Nommé récemment à la tête de l’Agence marocaine de développement du digital (ADD), Amine El Mezouaghi a dévoilé les grandes priorités de son mandat à l’horizon 2030. Décryptage. Arrimée sur la stratégie nationale Maroc Digital 2030, la nouvelle feuille de route de l’ADD entend renforcer la gouvernance du numérique en améliorant la coordination entre les acteurs publics et privés, afin de garantir la cohérence et l’efficacité des projets engagés. Dans cette feuille de route, le chantier de l’Egov occupe une place importante.
L’ADD prévoit d’accompagner les administrations dans la simplification des parcours usagers, le développement de plateformes numériques sécurisées d’échange de données et l’amélioration de l’expérience citoyen. Des projets, tels que le déploiement de portefeuille numérique et le renforcement du portail Idarati, visent à fluidifier l’accès des citoyens et des entreprises aux services administratifs.
« De manière quasi unanime, les entreprises marocaines pensent que la digitalisation des services publics pourrait avoir un impact majeur sur leur entreprise. Et parmi les mesures les plus fortement recommandées par les entreprises, la mise en place d’une gouvernance forte de mise en œuvre représente 65% des recommandations, sui vie par une demande d’implication plus forte du secteur privé. », révélait une étude de l’ausim sur le sujet. Parallèlement, l’innovation et l’économie numérique figurent parmi les autres priorités affichées.
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L’Agence souhaite soutenir l’écosystème des start-up à travers une « Startup Policy » structurée, favorisant l’expérimentation, les partenariats et l’intégration des jeunes pousses dans les projets de transformation digitale. Cette dynamique couvre plusieurs secteurs clés, dont la fintech, la healthtech, l’Edutech et la govtech. « L’Agence ambitionne de devenir une institution de référence, engagée dans le déploiement des stratégies nationales de transformation digitale souveraine et de confiance, fondée sur l’exigence d’excellence, la mobilisation des écosystèmes et des parties prenantes, et orientée vers la proposition de solutions innovantes à fort impact », a indiqué Amine El Mezouaghi dans une interview accordée à la MAP.
Contacté par Challenge, le président de l’Apebi déclare : « La nouvelle feuille de route de l’Agence de Développement du Digital intervient à un moment charnière pour l’avenir du numérique au Maroc. Elle affiche une ambition claire : faire du digital un levier structurant de compétitivité économique, d’attractivité et de création d’emplois qualifiés. Cette orientation est globalement positive et répond à des attentes réelles de l’écosystème. Il est néanmoins essentiel de rappeler que l’écosystème numérique marocain est aujourd’hui structuré, mature et diversifié. Il ne se limite pas aux startups, aussi importantes soient-elles pour l’innovation. Il repose sur trois piliers complémentaires : les startups, les PME technologiques et un secteur d’outsourcing développé dans le cadre de l’offshoring, qui constitue depuis plusieurs années un moteur majeur d’export et d’emploi. »
Et de poursuivre : «Cet outsourcing couvre des segments à forte valeur ajoutée, notamment l’IT Outsourcing (ITO), l’Engineering Services Outsourcing (ESO), le Business Process Outsourcing (BPO), le Knowledge Process Outsourcing (KPO) et les activités de CRM. Ces entreprises opèrent sur des marchés internationaux extrêmement compétitifs et disposent d’une connaissance fine des besoins clients, des standards de qualité, des cycles commerciaux et des exigences sectorielles. En 2024, le chiffre d’affaires de l’outsourcing au Maroc, dans le cadre de l’offshoring, a atteint 26 milliards de dirhams. Les entreprises membres de l’APEBI en ont généré 66 %, confirmant le rôle central du secteur privé organisé dans l’export de services numériques, la création de valeur et l’emploi qualifié. »
Digitalisation et défi…`
Le Maroc depuis quelques années a fait de la digitalisation un enjeu de gouvernance au vu et au su des énormes atouts que peuvent avoir le numérique sur la santé économique du pays. Selon l’ANRT, le projet d’une nation digitale réussi peut économiser au Maroc environ 718 millions d’heures de travail par an, soit 1% du PIB. C’est fort conscient de ces enjeux inscrits dans l’ADN du numérique, que le Maroc a lancé les unes après les autres une batterie de stratégies de développement de la digitalisation, en l’occurrence Maroc Numeric 2013, Maroc digital 2020 , Morocco Tech et Maroc Digital 2030. Cependant le constat au demeurant amer est que malgré cette volonté affirmée de vouloir tirer le pays vers le grand virage du numérique, une réalité tout autre vient casser l’élan ou du moins imposer une vision sans filtre sur les défis endogènes.
