Si sur le Sahara marocain, il n’y a aucune possibilité d’opérer la moindre marche arrière – les personnalités du RN avaient reconnu la souveraineté du Maroc bien avant la France officielle – le Maroc a quelques raisons de s’inquiéter à l’égard de quelques choix économiques et sociaux de cette extrême droite.
Il est vrai que la plupart des capitales du monde surveillent avec attention les possibles évolutions politiques à Paris avec l’éventualité que soulignent actuellement les sondages d’accès de l’extrême droite au pouvoir. Et c’est logique et normal au vu de l’activisme français sans de nombreuses crises politiques et économiques qui secouent le monde. Mais il y a une région particulière qui surveille comme le lait sur le feu cette possible accélération de l’histoire, c’est la région du Maghreb.
Et pour cause. Entre la France et cette région d’Afrique du Nord il y a non seulement un passif colonial qui n’a pas encore été soldé mais il y a aussi une densité de relations actuelles qui font de n’importe quel changement politique un enjeu majeur. Encore plus quand il s’agit de l’hypothèse actuellement fort probable de la victoire de l’extrême droite aux prochaines présidentielles.
Sans aucun doute pour des motifs, des stratégies et des agendas différents, Alger, Rabat et Tunis doivent suivre avec une très grande attention les perspectives de cette élections et se préparer à cette possibilité que la France puisse être dirigée dans quelques mois par une personnalité de l’extrême droite. Marine Le Pen si elle persiste dans sa candidature ou Jordan Bardella s’il revient dans le jeu électoral.
Pour Alger, l’extrême droite à l’Élysée est le comble de tous les cauchemars. Dans ses relations avec le régime algérien, le Rassemblement National avait toujours reproché à Emmanuel Macron de ne pas exercer un rapport de force dissuasif pour obliger le régime algérien à reprendre ses clandestins les plus dangereux qui se comptent par centaines de milliers. Ils lui reprochent aussi de maintenir des privilèges indus au régime algérien dans le domaine de l’immigration qui participent lourdement à augmenter la population algérienne en France. Et comme l’immigration est la préoccupation centrale de l’extrême droite, il est à craindre que dès son arrivée au pouvoir, elle ne puisse prendre des décisions qui heurtent de plein fouet ces pays exportateurs de main-d’œuvre en France.
En plus de cette thématique brûlante, entre le RN et l’Algérie demeure l’effervescente question de la mémoire. L’extrême droite en France qui s’apprête à occuper les plus hautes fonctions de l’Etat français est l’héritière des nostalgiques de l’Algérie française. Donc aucune possibilité de repentance ou d’excuses comme le demande l’idéologie dominante algérienne.
Au cours de ces deux mandats, Emmanuel Macron avait tenté de réaliser des évolutions dans ce domaine en faisant de notables concessions. Il est à prévoir qu’avec le RN au pouvoir, ces débats et ces terrains de négociation vont être définitivement clos. Ce qui va épaissir les tensions entre les deux pays et éloigner aux calendes grecques toute possibilité de réconciliation mémorielle.
Avec le Maroc, si le passif meurtrier de la colonisation et la question de la mémoire ne pèsent pas lourd dans la balance de relations entre les deux pays, Rabat pourrait avoir quelques raisons de s’inquiéter de voir débouler l’extrême droite dans les arcanes du pouvoir français. Si sur le Sahara marocain, il n’y a aucune possibilité d’opérer la moindre marche arrière – les personnalités du RN avaient reconnu la souveraineté du Maroc bien avant la France officielle – le Maroc a quelques raisons de s’inquiéter à l’égard de quelques choix économiques et sociaux de cette extrême droite. Déjà ses prochaines politiques migratoires telles que annoncées vont forcément heurter aussi les intérêts du Maroc, pays migratoire par excellence. Mais s’il y a un choix et une conviction idéologique chez le RN qui peut faire grincer la relation entre la France et le Maroc c’est celle qui tourne autour de la préférence économique nationale ou européenne.
Le Rassemblement National comme toutes les forces politiques d’extrême droite milite ouvertement pour la transformation de l’Europe en citadelle économique ultra protégée. Si à l’égard des grandes puissances comme la Chine ou les USA, l’influence de cette extrême droite pourrait être moindre, la tentation de cibler des pays d’Afrique du Nord pour exercer une grande protection douanière pourrait être envisagée.
Avec cette possibilité que l’extrême droite pourra diriger demain la France, pays moteur de l’Union européenne, membre permanent du Conseil de sécurité, les pays du Maghreb, même en ordre dispersé, doivent revoir leurs calculs et leurs stratégies d’influence. À divers niveaux la relation entre Paris et le Maghreb risque de connaître quelques secousses et quelques remises en cause.
Auteur: Mustapha Tossa
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