A l’aune de changements climatiques qui s’annoncent cataclysmiques, et sous les pressions socio-économiques et migratoires, la mise en route de vrais programmes de développement durable, tels que préconisés par l’ONU, est une impérieuse nécessité. Mais qui dit projets colossaux dit moyens colossaux. Alors qu’environ 3 millions de personnes rejoignent les villes du globe chaque semaine, le déficit de financement actuel des pays en voie de développement est estimé à plus de 2 500 milliards de dollars par an.
Et les Etats sont incapables de financer seuls ce développement. Selon Dr Bandar M.H Hajjar, Président de la Banque Islamique de Développement, qui s’exprimait à l’ouverture du 2ème Forum du Partenariat Public-Privé, tenu le 28 février à Rabat, le solde budgétaire des pays membres de la BID est passé d’un excédent moyen de 3,8% du PIB avant la crise de 2008, à un déficit de 3,5% en 2017. Dans ces conditions, M. Mohamed Benchaaboun, ministre de l’Économie et des Finances, qui intervenait lui aussi à l’ouverture du forum, a relevé que le PPP est un mécanisme indispensable pour compléter les outils utilisés en matière de financement des projets d’infrastructures et des projets structurants dans différents pays.
Selon les chiffres de la BID, les projets PPP sont ceux qui ont connu le plus fort taux de réussite, avec une moyenne de 89%, contre 86,5% pour les projets privés et seulement 72,5% pour les publics. Selon le président de l’institution, la probabilité de finir les projets PPP dans les délais est 3,5 fois supérieure à celle enregistrée dans le public, et ces projets sont globalement 30% plus efficaces que les autres.
Le Maroc est, pour sa part, considéré comme un leader dans le domaine des PPP, selon Dr Hajjar, et il a bénéficié de l’appui de la BID pour de nombreux projets d’envergure, comme la LGV, ou le complexe NOOR. Et le pays compte bien rester sur cette lancée : « Nous sommes en train au niveau du gouvernement d’amender la loi sur les PPP », a déclaré M. Benchaaboun, relevant que ce forum est une occasion idoine pour « tirer le meilleur parti et les bénéfices des expériences cumulées par les différents pays participants ».
Le Forum était composé de plusieurs panels, qui abordaient le PPP et les problématiques en découlant, sous le point de vue d’experts internationaux en la matière. Parce que si les PPP sont d’excellentes solutions de financement de grands projets, il y a de nombreux défis à relever pour en tirer pleinement parti.
Faire sa promotion
Un des premiers obstacles à la mise en place d’un projet PPP est que le nombre de sociétés privées qui peuvent réaliser, et financer (au moins en partie) de grands projets d’infrastructures sont rares de par le monde. Les pays sont donc dans une compétition féroce pour attirer les géants du privé sur leur territoire. Et la première étape pour renforcer son attractivité dans ce sens, selon l’ensemble des participants au forum, est de mettre en place un cadre réglementaire et législatif parfaitement adapté aux projets PPP. Préparer son dossier pour répondre à un appel à projets coûte très cher à une société, donc elle choisira avec soin les appels auxquels elle va répondre.
Une fois ce cadre en place, à travers un vrai programme plutôt qu’un simple projet, les experts se sont accordés sur le fait que l’étape la plus importante d’un projet PPP est son analyse initiale. Les ministères doivent acquérir une compréhension en profondeur des projets, de leurs tenants et leurs aboutissants. L’étude de faisabilité est particulièrement importante parce que c’est elle qui va rassurer le secteur privé sur le fait qu’il va être mené à bout. Sur ce point, les participants au forum ont conseillé de faire appel à des experts reconnus, car les investisseurs vont en premier lieu regarder la signature au bas de l’étude de faisabilité.
Les projets PPP sont très chers, et plusieurs mesures peuvent être prises pour atténuer ces coûts. Premièrement, il est conseillé de centraliser l’expertise, afin que celle-ci puisse facilement être appliquée à plusieurs projets similaires. Ensuite, le gouvernement peut mettre en place des mesures incitatives (fiscalement, par exemple), ou même offrir des garanties.
Les infrastructures, mais pas que…
Les grands projets d’infrastructure représentent la majorité, de loin, des projets PPP. Pourtant, les besoins sont les mêmes, voire plus forts, dans les secteurs sociaux. De même, ils sont surtout utilisés pour travailler avec de grands groupes, alors que les PME, qui représentent le cœur de l’économie d’un pays, sont souvent laissées sur le banc de touche. Par exemple, au Maroc, les dépenses du ministère de la Santé s’élèvent à 16 MMDH par an, mais restent largement insuffisantes pour répondre aux attentes des citoyens. Comment convaincre le privé de participer à des projets de santé publique (comme des campagnes de dépistage), alors que la rentabilité est difficilement au rendez-vous ? La même question se pose pour l’éducation.
Une solution peut être de développer des projets annexes, à vocation plus rentable, mais dont la réalisation est tributaire du projet principal (par exemple une clinique spécialisée privée à côté d’un hôpital public). Certains gestionnaires mettent en place des fonds mixes public-privé, qui sont utilisés pour financer des projets à plus petite échelle, en faisant appel à des PME.
Le dernier point sur lequel il convient d’insister est que les projets PPP sont souvent de très longue durée. Et pour éviter les désagréments tout au long de sa durée de vie, les notions de transparence et de partage d’informations sont primordiales, préviennent les spécialistes. De même, il faut que l’Etat s’emploie à écouter et fédérer l’ensemble des parties prenantes, dont la population bénéficiaire, sous peine de ne pas voir ces lourds investissements porter leurs fruits.
Selim Benabdelkhalek
Auteur: SB
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