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Après celui de l’Egov,, la question de la connectivité est un prérequis favorable à l’;émulation du numérique et ce à grande échelle. En ce sens, l’ADD milite pour la réduction de la fracture numérique. La feuille de route de l’ADD prévoit la création d’antennes régionales de l’ADD afin de territorialiser les politiques digitales, notamment dans les zones rurales et auprès des populations vulnérables. «La transformation digitale n’a de sens que si elle se traduit par une amélioration concrète, mesurable et continue de l’expérience usager », indique le DG.Pour le président de l’Apebi, « La promotion du digital ne peut être uniquement institutionnelle ; elle doit s’appuyer sur les entreprises qui exportent, investissent, recrutent et portent concrètement la marque Maroc à l’international. »
« La promotion du numérique marocain ne peut être dissociée de la promotion de la marque Maroc à l’international. Elle nécessite une approche structurée par marchés et par zones géographiques, en lien direct avec les réalités économiques. C’est dans cette logique que la fédération a mis en place des commissions export organisées par continent — Europe, Amériques, Moyen-Orient et Afrique — afin d’adresser les spécificités de chaque marché, qu’il s’agisse d’outsourcing ou d’export de produits et services digitaux.
Cette action est renforcée par l’implication de l’APEBI dans des organisations régionales et internationales telles que la « Federation of African Digital Businesses et de Arab ICT Union. Cette double appartenance confère à la fédération un positionnement stratégique unique, à la croisée des marchés européens, arabes et africains, en cohérence avec la géographie et l’ancrage culturel du Maroc. », explique-t-il.
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Pour ce dernier, « L’objectif n’est pas d’opposer les rôles, mais de les clarifier et de renforcer la complémentarité. Un échange avec la direction de l’Agence de Développement du Digital permettra, espérons-le, de consolider cette convergence et de maximiser l’impact économique de la transformation digitale du Royaume.
L’économie numérique est-elle perçue comme une économie réelle ?
L ‘économie de la pierre a le vent en poupe. Pour la petite histoire, c’est en 1930 face à la dépression des années 30 que certaines nations touchées par un chômage sans précédent se sont tournées vers la politique économique des grands travaux comme un instrument de politique conjoncturelle. Inspirée par l’économiste Keynes, cette construction du socle économique autour des infrastructures est une doctrine conventionnelle pratiquée par les Etats. Au Maroc, depuis quelques années, cette politique économique des grands travaux est une priorité stratégique. Le secteur de l’eau, le ferroviaire, le portuaire, l’aérien, ou encore la santé, se sont plusieurs milliards de dirhams qui ont été alloués. Aujourd’hui avec l’arrivée du numérique, les économies prennent une autre trajectoire.
Beaucoup de praticiens en science économique le perçoivent comme un accélérateur. De plus, les différentes homélies en faveur du “tout digital”, portée par les grandes institutions internationales n’ont fait qu’accroître l’aura du discours de la digitalisation au sein des Etats. Cependant dans les faits on peut être en droit de se poser certaines questions. L’économie numérique a -t -elle vraiment sa place dans les actions de gouvernance ? D’un point de vue purement financier si on compare les actions en termes d’investissement on arrive à la conclusion selon laquelle l’économie numérique n’a pas la place qu’elle est censée du moins avoir.
Selon une autre source en France par exemple, seulement dans le secteur de l’IA, le gouvernement a investi près de 2 milliards d’euros. « Au Maroc je pense qu’on n’est pas encore prêt pour la transformation digitale. On est dans une transition spécifique qui opère des changements graduels sur certains axes clés notamment les administrations, les infrastructures. » Aujourd’hui il est clair qu’il faut mener une réflexion sérieuse sur la place du numérique au-delà des effets d’annonce de digital nation. Car même si l’on retrouve dans les idées une forme de volonté d’action, sur le terrain de l’exécution des interrogations demeurent sous-jacentes à la lumière des fonds alloués qui remet en cause l’idée du parallélisme des formes. Pour l’heure nous pouvons dire que nous ne sommes pas à l’aube d’une transformation mais d’une transition numérique graduelle. Un détail important qui permet d’apprécier les actions dans l’écosystème.
Auteur: Ismail Saraoui
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