20 pages, un ton glacial, des souvenirs intimes balancés sur la place publique. Depuis sa cellule de la Prison Centrale de Yaoundé, le porte-parole de Maurice Kamto, Olivier Bibou Nissack, répond à Cabral Libii après ses déclarations sur les procès-verbaux de 2018 sur la chaîne JAD. Et il ne retient rien : ébriété supposée, dettes morales, harcèlement sexuel, mariage, transfusion sanguine. Décryptage d’un pamphlet qui enterre 15 ans d’amitié.
Sept points chocs transpirent le ressenti d’Olivier Bibou Nissack dans la lettre qu’il adresse à son ancien ami Cabral Libii.
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Le premier concerne l’affaire des procès-verbaux de l’élection présidentielle de 2018. A ce sujet, tout part d’une vidéo diffusée par le média JAD, dont Bibou Nissack dit avoir reçu la retranscription via un lien Facebook. Cabral Libii y affirme avoir remis les PV de la présidentielle 2018 à Bibou Nissack. Réponse cinglante du prisonnier : « Je suis entré bras ballants et suis ressorti bras ballants de ton siège. […] C’est un mensonge indigne d’une personnalité de ta trempe. »
Bibou Nissack affirme qu’il n’y a eu qu’une seule et unique rencontre, au lendemain du scrutin, au siège des 11 millions de citoyens à Nkolndongo, en soirée. Conduit par un homme de confiance resté au pied de l’immeuble, il est ensuite allé directement chez Maurice Kamto faire le compte-rendu.
Le deuxième point choc a trait à la remise en question de la lucidité de Cabral Libii avant de se prononcer. L’attaque la plus violente est sur la forme. Bibou Nissack convoque la sémiotique pour analyser la posture de Cabral dans la vidéo : « Ta voix semble être un râle ininterrompu alors que tu es proprement avachi sur le siège… air hagard… hypothèse la plus probable expliquant ton état : l’ébriété ! […] ta posture a certainement été précédée d’un moment goulument arrosé. » Et il sort l’arme fatale, rappelant la phrase de Cabral à Njoya Moussa en 2018 : « Quelle ironie du sort quand on se souvient comment tu invitas jadis Njoya Moussa à ‘manger avant de boire. Dis-moi donc Cabral, avais-tu parlé avant de boire, ou avais-tu bu avant de parler ainsi de moi en mentant ? » Demande-t-il.
Le troisième point choc est relatif à la révélation sur l’alliance secrète Kamto-Libii de 2018. C’est la partie politique la plus importante de la correspondance. Bibou Nissack révèle qu’il avait donné une consigne sacrée à toute son équipe de communication de 2018 : Roland Dieuwou, Wilfried Ekanga, Lebon Datchoua, Modeste Ngono, Michèle Ndoki, Tiriane Noah, Alain Fogue, etc. : Ne jamais attaquer Cabral Libii. Pour la raison qu’il était convaincu que
« l’alliance Kamto-Libii serait envers et contre tout, la clé autour de laquelle se dénouerait ultimement l’élection présidentielle de 2018 ». Cette consigne, selon le prisonnier, a été validée par Maurice Kamto lui-même. Et lorsque le scrutin s’achève et que Cabral Libii annonce que c’est un candidat de l’opposition qui a gagné, Bibou Nissack déclare avoir demandé l’autorisation à Kamto d’aller négocier. Celui-ci accepte malgré lui. L’objectif étant de « jeter les jalons d’une alliance pour la sauvegarde d’une victoire volée ».
Le quatrième point chaud de la lettre soulève le dossier du harcèlement sexuel de Péguy, la femme de Cabral. Pour prouver qu’il est bien un « ami et frère » et non un simple connaissance, Bibou Nissack déballe une affaire ultra-sensible restée secrète : durant sa formation à l’ENS Yaoundé, Péguy, alors petite amie de Cabral et aujourd’hui son épouse, aurait été victime de harcèlement sexuel par un professeur d’université, gendre d’une très haute personnalité de la République. Bibou Nissack affirme s’être engagé à ses risques et périls aux côtés de Cabral, Richard Makon, Bertrand Valère Bessala et Roger Kiyek de Kiki pour dénoncer l’affaire sur Sky One Radio.
La conséquence en est que le professeur les a attaqués en justice. Bibou Nissack dit avoir payé de sa poche les frais de photocopie des pièces du procès pour aider Kiyek, et avoir assisté côte à côte avec Cabral et Péguy à l’audience. L’affaire s’est terminée par la fuite du professeur en Belgique et sa radiation par un conseil de discipline présidé par le ministre Fame Ndongo, après diffusion d’audios accablants.
Le cinquième point choc tente de révéler les secrets du mariage religieux de Cabral et Péguy dans la chapelle derrière le lycée d’Anguissa. Dans cette partie, l’auteur démontre encore qu’il était l’ami de Cabral Libii au moment où il se mariait. « Qui se trouvait dans la voiture depuis laquelle le futur marié que tu étais attendait de pouvoir franchir le seuil de ce temple chrétien si ce n’est moi ? Qui te remontait le moral dans cette voiture ? » Il dit avoir dû « remonter le moral » de Cabral pour des raisons qu’il tait par pudeur, et avoir même dû intervenir pour remettre de l’ordre dans la séance photo au Bois Sainte Anastasie qui « s’annonçait chaotique ». Il était présent avec Mathias Eric (devenu Vice-Recteur), Hélène-Laure, Stéphane Matip.
Le sixième point choc aborde la transfusion sanguine par laquelle l’auteur déclare avoir sauvé son frère. Ce qui peut se comprendre comme une dette morale. D’après lui, Cabral l’a appelé un jour en urgence, son frère ayant besoin de sang. Bibou Nissack dit s’être précipité à l’Hôpital Central de Yaoundé avec Tayou Kamgué pour donner son sang et éviter « de justesse » une tragédie. « Es-tu d’accord avec moi que ces faits sont des dettes morales impératives dont tu es l’imprescriptible débiteur à mon égard ? » demande le porte-parole de Maurice Kamto en prison.
Le septième point choc est une pique de Bibou sur Jeanne, sa propre femme. En miroir du harcèlement de Péguy, il révèle que sa propre femme Jeanne, alors fiancée, a dû changer de filière en Faculté des Arts, Lettres et Sciences Humaine à l’université de Yaoundé 1 après avoir résisté à un harcèlement sexuel, « par fidélité amoureuse à son petit-ami que j’étais ». Une confidence pour expliquer sa solidarité particulière dans l’affaire Péguy.
La lettre, signée se termine sur une rupture consommée : « Si j’ai procédé en ravivant ces souvenirs, c’est pour démontrer que l’ami et frère n’est pas une formule triviale. ‘’Ou devrais-je dire, vu ton inconduite à mon encontre, ‘nous unissaient’ ! » Il reste une question : Cabral Libii va-t-il répondre à ce pamphlet qui mêle politique et intimité, et qui pourrait rouvrir les blessures de la présidentielle 2018 ?
Auteur: Arnaud Nicolas MAWEL
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