Lyes Merabet. président du Syndicat national des praticiens de la santé publique (SNPSP)

– Des médecins sont sortis de leur silence pour dénoncer et lancer un SOS. Ils se plaignent du manque du matériel le plus élémentaire pour la prise en charge des malades et faire face au coronavirus, et ce, au moment où les pouvoirs publics parlent de la disponibilité des moyens. Qu’en est-il ?

Il y a tout simplement deux situations distinctes, celle des statistiques, des chiffres réels ou prévisionnels annoncés par l’autorité publique et il y a la réalité du terrain avec les dysfonctionnements constatés chaque jour par les professionnels de la santé, tant au plan de l’organisation et de la coordination dans la mise en place du plan Orsec d’urgence sanitaire.

On ne peut que confirmer et dénoncer le manque en moyens essentiels à un exercice «sécurisé» pour l’ensemble des personnels soignants directement ou indirectement exposés au risque de contamination face à l’épidémie de Covid-19, tel que les masques antiprojections (bavettes chirurgicales), les masques de protection respiratoire individuelle (type FFP2), des tenues de travail en quantité suffisante, des «sur-blouses» et des gants jetables, du gel ou solution hydroalcooliques de désinfection, des produits d’hygiène pour le traitement des sols et des surfaces.

Cette situation et d’autres ont été exposées par le bureau national du SNPSP aux responsables du ministère de la Santé lors de la réunion de la commission mixte centrale tenue le 11 mars 2020.

– Le président Tebboune parle de la disponibilité de lits, chose que viennent de démentir des médecins. L’hôpital Maillot, deuxième grand CHU d’Alger,  ne dispose que de 6 lits équipés. Où est la vérité ?

Nous avons notamment relevé l’évolution très significative entre les chiffres annoncés par le ministère chargé du secteur de la Santé (qui chapeaute le plan d’action sanitaire) et ceux présentés par le président de la République.

Il est légitime de s’interroger à ce niveau-là de la prise en charge et sur nos capacités à faire face, si la situation épidémique se dégradait rapidement, au déferlement continu de centaines, voire de milliers de cas compliqués, nécessitant une prise en charge lourde en service de réanimation qui déjà, en l’état actuel des choses, fait défaut.

– Concrètement, quelle est, à votre avis, la démarche la plus appropriée à suivre pour éviter la contamination et la propagation du virus ? Le confinement partiel est-il une solution ?

Cela n’a pas été une solution dans des pays plus développés et donc mieux organisés que nous, je cite l’Italie, l’Espagne, la France… qui, comme nous, ont commencé par sous-estimer le risque sanitaire, puis à mettre en place les segments du plan Orsec mais avec beaucoup d’hésitation et de tergiversation du fait aussi du débat politique, qui malheureusement s’est imposé, au nom des libertés démocratiques, sur les restrictions que pourraient induire certaines mesures, tels la mise en quarantaine ou le confinement sur les citoyens et la vie de la cité.

Aujourd’hui, le constat est sans appel pour ces pays que j’ai cités, mais aussi pour d’autres et le confinement général et obligatoire a été pratiquement décrété pour tous. Personnellement, c’est mon avis, et je le répète depuis l’entame de la troisième semaine de cette épidémie de Covid-19 chez nous pour deux raisons :

– car c’est grâce au confinement strict et sévère imposé dès la 3e semaine que la Chine a pu maîtriser la situation. Chose que les pays suscités n’ont pas jugé utile de faire au début et qu’ils regrettent aujourd’hui. 

– Notre système de santé étant déjà fragile, nous n’avons pas les capacités matérielles et logistiques capables d’absorber des besoins de santé qui risquent d’augmenter de façon exponentielle.

Il est impératif dans le confinement d’isoler les cas avérés malades (confirmés) et les sujets contacts fortement exposés (tels les professionnels de santé) de la population saine afin de casser efficacement la chaîne de transmission.

– Vous exercez dans un établissement public de santé à Blida, la situation est-elle dramatique dans cette région ?

Plus exactement à l’EPSP de Larbaâ, dans la wilaya de Blida, la situation sanitaire reste tendue et préoccupante au sein de la population, qui de jour en jour a pris conscience de la gravité de la situation, et nous remarquons cela dans le comportement des citoyens, dans les changements des habitudes de la vie de tous les jours mais aussi dans les actions des bénévoles qui se mobilisent de plus en plus pour organiser au mieux et réussir le défi de la prévention, qui reste notre salut à tous.

Les professionnels des soins eux, bien qu’en alerte, mobilisés et conscients de leur devoir dans cette «guerre sanitaire» et qui sont déjà au front, demandent tout simplement des conditions de travail acceptables et des moyens de protection, ils sont inquiets par rapport à leurs enfants, leurs familles qu’ils veulent protéger et ils appellent sérieusement les citoyens au respect strict des mesures de confinement pour ralentir la courbe de progression de l’infection.

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Auteur: Anis Khecheba
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