Non loin de la porte Bab El Gharbi, à l’intérieur de la médina d’Oujda, se dresse un bâtiment historique qui recèle entre ses murs les témoignages de pages glorieuses de l’histoire du Maroc, celles écrites par la famille des résistants et anciens membres de l’Armée de libération.
L’Espace de la mémoire historique de la résistance et de la libération, aménagé au sein de ce bâtiment historique et ouvert au public en 2011, propose un voyage dans le temps vers une période pleine de faits héroïques et de sacrifices consentis par les hommes et les femmes de la résistance contre l’occupation étrangère dans la ville d’Oujda et l’ensemble de la région de l’Oriental.
Des photos et portraits d’anciens résistants et martyrs, des armes et matériels utilisés par les résistants, des habits et uniformes de l’époque, des cartes géographiques retraçant les itinéraires et les hauts lieux de la résistance dans la région de l’Oriental, des documents divers et bien d’autres objets de grande importance sont exposés dans cet espace muséal, véritable livre d’histoire dédié à une période fondamentale dans la construction du Maroc moderne.
La bâtisse est en elle-même un témoignage historique. Première succursale de la Banque d’Etat du Maroc, sous administration française, elle a été conçue par les architectes Flahault et Coignard et inaugurée en septembre 1911.
Dans les années 20, ce premier bastion financier de l’occupation française deviendra le siège de l’Etat-Major français, tout en abritant le siège de la subdivision militaire et une école féminine de couture.
La transformation de ce bâtiment, ancienne forteresse de l’occupation étrangère, en un musée régional de la résistance et de l’armée de libération, recèle une forte symbolique, et constitue en outre un exemple réussi en matière de préservation des monuments historiques en leur donnant une nouvelle vie et une nouvelle fonctionnalité.
En effet, le Haut-commissariat aux anciens résistants et anciens membres de l’armée de libération avait pris l’initiative et associé plusieurs acteurs et parties au niveau central et local pour mener à bien les travaux de reconversion de ce bâtiment historique, pour un montant de 5,5 millions de dirhams (MDH).
Cet espace muséal comprend des salles d’exposition dédiées, respectivement, aux portraits des souverains de la glorieuse dynastie alaouite, aux faits et évènements liés au mouvement national et à la résistance dans la région de l’Oriental, à l’histoire et aux faits d’armes de l’Armée de libération dans la région et à la lutte maghrébine commune pour la libération, en plus d’une salle consacrée à la mémoire commune maroco-française liée à la participation des combattants marocains à la première et la deuxième Guerre mondiale.

Cet édifice est aussi doté d’une bibliothèque, d’une salle multimédias, d’une salle de conférences et d’un espace de formation, ouverts aux chercheurs et étudiants désireux d’étudier ou d’en savoir plus sur cette période héroïque dans l’histoire du Maroc.
Dans une déclaration à la chaîne d’information M24, le délégué régional de l’Oriental du Haut-commissariat des anciens résistants et anciens membres de l’Armée de libération, Noureddine Azelmat, a indiqué que la rénovation et l’aménagement du bâtiment en tant qu’espace de la mémoire de la résistance répondait à la nécessité de préserver la mémoire historique de la résistance d’Oujda et la perpétuer auprès des générations montantes.
Cet espace muséal constitue un pont entre le passé et le présent et un témoignage concret sur une période primordiale de l’histoire du Maroc, de même qu’il œuvre pour promouvoir ce patrimoine auprès des jeunes générations, en vue de les éduquer aux valeurs du patriotisme et de la citoyenneté active, a-t-il souligné.
Il joue aussi des rôles en tant que centre de recherche sur l’histoire de la résistance à Oujda et dans la région de l’Oriental, en plus des rôles de communication et de sensibilisation notamment au profit des générations montantes, y compris à travers l’organisation de visites pour les élèves et les étudiants, qui peuvent ainsi prendre la mesure des grands sacrifices fournis par les nationaux et les résistants, a relevé M. Azelmat.
Mustafa Benalla, universitaire et chercheur en histoire, est revenu quant à lui sur les faits et évènements historiques qui ont contribué à l’enracinement et le renforcement de l’esprit national chez les habitants d’Oujda et du Maroc oriental, en particulier la visite royale effectuée en 1934 par feu SM Mohammed V à Oujda et d’autres villes de la région.
Il a aussi mis l’accent sur le résultat le plus marquant de cette montée de l’esprit patriotique dans la région sous le protectorat, à savoir le soulèvement du 16 août 1953 à Oujda puis du 17 août 1953 à Tafoughalt, deux jalons importants dans la lutte pour la liberté et l’indépendance nationale.
Ces deux soulèvements constituent les premières étincelles de la révolution du Roi et du peuple, en réponse à la décision des autorités françaises de contraindre SM. Mohammed V, le Sultan légitime, ainsi que la Famille Royale, à l’exil en Corse (puis à Madagascar à partir de 1954), afin de renforcer l’autorité de Ben Arafa et de mettre à mal l’ardeur de la résistance nationale, a-t-il noté.
L’historien a tenu aussi à rappeler le rôle primordial joué par les résistants de la région de l’Oriental dans les mouvements de libération des autres pays du Maghreb, puisqu’ils étaient notamment chargés d’acheminer les armes en direction de l’Algérie et de la Tunisie, en plus de la contribution de la région de l’Oriental dans la création en 1955 de l’Armée de libération.
Autant d’épopées qui font la fierté de la région et qui sont amplement documentées et mises en avant au sein de l’Espace de la mémoire historique de la résistance d’Oujda.
Auteur: Soufiane ELAHMAR
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