Le TEMPS-Khouloud AMRAOUI 

L’intermédiaire en Bourse MAC S.A. vient de publier une analyse portant sur le secteur industriel intitulée : « Les sociétés industrielles, dégagent-elles assez de marges ? ». Le document précise que les niveaux de marges nettes dégagés par un échantillon représentatif du secteur, en l’occurrence des sociétés industrielles cotées en bourse, laissent penser qu’on peut faire mieux. Les analystes soulignent également que les sociétés devraient réfléchir à améliorer leurs niveaux de marges tout en faisant participer tout l’environnement entrepreneurial (État, chefs d’entreprises et bailleurs de fonds).

Les sociétés non-financières cotées à la bourse de Tunis ont dégagé en 2019 des résultats en baisse après avoir enregistré une croissance bénéficiaire de 6.2 % une année auparavant. En effet, leurs bénéfices ont reculé de 4.3 % par rapport à 2018, pour s’établir à 536.5 MDT. Il faut dire que la conjoncture a été difficile pour plusieurs secteurs d’activité notamment la grande distribution, les cimentiers, l’immobilier, les pharmas, etc. 

La baisse des résultats des non-financières aurait pu être plus importante si certains secteurs n’avaient pas réalisé des performances exceptionnelles, à l’instar de certaines sociétés agro-alimentaires. Quoi qu’il en soit, ce recul de la capacité bénéficiaire s’est opéré parallèlement à une progression de l’activité des sociétés cotées. 

En effet, le chiffre d’affaires agrégé des sociétés non-financières a atteint 11 211 MDT, en évolution de 4.8 % par rapport à 2018. 

Cette hausse est induite essentiellement par le groupe PGH, le groupe Délice Holding ainsi que SAH dont le volume d’activité a été dopé par le lancement de l’activité des détergents. Dans ce contexte, la marge nette des sociétés non-financières a accusé une perte de 0.7 point pour s’établir à 4.8 %. 

« Cela dit, malgré cette contraction, plusieurs sociétés continuent de dégager des marges très confortables », estime MAC.SA. 

Dans cette analyse, il a été retenu comme échantillon les groupes et sociétés réalisant un chiffre d’affaires supérieur à 80 millions de dinars et qui sont au nombre de 21.  « Cette analyse est purement financière et n’en minimise en aucun cas la valeur économique importante qu’apporte ces sociétés sur le plan social, fiscal et sociétal », indiquent les analystes de l’intermédiaire en Bourse.

 

Poulina Group Holding chapeaute le Top 5 des plus importants groupes de la Cote

Le chiffre d’affaires agrégé des sociétés industrielles retenues a atteint, en 2019, 8 091 MDT, en progression de 10.5 % par rapport à 2018. Un taux qui reste relativement peu élevé. Cette hausse est induite essentiellement par les 5 plus importants groupes de la cote qui ont contribué à eux seuls à hauteur de 66 % dans la hausse du CA de notre échantillon. 

Dans ce top 5, on trouve le géant Poulina Groupe Holding fortement diversifié, mais à dominance agro-alimentaire avec un chiffre d’affaires consolidé de 2 299,2 MDT suivi par SFBT avec des revenus de 1 202,9 MDT. En troisième position, figure Délice Holding avec 965,4 MDT de chiffre d’affaires. Ayant la même dimension, mais opérant dans un autre secteur, le groupe OTH est venu en quatrième place avec un chiffre d’affaires de 898,1 MDT suivi directement par le groupe SAH qui a affiché des revenus de 560,1 MDT. 

 

Carthage Cement s’en est bien sorti en 2019 enregistrant un taux de marge brute de 40,4 % 

Le taux de marge brute reflète la fiabilité du business model de l’activité comme il traduit l’équation chiffre d’affaires coût des achats. Pour toute société industrielle, le taux de marge brute est le taux de base sur lequel elle crée une performance durable. Pour notre échantillon, ce taux s’est situé à 35 % en moyenne sur les trois derniers exercices.

Toujours selon l’analyse, la société Air Liquide a enregistré en 2019 le meilleur taux de marge brute soit 59,2 %. La société pharmaceutique Unimed est venue en deuxième place avec un taux de marge important de 55,7 %. Le groupe SOMOCER a dégagé le troisième meilleur taux, soit 46,6 %. 

La plus forte capitalisation du marché à savoir SFBT a affiché également une marge de 46,6 % suivie par SOTUVER avec un taux de marge brute de 45,6 %. Le cimentier Carthage Cement s’en est bien sorti en 2019 enregistrant un taux de marge de 40,4 %, soit un point de pourcentage de plus par rapport à son concurrent Ciments de Bizerte.

