Essaouira – Le vernissage de l’exposition d’une collection d’oeuvres artistiques, signée Abdelghafour Benbadryef sous l’intitulé »Najmah », a eu lieu mardi soir à Essaouira et ce, à l’occasion du premier Congrès International sur les Territoires Innovants (CITI-2019).
Visible aux cimaises de l’espace d’exposition de Dar Souiri, cette collection composée d’une quinzaine d’oeuvres artistiques alliant, avec finesse, peinture et art photographique, met à l’honneur le tatouage amazigh d’un point de vue esthétique et artistique en tant que dessin et art à part entière.
Ces toiles, avec un arrière-plan en peinture mettant en avant le drapeau marocain, et des portraits de femmes tatouées, illustrent la singularité et la richesse d’un patrimoine national séculaire et combien ancré dans les traditions.
Au sujet de cette exposition, le professeur universitaire Larbi Safaa a indiqué que si le tatouage a envahi la société contemporaine et qu’abstraction faite de sa signification et du motif de se faire tatouer, « Abdelghafour Benbadryef ne cherche pas à faire une analyse anthropologique du signe ni de la sociologie; il cherche de façon simple à rendre hommage à nos grands-mères, aux femmes du village, qui gravent sur leurs corps des signes porteurs de sagesse ou tout simplement de fétichisme innocent ».
Et de poursuivre qu’ »entre l’authentiquement faux ou le faussement authentique, le style pictural d’Abdelghafour Benbadryef renouvelle à sa manière la dichotomie derridienne qui nous pousse non pas à nous positionner d’un antipode à un autre, à aimer ou ne pas aimer, mais à adhérer à cette suggestion d’un monde rêvé, imaginé et mis en scène ».
»Conjuguant une mise en scène picturale délibérée avec une réalité surchargée et triviale, cette aventure pittoresque opère un syncrétisme subtil mais clivé entre le kitsch, le pop art et un romantisme orientaliste. Le corps y est sain, naturel, mais pudique… une esthétique intemporelle qui trompe le diktat actuel de la beauté formatée, un regard introspectif qui veut montrer la femme marocaine dans son héritage pluriel », explique-t-il.
Dans ce travail, une valeur est requise : ne serait-ce pas celle de la pudeur ? Une pudeur du regard, du geste, sans pour autant neutraliser le rôle du corps comme réceptacle du signe… Comme si le corps et la mise en scène rivalisaient, s’accordaient puis se donnaient comme support pour rendre hommage à la magnificence, à l’exhibition pittoresque et majestueuse du signe, sans concéder à l’exotisme mis en fête, conclut le professeur Larbi Safaa.
« Cette exposition est un vibrant hommage à toutes les femmes mais aussi un désir d’assurer la transmission de cet art autour du tatouage, à toutes les générations montantes », a confié à la MAP, l’artiste Abdelghafour Benbadryef, notant que dans son travail sur le tatouage amazigh, il s’y intéresse comme »dessin » et comme »signe » sans chercher les significations.
Sur le choix de l’intitulé de l’exposition »Najmah », il a fait savoir que ce mot peut être compris dans le sens d’un prénom féminin, comme il désigne l’étoile verte du drapeau marocain et qu’on trouve présente avec force dans l’arrière-plan de ses oeuvres.
»Il s’agit aussi de préserver l’identité nationale et de lui rendre hommage », a-t-il expliqué, notant que dans son oeuvre, un intérêt particulier est accordé à l’aspect esthétique et artistique du tatouage.
Natif de Marrakech en 1978 où il vit et travaille, Abdelghafour Benbadryef avait pour source d’inspiration, dès son jeune âge, la richesse de sa ville natale, ses couleurs, ses lumières et sa culture.
Initié par son frère, il prend ses premiers clichés en 1994 où il touche au développement et au tirage argentique.
Benbadryef collabore avec plusieurs artistes plasticiens, notamment Larbi Cherkaoui, Hassan Hajjaj et Noureddine Tilsaghani, et dispose à son actif de plusieurs expositions individuelles et collectives.
Auteur: Meriem IGASS
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