explique en grande partie par l’augmentation de leurs concours à l’économie. Les ménages subissent de plein fouet la montée vertigineuse de l’inflation à plus de 10% contre une presque stagnation des revenus, et par conséquent une détérioration importante du pouvoir d’achat. Le crédit bancaire reste toujours l’ultime échappatoire pour couvrir des besoins urgents ou réaliser un investissement. Au vu des chiffres, l’endettement des ménages semble atteindre un niveau de saturation.
Une régression des crédits bancaires aux particuliers :
Chaque consommateur vous le dira, il fut un temps ou les banques tunisiennes font du démarchage téléphonique pour proposer des crédits à leurs clients. Aujourd’hui, il est devenu de plus en plus difficile d’accéder à un crédit de quelque nature que ce soit. Les raisons sont multiples :
Des restrictions règlementaires au niveau de la Banque Centrale afin d’imposer certaines normes prudentielles et le ratio crédit-dépôt.
Une hausse continue du TMM qui a atteint 7.96% au mois de Janvier 2023, ce qui a fait augmenter le coût de l’argent.
Des ménages qui ont atteint le plafond de leur capacité d’endettement et qui n’arrivent plus à contracter de nouveaux crédits
Selon les derniers chiffres publiés dans le bulletin des statistiques financières de la banque Centrale, l’encours des crédits octroyés par les Banques aux particuliers a atteint au 31/12/2022, plus de 27755 MD en hausse de seulement 872 MD soit 3%. En 2021 les banques ont octroyé 1054 MD en croissance de 4%, alors qu’en 2020 ils ont octroyé pour 1526 MD en 2020 et en 2019 seulement 378 MD.
L’encours des crédits octroyés par les banques aux particuliers a représenté 25.6% du total du concours des banques à l’économie en 2022, contre 26.3% en 2021 et 26% en 2020.
Au niveau de la répartition, les crédits au logement affichent un encours de 12474 MD soit 45% du total des crédits. En 2022, les banques ont continué à soutenir le secteur immobilier en octroyant des crédits pour un montant de 351 MD. En deuxième position on retrouve les crédits pour l’aménagement d’un logement qui représentent 37% du total de l’encours. En 2022, les banques ont donné plus de 255 MD aux ménages tunisiens pour aménager leurs logements.
Quant aux crédits à la consommation, ils ont représenté 15% du total de l’encours des crédits, et ont totalisé 4354 MD.
La lecture des chiffres de la banque Centrale permet de déceler un certain relâchement de la part des banques pour octroyer des crédits pour l’acquisition d’un véhicule. En effet, l’encours de ce type de crédits a atteint seulement 393 MD à Décembre 2022, soit une hausse de 14 MD en 2022 contre 33 MD en 2021 et 34 MD en 2020.
Il est à signaler que le rythme d’octroi des crédits aux particuliers a nettement chuter au cours des récentes années puisqu’en 2017 l’encours a augmenté de 2366 MD et en 2016 de 2003 MD.
4.6% des crédits classés sont pour des particuliers :
Malgré les précautions que prennent les banques afin de garantir le recouvrement des crédits en exigeant des garanties, la domiciliation des salaires et les hypothèques, l’encours des crédits impayés ou en contentieux est en nette croissance. Il a atteint en 2021 un record de 1215 MD contre 1107 MD en 2020 et 1019 MD en 2019. Les créances classés pour les ménages représentent 4.6% du total des créances classés pour le secteur bancaire.
La situation économique des ménages qui se détériore d’une année à une autre a causé des difficultés énormes à honorer les engagements envers les banques. Ces difficultés ont été amplifiées surtout à cause de la hausse continue du TMM. Selon nos sources, le niveau des taux appliqués sur les nouveaux contrats de crédits aux particuliers a atteint 10.6% pour les crédits de moins de 3ans, 10.5% pour les crédits entre 3 et 7ans, et de 9.6% pour les crédits supérieurs à 7 ans.
Selon nos calculs le taux d’endettement des ménages tunisiens a atteint plus de 34%. Selon une enquête de l’INC, 43% des ménages tunisiens ont au moins un membre de la famille qui est endetté. Deux tiers des ménages tunisiens considèrent, dans la situation économique actuelle, qu’il leur est “impossible de vivre sans s’endetter”. Selon la même enquête, les ménages endettés consacrent 43% de leurs revenus pour payer l’encours de leurs dettes. Ce chiffre monte à 60% pour de nombreux ménages. 1/3 des ménages ont au moins deux membres qui ont contracté un crédit bancaire. De plus en plus les ménages n’arrivent plus à vivre sans le recours à un crédit bancaire.
Selon certains analystes la bulle de l’endettement des ménages tunisiens risques d’exploser dans les prochains mois et aura un impact catastrophique sur le secteur bancaire, ainsi que des dommages collatéraux sur le plan social.
Auteur: L’expert
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.