Le Commandement militaire américain pour le Moyen-Orient (Centcom) et le chef suprême, le président Donald Trump, se targuent d’avoir aménagé une voie sécurisée dans le détroit d’Ormuz, le long des côtes omanaises, pour faire passer sous bonne garde les pétroliers des pays du Golfe. Washington claironne que le brut qui transite a atteint voire dépasse le niveau d’avant-guerre. Le chiffre de 1,5 milliard de barils de pétrole depuis l’été a été avancé. Ce que les consommateurs du monde entier constatent, à commencer par les Américains, c’est que le carburant leur coûte de plus en plus cher…
Le baril de pétrole est scotché au-dessus de 110 dollars depuis plusieurs jours – 116 dollars ce 30 octobre – alors que théoriquement les volumes injectés dans le marché devraient lester les tarifs. C’est tout le contraire parce que l’insécurité que les Gardiens de la Révolution ont installée dans le détroit a un coût : les assureurs des armateurs font flamber leurs prix à cause des risques réels, les capitaines des bateaux ont fait monter leurs primes (entre 50 000 et 100 000 dollars dit-on) pour braver le danger, etc. Bref, tout coûte plus cher. C’est cela l’épine dans le pied de Trump, à 4 jours des élections de mi-mandat.
Les forces armées iraniennes en rajoutent aux malheurs du président américain, elles ont déclaré hier jeudi 29 octobre que 4 nouveaux pétroliers avaient cramé après avoir sauté sur des mines dans le détroit d’Ormuz. Pourtant Washington jurait avoir déminé la majeure partie de la zone, il faut croire que Trump n’a pas dit toute la vérité – vous me direz que ce n’est pas nouveau. En tout cas ces bateaux pulvérisés c’est moins de pétrole sur le marché et un risque accru que les assureurs répercuteront immédiatement.
L’agence maritime britannique UKMTO a signalé 2 attaques de navires, pour le moment il est impossible de déterminer s’il s’agit des cargos évoqués par Téhéran. Selon l’UKMTO, « un petit bateau (…) a fixé deux engins explosifs sur la coque » d’un tanker, de nuit, aux abords d’Oman dans le détroit d’Ormuz. Leur explosion a causé un incendie dans la salle des machines, maitrisé depuis, a ajouté l’agence, qui précise que l’équipage est en sécurité.
Par ailleurs l’UKMTO a déclaré qu’un tanker avait été ciblé par un « projectile d’origine inconnue » dans le même détroit, sans évoquer des blessés ou des dégâts matériels conséquents. De leur côté les Gardiens de la Révolution ont affirmé que 3 navires « contrevenants (avaient) explosé et pris feu après avoir heurté des mines alors qu’ils tentaient d’emprunter la voie non autorisée au sud du détroit« , dit un communiqué…
Ils avaient « désactivé leurs radars et systèmes de navigation » et fait fi des avertissements, d’après les Gardiens, qui ont indiqué avoir saisi un drone de reconnaissance américain dans la zone (ce n’est pas la première fois). L’origine de la marchandises et les pavillons des navires n’ont pas été indiqués. L’armée iranienne a par la suite fait savoir qu’un autre pétrolier avait été frappé.
Le bateau, « qui opérait illégalement dans une zone restreinte et dangereuse (…), a été endommagé et a pris feu après avoir heurté des mines navales« , a déclaré Téhéran dans un communiqué diffusé par la télévision d’État.
UKMTO a également mentionné un bateau qui avait coulé dans le détroit, au large d’Oman, mais a précisé que d’après les autorités régionales c’était un boutre, navire traditionnel dans le Golfe, « impliqué dans un incident de sûreté maritime, qui a déclenché un important incendie à bord« . L’équipage a été tiré d’affaire.
Les Gardiens de la Révolution montrent les muscles et avertissent : « L’itinéraire non autorisé est miné, les armateurs et équipages sont responsables de leur passage par ces voies et ne doivent pas prêter attention aux délires du Centcom sur les réseaux sociaux (…) Prouvez vos allégations concernant le déminage du détroit d’Ormuz à l’aide de preuves indépendantes, et non de simples déclarations !« , a posté sur X leur porte-parole, Hossein Mohebi…
Il se dit – c’est surtout Trump qui le dit – que l’US Army et Israël ont concocté des frappes dévastatrices qu’ils lanceront après le scrutin législatif américain du 4 novembre prochain. Il n’y a pas qu’eux qui se sont préparés aux prochains combats, l’Iran également, avec la promesse de porter des coups inédits et d’étendre encore plus le conflit. Le moins qu’on puisse dire est que Washington et Tel-Aviv n’ont pas eu ce qu’ils cherchaient à Téhéran – les balivernes racontées par Israël -, ils ne gagneront pas plus après.
Et puis il faut voir les difficultés politiques intérieures des assaillants, il y a de fortes chances que Trump perde ses positions au Congrès et au Sénat américains ; quant à Benjamin Netanyahu, sa coalition est peut être sortie en tête des législatives mais il n’a pas de majorité pour gouverner et pas question de coopter les sièges des partis arabes. Engager une guerre dans ces conditions sera kafkaïen.
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Auteur: Souleymane Loum
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