C’est une rentrée exceptionnelle à tous les égards. Elle se déroulera dans un pays complètement remué politiquement. En pleine révolution démocratique avec l’ambition de précipiter «l’automne du patriarche». Les Algériens, en lutte depuis le 22 février pour l’instauration de la démocratie, promettent un «septembre noir de monde» dans toutes les villes d’Algérie.

On annonce une deuxième vague encore plus puissante de l’insurrection citoyenne en cours dans le pays, après une première qui a balayé le régime Bouteflika et son projet de 5e mandat présidentiel. Inlassables, les millions d’Algériens ont traversé les six premiers mois de l’année 2019 en s’opposant avec succès aux tentatives de limiter leur soulèvement populaire à sa seule finalité : mettre hors du jeu politique le président déchu et sa «bande».

Inébranlables face aux dures épreuves que leur ont infligées les héritiers de Bouteflika, ils ont déjoué, avec une intelligence collective rare, tous les coups tordus et autres tentatives de manipulation. Immuables face à l’adversité du temps rude d’été, les «insurgés» sortent aguerris, forgés et décidés à faire triompher leur combat démocratique. Armés de patience et viscéralement attachés au caractère pacifique de leur lutte, des millions d’Algériens préparent la rentrée politique avec la détermination nécessaire pour poursuivre la bataille qu’ils livrent sans répit au pouvoir. Ce dernier, par contre, sort considérablement affaibli, laissant des plumes mais surtout acculé.

Dépourvus de soutiens dans la société, sans capacité de rebondissement et à court de perspectives, les héritiers de Abdelaziz Bouteflika font dans la résistance bloquante et tentent la contre-révolution. Crépusculaire, le pouvoir est à un stade avancé de son déclin. Sans ressources politiques ni de force – si ce n’est celle de la brutalité – à opposer à la fougue qui a animé et porté les manifestants durant le terrible mois d’août. Signe de la forte et profonde conviction d’un mouvement populaire emportant tout et tous sur son passage.

Point de pause estivale ni de «repos du guerrier», encore moins de trêve politique. Le «cessez-le-feu» n’est pas pour demain.  Le pouvoir vit la crise politique la plus aiguë de son histoire, à laquelle viennent se greffer d’autres problématiques. Au rejet populaire dont il fait l’objet depuis des mois s’ajoute la panne économique et ses implications sociales pour laquelle il ne dispose d’aucune clé de solution.

Ses dépositaires sont occupés à se repositionner pour éviter la chute redoutée. Il n’est pas inutile de rappeler à ce propos que la double impasse politique et économique est due à la fuite en avant des décideurs. La responsabilité politique du désastre leur incombe entièrement. Tout porte à croire que la confrontation politique engagée depuis le premier vendredi d’insurrection sera portée à son paroxysme à la faveur de cette rentrée, chargée de doutes mais également remplie d’espoirs.

Résistance

Les Algériens n’entendent pas reculer devant les velléités autoritaires à l’œuvre ; ils avancent en mettant en avant l’esquisse d’une refondation nationale bâtie sur un nouveau socle de valeurs politiques et sociétales. Les divergences apparues dès le mois d’avril entre les manifestants – qui exigent un changement radical dans la nature du système politique – et le haut commandement militaire qui a repris la main ouvertement sur la décision politique, qui recommande l’urgence d’une élection présidentielle, restent en l’état. Les lignes n’ont pas bougé. Bien au contraire, les tensions se sont exacerbées et rendent inconciliables les deux options politiques. Dur et menaçant, le chef d’état-major de l’armée, Ahmed Gaïd Salah, déclare la guerre aux opposants au scrutin présidentiel qu’il veut tenir dans «les plus brefs délais».

Ces derniers – fermes et déterminés – ne jurent que par la transition. Le «peuple du vendredi», qui s’est imposé comme force d’arbitrage, penche plutôt vers un processus de transition. Il le fait savoir chaque week-end et oppose un veto clair à l’organisation d’une élection présidentielle dans les conditions politiques actuelles.

De retour de vacances, étudiants et lycéens vont sans nul doute muscler les rangs de la mobilisation et peuvent mettre en échec l’agenda politique du pouvoir, comme ce fut le cas pour la présidentielle du 4 juillet. Il faut dire aussi que les sponsors politiques de la présidentielle à organiser dans l’immédiat peinent à fixer un agenda politique clair. Le flou l’emporte.

La fumeuse instance nationale de dialogue et de médiation confiée à Karim Younès n’arrive pas à convaincre et éprouve d’énormes difficulté à assurer le «service avant-vente». Elle essuie un rejet partout où elle passe, quand elle ne reçoit pas une volée de bois vert. Cela renseigne sur le sentiment dominant au sein de l’opinion.

De toute évidence, les conditions politiques objectives ne sont pas favorables à l’organisation d’une élection présidentielle «dans les plus brefs délais». S’enfermer dans cette optique ferait perdre un temps précieux pour le pays. Le passage en force «expérimenté» par Abdelaziz Bouteflika durant ses mandats successifs a conduit à une périlleuse impasse. Le tenter aujourd’hui ne peut qu’aggraver les choses. La recherche d’un compromis historique serait profitable à tous. La poursuite de la mobilisation populaire pacifique n’est une menace pour personne, mais une chance pour tous. Il faut commencer par la désescalade, abandonner la rhétorique guerrière et faire de la rentrée une opportunité politique pour engager résolument le pays sur la voie du salut.  

Post Views: 1 996


Auteur: Hicham Chouadria
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.