Les sociétés SOTIPAPIER, ASSAD, TPR, PGH, SAH, ADWYA, Land ’Or et ICF ont affiché des marges entre 30 % et 40 %. D’autre part, Eurocycles, DH, OTH, MPBS et ALKIMIA ont dégagé des marges se situant dans l’intervalle 20%-30%.

 

La SFBT est le groupe le plus rentable en 2019 avec un taux 

de marge nette de 17,5 %

Par ailleurs, les auteurs de cette analyse relèvent que la marge nette des sociétés industrielles s’est située à un niveau moyen de 6.2 % sur les trois derniers exercices et a accusé une perte de 0.7 point en 2019 pour s’établir à seulement 5.7 %. 

Et d’expliquer : « Cela dit, leur profitabilité est plus disparate et malgré la contraction, plusieurs sociétés continuent de dégager des marges confortables. 

La SFBT a été le groupe le plus rentable en 2019 avec un taux de marge nette de 17,5 %. 

Une rentabilité qui s’explique non seulement par le niveau d’activité, mais aussi de la maîtrise des charges, et une structure financière saine. Sur les trois derniers exercices, le groupe affiche un taux de marge nette moyen assez confortable. Quoi, qu’ayant un taux de marge nette en baisse de 4.6 points en 2019, UNIMED dégage le taux de marge moyen le plus élevé, faisant d’elle la société la plus rentable. ICF, SOTUVER, SOTIPAPIER, Eurocycles, AIR Liquide et TPR affichent des marges nettes supérieures à 10 %. 

Le rapport dénote que sur les trois dernières années, 8 sociétés seulement sur 21 affichent des niveaux de marge moyens supérieurs à 10 %, 9 sociétés des marges inférieures à 7 % et le reste en territoire négatif.

 

Le tissu productif tunisien 

face aux innombrables limites telles que le financement 

et la taille des sociétés 

« Celles qui génèrent les taux de marge nette les plus élevées sont généralement les plus exposées aux marchés internationaux (UNIMED, SOTUVER, ICF, Eurocycles, etc.) et/ou celles dont la situation financière est relativement peu endettée. 

Certes l’ensemble du tissu industriel tunisien dans cet échantillon restreint à l’instar du textile, phosphate et transformation, sidérurgie, etc… Mais cette analyse nous met face aux limites du tissu productif tunisien. 

À notre avis, la première limite est celle de la taille de nos sociétés, qui restent tout de même de petite dimension généralement des PME évoluant dans un territoire national ou régional restreint, les privant de la croissance de la demande mondiale. À la grande limite de la dimension, s’ajoute la question du financement. 

Nos entreprises sont restées dépendantes du financement bancaire, le schéma classique de mobilisation de ressources externes. 

D’ailleurs malgré le faible coût du recours au marché financier comparé à la dette bancaire, les sociétés industrielles ne font pas ou font peu de recours à ce moyen de financement à l’exception de quelques sociétés (SAH, Carthage Cement, Land ‘Or, etc.). 

Avec la hausse duss taux d’intérêt qui a atteint des niveaux historiquement haut en 2019, les sociétés ont subi de plein fouet cet impact sur leur rentabilité comme en témoigne les niveaux de la marge nette. », lit-on dans l’analyse. 

 

La crise sanitaire est tombée 

à merveille pour certaines entreprises à l’instar de SAH 

et Eurocycles

La faible rentabilité d’avant la crise ne sera qu’aggravée en 2020, et même les plus solides ont été touchés. Selon les états financiers semestriels, plus que la moitié des sociétés de notre échantillon a connu une baisse du niveau d’activité au premier semestre 2020 suite à la fermeture des frontières et des arrêts de l’activité pendant la période du confinement général. 

La crise sanitaire est tombée à merveille pour certaines d’elles à l’instar de SAH (vente de détergents et des produits de nettoyage) et Eurocycles (forte demande sur les Vélos à l’export). 

 

La capacité bénéficiaire 

des sociétés devrait connaître 

la même tendance à la baisse sur l’année pleine 2020

« Cette décroissance de l’activité a été inéluctablement ressentie au niveau de la capacité bénéficiaire des sociétés de notre échantillon qui a été réduite de 28,1 % aux 1 S 2020 et qui devrait connaître la même tendance à la baisse sur l’année pleine 2020 même si les niveaux d’activité ont repris à un rythme relativement plus soutenu au 3e trimestre », prévoit l’intermédiaire en Bourse.

 

K.A

Auteur: letemps1
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.