Si cet évènement était organisé régulièrement au Cameroun comme il aurait dû l’être et comme il l’est en France, le président de la République camerounaise, Paul Biya, aurait pu en profiter pour répondre à son homologue français. Hélas, la plus grande fête dédiée aux seigneurs de la terre au Cameroun n’a plus été organisée depuis 2011. Et même avant ce rendez-vous, l’évènement avait connu plusieurs années d’hibernation. Après plusieurs reports, le président de la République, Paul Biya, se rendu à Ebolowa dans la région du Sud, le 17 janvier 2011, pour ouvrir le Comice agropastoral de la ville éponyme. Devant des milliers d’agriculteurs venus exposer le fruit de leur labeur, le chef de l’Etat prononce un discours aux allures de campagne électorale. « Populations du Sud en particulier, et du Cameroun en général, pendant près de vingt ans, vous avez voulu ce Comice. Voici donc le Comice, porteur d’espoirs pour un monde rural résolument engagé dans le processus de développement ».

Le président camerounais entretient alors le monde rural sur la vocation première de l’agriculture qui est de « nourrir notre population ou, en d’autres termes, assurer notre autosuffisance alimentaire ». Il rappelle aussi que « dans un pays comme le nôtre où 60 % de la population vit de l’agriculture, celle-ci devrait être le premier pourvoyeur d’emplois ». Et Paul Biya de noter que « la capacité de production de notre agriculture reste fortement sous-exploitée ».

Promesses

A preuve, « quelques-unes de nos régions sont encore tributaires de l’aide alimentaire. Certaines productions connaissent des pénuries. Résultats : la spéculation intervient et les prix augmentent, rendant ces denrées inaccessibles pour les plus démunis ». Par ailleurs, poursuit-il, « l’insuffisance de certaines productions, comme le riz, le maïs, le sucre, le poisson nous oblige à en importer d’importantes quantités, ce qui déséquilibre gravement notre commerce extérieur. Or, nous pourrions sans difficultés produire davantage de ces denrées ou leur substituer des produits locaux, comme le plantain, le manioc ou d’autres tubercules ».

Tout en promettant que le moment est venu de mettre en pratique de manière résolue la grande politique agricole qu’il a souvent publiquement appelée de ses vœux, Paul Biya engage « les départements ministériels concernés dans cette voie, toutes affaires cessantes ». Et d’insister : « je veux des résultats substantiels ». Dans les mois qui suivent ce discours, une pléthore de projets et programmes sont lancés, couvrant tous les secteurs de l’agriculture, de l’élevage, des pêches, des industries animales, de l’aquaculture, etc. Il serait fastidieux d’évaluer ces projets et programmes qui, greffés à ceux existants avant le Comice agropastoral, sont déjà difficiles à énumérer en raison de leur grand nombre et de l’extrême diversité des acteurs. Mais, neuf ans après, les lignes ont-elles vraiment bougé ?

Banque agricole

A l’évidence, non. Aucun des objectifs prévus dans le Document de stratégie pour la croissance et l’emploi (Dsce) dans le secteur agro-sylvo-pastoral n’a été atteint. Par exemple, bien qu’ayant consacré annuellement au moins 15 milliards de FCFA d’investissement depuis 2012 pour le développement de la filière cacao-café, le Cameroun n’a pas pu atteindre l’objectif de production de 600 000 tonnes de cacao et 160 000 tonnes de café, deux matières premières qui figurent dans le top 5 des produits d’exportation du Cameroun, à l’horizon 2020. Sa production stagne à 253 510 tonnes de cacao et 25 315 tonnes de café en 2018.

Entretemps, le président de la République a oublié de convoquer un nouveau Comice agropastoral pour, sinon évaluer la concrétisation des promesses d’Ebolowa, dont les deux principales étaient la création d’une banque agricole et le passage à l’agriculture de seconde génération, du moins continuer à faire vivre ces expositions agricoles grandeur nature dont l’organisation, parallèlement, favorisaient un aménagement substantiel des villes qui les accueillaient. Avant Ebolowa en 2011, Maroua (Extrême-Nord) avait accueilli l’événement en 1988 et Bertoua (Est) en 1984, le tout premier présidé par Paul Biya. Pour mémoire, le Comice agropastoral a été organisé pour la première fois en 1973 à Buea, quelques mois seulement après le décret présidentiel qui le créait.

Auteur: Serges Bontsebe
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