Les pressions inflationnistes ne cessent d’augmenter et de peser sur l’économie mondiale. L’inflation enregistre des records historiques dans plusieurs pays développés, et les Banques
Centrales n’ont trouvé que le rehaussement des taux directeurs pour la contenir. La Tunisie ne déroge pas à cette règle et enregistre depuis des mois des taux d’inflation important atteignant 8.6% au mois d’Août.

 

Certains estiment que l’inflation réelle dépasse de loin les taux officiels de l’INS, ce qui pose plusieurs questions sur les limites de l’Indice des Prix à la Consommation tel qu’il est calculé actuellement.

Méthodologie de calcul:

Nous ne doutons pas du sérieux et du professionalisme des cadres et enquêteurs de l’Institut National de la Statistique, mais nous posons des questions sur la base de calcul de l’Indice des prix à la Consommation. Les questions qui se posent se rapportent sur la fidélité des produits dont on relève le prix au mode de consommation des tunisiens et l’année de base utilisée, ainsi que les points de relevé des prix.
Selon la note méthodologique de l’INS, l’IPC est calculé à partir des données d’une enquête sur les prix réalisée au niveau de 24 chefs-lieux des gouvernorats et les grandes agglomérations urbaines. Plus 22 zones rurales
Le panier de référence est composé de presque 720 produits subdivisés à presque 5000 variétés. La structure de pondération a été calculée sur la base des données issues de l’enquête sur le budget et la consommation des ménages effectuée par l’INS en 2015-2016. Cette enquête est quinquennale. Celle de 2020 est en train d’être réalisée actuellement vu le Covid-19 et des problèmes internes à l’INS suite à un mouvement social.
Afin d’assurer une meilleure couverture géographique, le passage à l’année 2015 comme
nouvelle année de base de l’IPC a permis l’introduction de nouveaux points de ventes. Leur
nombre est passé de 3452 points avec l’ancienne base à 4082 actuellement dont 1122 magasins, 22 souks hebdomadaires, 1695 prestataires de services publics et privés, 393 magasins de vêtements, 392 magasins spécialisés, 85 marchés municipaux, 178 grands magasins….

Des limites importantes de l’IPC:

L’actuel indice est calculé sur la base de l’enquête consommation de 2015, c’est à dire sur un modèle de consommation des tunisiens qui remonte au minimum à 2014. On enregistre ainsi plus de 8 ans d’écart. Or en 8 ans tout peut changer surtout dans la conjoncture actuelle caractérisée par une inflation galopante, des mutations sociales profondes, des changements brusques des habitudes, l’apparition de nouveaux produits et services. C’est la principale critique qu’on adresse à l’actuel indice des prix à la consommation. En Italie par exemple, l’enquête consommation est réalisée chaque année, et l’indice des prix est changé constamment en conséquence.
L’enquête consommation pour 2020 est en cours de réalisation actuellement. Ces résultats seront certainement connue en 2023, et il faudra attendre 2024 pour pouvoir changer l’année de base. Donc la bse de l’indice actuel risque de rester figer à 2015 d’ici 2024.
Certes l’enquête consommation est très coûteuse et l’INS n’a pas les moyens de la réaliser d’une manière périodique, mais on peut se référer à des enquêtes de consommation sur un échantillon réduit, et digitaliser le processus soit via des appels téléphoniques ou des tablettes.
L’IPC a une portée nationale puisqu’il est calculé pour les 24 chefs-lieux des gouvernorats. Or le coût de la vie traduit par l’IPC diffère d’une région à une autre. C’est dans les grandes villes et le grand Tunis que l’inflation est plus importante, alors que dans certaines régions de l’intérieur elle l’est moins. C’est la deuxième limite porté à l’IPC. Le calcul de l’inflation régionale est possible actuellement mais il faut adopter la méthodologie statistique appropriée se rapportant à la pondération des régions et des points de relevé des prix.
L’autre limite non moins importante se rapporte à la pondération des points de relevé des prix. En effet, la grande distribution représente aujourd’hui plus de 25% du commerce, or le nombre des points de relevé des prix n’est pas adapté à cette proportion. C’est le même constat pour les souks hebdomadaires qui connaissent une croissance importante dans toutes les régions et couvrent plus de jours d’étalage (en moyenne 3 jours d’étalage par souk). La révision des pondérations des points de relevé des prix est nécessaire à la lumière du développement du commerce de distribution actuel.

Une liste de produits loin de la réalité:

La liste des produits couverts par l’IPC est loin d’être fidèle à la réalité de la consommation des tunisiens. Certains produits ne sont plus consommés, et d’autres services qui ne figurent même pas. En effet, les prix des services bancaires ne figurent même pas dans l’IPC or ils représentent une charge non négligeable dans les dépenses des consommateurs.
Certains prix dont les prix sont administrés et n’enregistrent aucun changement depuis des années figurent dans cet indice. On retrouve par exemple la semoule, la farine, les pâtes, le riz en vrac, le couscous,…Cette situation risque de fausser les résultats de l’indice puisque ce sont des produits subventionnés.
Au niveau de la rubrique chaussures et habillement on retrouve des relevés de prix pour des frais de pli d’un pantalon, prix d’un tricot de corps, prix du tissu tergale, ….
Dans la rubrique logement, gaz et électricité, on retrouve le prix du charbon en bois et du pétrole bleu qui ne sont consommés que par une minorité des tunisiens.
Au niveau de la rubrique santé, on retrouve le relevé des prix d’une injection, le prix du médicament Doliprane et Clamoxyl seulement.
Dans la rubrique communication l’INS relève le prix d’un timbre intérieur et d’un timbre extérieur.
Dans la rubrique loisirs et culture on retrouve des prix relatifs au prix d’un ticket de cinéma, frais de zoo tarif complète, l’achat d’un quotidien, ..
Dans la rubrique enseignement, on retrouve les prix relatifs au frais d’un jardin d’enfant municipal (35 dinars/mois) or il n’existe que qulques dizaines d’établissement sur toute la Tunisie, ou des feuilles de dessin,…..
Les exemples ne manquent pas et qui traduisent un décalage important entre la réalité de la consommation des tunisiens et les prix relevés par l’IPC. En effet, le tunisien ne se voit pas dans cet indice.
C’est ainsi qu’il existe un véritable décalage entre l’inflation calculée par l’INS et l’inflation ressentie. Elle est jugée par certains experts à deux chiffres et dépasse même 20%.
Le constat global est que cet indice est loin d’être d’actualité. Une révision de fond est nécessaire. Certtains pays proposent même le calcul de l’inflation personnalisée avec des modèles qui calculent l’inflation pour chaque personne selon son mode de consommation. On est à des années lumières de cette phase.

BHA

Auteur: L’expert
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