Des professeurs et chercheurs représentant onze unités de recherche stratégique issues d’universités du Cameroun, du Gabon, du Tchad et de la République démocratique du Congo se sont réunis à l’hôtel Star Land de Yaoundé le 4 septembre 2026 pour la réunion inaugurale d’un nouveau réseau régional de recherche.
Ce rassemblement de deux jours visait à établir une alliance collaborative entre les institutions académiques des quatre nations afin de renforcer leur capacité collective à analyser, signaler et mener des actions de plaidoyer contre le crime organisé et la violence armée en Afrique centrale.
Au cœur de cette initiative se trouve le projet d’Observatoire de l’Afrique centrale sur le crime organisé et la violence, lancé en 2024 par l’Initiative mondiale contre la criminalité transnationale organisée (GI-TOC) en partenariat avec l’Institut d’études de sécurité (ISS). S’étendant jusqu’en 2027, ce projet vise à créer un observatoire régional de la société civile axé sur l’analyse du lien entre criminalité et conflits, la cartographie des écosystèmes criminels et le renforcement des capacités de plaidoyer à travers l’Afrique centrale. Ses objectifs plus larges s’articulent autour de la production de données fiables, du renforcement de la recherche au sein de la société civile et de l’incitation des autorités judiciaires et politiques régionales à adopter des réponses fondées sur des preuves.
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Le directeur de l’Observatoire, le professeur Saïbou Issa, a souligné que cette initiative permet de faire le pont entre la recherche académique et l’action publique. Il a noté que bien que les universités disposent d’une expertise scientifique approfondie sur des enjeux complexes tels que la criminalité financière, les enlèvements avec demande de rançon, la traite des êtres humains et la cybercriminalité, ces menaces forment un écosystème criminel interconnecté. Il a précisé qu’à l’issue de la conférence, le réseau donnera la priorité à des formations spécialisées pour aider les chercheurs à transformer leurs travaux théoriques en outils décisionnels exploitables par les décideurs politiques pour lutter efficacement contre la criminalité transfrontalière.
Axant son propos sur la nécessité d’une coopération régionale, le professeur René Joly Assako Assako, doyen de la Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaines de l’Université de Douala et représentant du Centre d’Études et de Recherche en Géoéconomie, Géopolitique et Géostratégie des Espaces Littoraux et Maritimes (3GELM), a exprimé l’espoir que ce réseau transforme la réponse sécuritaire de l’Afrique centrale. Il a insisté sur le fait que l’expertise locale ne manque pas au sein des universités et des chercheurs de la région ; le maillon manquant réside plutôt dans la coordination, le partage des ressources et la mutualisation des compétences nécessaires pour répondre aux menaces globales par des mesures unifiées.
D’autres universitaires de la région ont également réitéré l’urgence d’une approche coordonnée et transfrontalière pour démanteler les réseaux criminels. La professeure Régine Nambuwa de l’Université de Kinshasa, représentant le Centre de criminologie et de pathologie sociale, a souligné que les actions isolées sont insuffisantes face à des problèmes comme le trafic illégal de minerais quittant la RDC via des pays voisins comme le Cameroun. De même, le professeur Serge Loungou de l’Université Omar Bongo au Gabon a souligné que cette initiative permet de sortir du « désengagement géopolitique », offrant aux chercheurs l’opportunité d’analyser conjointement des crimes transfrontaliers tels que le trafic d’enfants et le braconnage dans les parcs nationaux partagés.
Pour la seconde journée de cette réunion inaugurale, le samedi 5 septembre 2026, les participants se concentreront sur la fixation des bases juridiques et opérationnelles du réseau. L’ordre du jour prévoit l’examen du protocole d’accord (MoU), l’identification des thématiques de recherche collaborative prioritaires et la constitution de groupes thématiques spécialisés.
De plus, les délégués élaboreront un plan de travail initial couvrant les 12 à 24 prochains mois, effectueront des restitutions de travaux, établiront formellement le réseau et adopteront une feuille de route consolidée avant la clôture officielle de l’événement.
À la suite de cette rencontre de deux jours, les centres de recherche stratégique se concerteront avec leurs universités respectives pour mettre en œuvre le plan de travail convenu. La première étape prioritaire portera sur le déploiement de programmes de formation méthodologique et de rédaction de rapports pour les membres du réseau, posant ainsi les jalons d’une prospective stratégique, d’une recherche collaborative durable et d’un plaidoyer politique fondé sur des données probantes en Afrique centrale.
Auteur: Arnaud Nicolas MAWEL
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