Deux semaines après son installation officielle par le chef de l’Etat par intérim, suivie par d’acerbes critiques autour de sa composante qui a connu, en un temps record, des démissions et des arrivées, l’instance de dialogue et de médiation dont la coordination est confiée à l’ancien président de l’APN, Karim Younès, a tenu, hier, sa première consultation avec des acteurs de la société civile et du hirak. Une vingtaine de personne venue de plusieurs wilayas ont exposé hier leur vision et ont formulé des propositions…
Le panel, précise le président de la commission politique, Amar Belhimer, a entamé pour la symbolique ses consultations avec un partenaire qui n’est pas institutionnel, ni un parti politique, ni une organisation syndicale, mais plutôt avec ceux qui occupent la rue chaque vendredi depuis six mois. Qui a choisi ces personnalités, alors que le mouvement populaire ne s’est pas doté de «représentants» depuis son déclenchement ? A cette question, Belhimer s’explique : «Nous n’avons contacté personne, les participants à cette réunion ont pris attache avec nous dimanche dernier et nous avons convenu de ce rendez-vous. Ils avaient des proposions à formuler et des avis à donner, nous ne sommes qu’une instance de médiation.»
De leur côté, les activistes de la contestation ont tous rappelé qu’ils n’étaient pas mandaté pour parler au nom du hirak : «Le hirak n’a pas d’élus, nous participons chaque vendredi au mouvement. Nous avons des suggestions pour une sortie de crise», ont-ils tous précisé. La majorité des intervenants ont estimé que l’élection présidentielle devrait se tenir rapidement, mais sans l’intervention du gouvernement de Noureddine Bedoui qui est «le représentant de la fraude». Ils ont indiqué que cette présidentielle devrait être organisée et surveillée par une instance indépendante et ont exigé la révision du code électoral.
Certains militants ont estimé que le chef de l’Etat par intérim, Abdelkader Bensalah, pouvait rester jusqu’à la tenue d’une élection, car, selon eux, son départ constituait un risque pour la stabilité du pays. Djamel Amata a souligné que les derniers vendredis n’étaient pas des «hirak», mais plutôt «des marches politiciennes». Un jeune, Raïs Rochdi, a quant à lui estimé que le moment est venu pour que les Algériens décident de leur avenir. Pour ce faire, il faut en finir avec les anciennes pratiques ayant mené le pays vers la dérive. Concernant l’instance d’organisation des élections, il a proposé d’éviter les désignations de ses membres. Sa composante doit passer par les élections.
Tous les participants ont plaidé pour l’installation d’une commission indépendante qui prendra en charge l’élection présidentielle à partir du dépôt des dossiers jusqu’à la proclamation des résultats. Ils ont également insisté sur la condition d’assainir le climat, la libération des détenus d’opinion et l’exclusion du processus de dialogue les partis de l’alliance, notamment le FLN et le RND, qui ont longtemps été les béquilles du pouvoir.
Interrogé justement sur cette question, Amar Belhimer affirme indirectement qu’il ne compte pas inviter ces formations politiques à une table de travail. «Les partis qui ont eu un certain comportement suspect ne peuvent pas participer, sauf si des millions d’Algériens sortent dans la rue pour exiger leur présence. Je condamne d’ailleurs ces partis qui parlent au nom de l’instance», a-t-il dénoncé. Pour ce qui est des préalables, il a affirmé à l’issue de cette réunion qu’il reste attaché à ces mesures d’apaisement sans lesquelles aucun dialogue, dit-il, n’est possible.
Dans ce qui sonne comme une mise au point, il précise : «Nous ne sommes pas le pouvoir, ni ses représentants. Nous avons posé des conditions. Ce sont des dispositions susceptibles de rassurer le peuple sur la bonne volonté de l’Etat.» Les membres du panel attendent toujours, estime Karim Younès, la concrétisation de cette revendication telle que promise par Bensalah «L’Etat est aussi conscient que sans ces mesures, il est presque impossible de convaincre le peuple. Il faut un climat politique sain pour aller de l’avant. La rue a posé ses conditions, le panel les a défendues», a-t-il souligné. Karim Younès et Amar Belhimer se sont montrés satisfaits de cette première réunion et ont annoncé la tenue d’autres rencontres avec les représentants du hirak, de la société civile et des personnalités nationales.
Interrogé sur les raisons qui l’ont poussé à renoncer à démissionner du panel, Karim Younès s’est contenté de dire qu’il a revu sa position pour une seule cause : servir le pays.
Pour sa part, Amar Belhimer a résumé les objectifs que s’est fixés l’instance et qui s’articulent autour de trois points : diagnostiquer la crise politique résultant d’un régime corrompu, tenter de récupérer les libertés individuelles et collectives revendiquées par le hirak, et aller vite vers une élection présidentielle en passant par l’instauration d’une autorité d’organisation des élections et l’amendement du code électoral.
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Auteur: Hicham Chouadria
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