Le projet de loi visant à lutter contre la haine sur Internet doit être accompagné par la mise en place d’un organisme ou institution qui aura pour mission principale de jouer le rôle du «gendarme de la toile», a suggéré, hier, Iheb Tekkour, spécialiste des nouvelles technologies de l’information et de la communication. L’expert a souligné, dans une déclaration à El Moudjahid, que «cet organisme va emboîter le pas au législateur», tout en plaidant pour une prise de conscience des citoyens (internautes) qu’il exhorte à signaler toute publication haineuse.
La nouvelle loi va également permettre, selon lui, à la justice de s’autosaisir contre ces pratiques. La décision du président de la République «est un passage à la normalisation de l’utilisation des réseaux sociaux», a soutenu Tekour. L’expert rappelle l’existence d’un contrat avec les utilisateurs des réseaux sociaux lors de leur inscription. «Ils acceptent les conditions générales d’utilisation de la plateforme qui sont des clauses qui stipulent elles-mêmes que tout discours haineux et discriminatoire, qui porte atteinte aux droits de l’homme dans les conventions internationales, est immédiatement signalé et retiré», a-t-il indiqué. Toutefois, certaines publications ne sont pas retirées malgré le signalement à Facebook ? Iheb Tekkour souligne que «dans certains cas, l’intelligence artificielle ne détecte pas ces caractères, d’où l’importance de l’élaboration d’une stratégie numérique globale par l’Etat, dotée d’organismes qualifiés notamment en termes de lois pour un appui juridique pour l’examen des requêtes des internautes». L’expert en TIC fait remarquer que «l’Algérie n’exploite pas les données et informations partagées par les internautes algériens et l’utilisation de l’internet», soulignant l’impératif de la mise en œuvre d’une réflexion pour récupérer nos données. Selon lui, techniquement, les signalements s’effectueront facilement. Les plateformes devront rendre compte des activités haineuses qui leur sont signalées, grâce à la mise en place d’un organisme spécialisé, qui sera le représentant légal chargé de répondre aux demandes de l’autorité judiciaire».
A une question sur la mission des cyber-gendarmes et cyber-policiers, qui mènent des patrouilles sur la toile, le spécialiste précise que leur mission s’inscrit dans le cadre de la lutte contre la cybercriminalité. «Il existe une loi dans le code pénal criminalisant le discours haineux mais elle ne définit pas comment détecter la cyber-haine. L’amendement pourrait mieux identifier la haine en ligne», a-t-il estimé. «Cela ne devrait pas concerner les réseaux sociaux seulement. Des lois devraient encadrer tous les domaines du numérique», a-t-il insisté.
Tout en regrettant que la loi actuelle ne prenne pas en considération les réseaux sociaux, il relève qu’«il s’agit d’une loi limitée, qui ne couvre pas tous les aspects de l’e-commerce ou de l’e-paiement. Pour preuve, nous n’avons toujours pas d’économie numérique». De ce fait, Iheb Tekkour soutient que le numérique doit s’inscrire parmi «les priorités majeures» de l’Etat à l’instar des secteurs de la santé, de l’éducation et de l’économie. «Le discours officiel a grandement évolué mais on veut des actes», plaide-t-il. Selon lui, «plus que l’accès à l’information et aux divertissements, l’enjeu est économique».
Tout passe par le développement de l’économie numérique
Il recommande, dans cet ordre d’idées, la mise en œuvre d’une stratégie, ou tout au moins d’une réflexion, pour le développement, en premier lieu, de l’économie numérique, car cela va contribuer au développement de la communication numérique et le e-commerce. «Il faut revoir la réglementation bancaire, promouvoir l’accès aux services en ligne et surtout améliorer la qualité d’internet tout en assurant un accès au haut et très haut débit», a-t-il recommandé, plaidant, en outre, pour l’adaptation des procédures aux nouvelles technologies.
Par ailleurs, il appelle à la sensibilisation des consommateurs pour adhérer au numérique, notamment le paiement en ligne. Pour lui, l’administration doit aussi s’y mettre. «L’État peut tirer partie du commerce électronique qui offre la possibilité de réduire le chômage. Des autoentrepreneurs et porteurs de projets qui exercent dans le commerce en ligne n’ont pas besoin de bureaux. Ils leur suffit juste d’avoir un ordinateur», soutient-il. Le chantier est énorme mais l’on relève une volonté politique afin de stimuler l’économie numérique et de booster l’innovation stratégique et technologique en Algérie. «La numérisation de l’économie est un défi majeur pour sortir de la crise et de la dépendance aux hydrocarbures», souligne Iheb Tekkour.
Neïla Benrahal
Auteur: elmoudjahid
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