Donner plus de tonus et faire valoir une obligation de résultats en termes de lutte contre la corruption dans le sillage de l’opération «Mains propres», avec l’ouverture d’une série d’enquêtes judiciaires impliquant d’ex -responsables de haut rang.
C’est sans doute ce qu’il faut retenir des nouvelles nominations décidées par le chef de l’Etat à des postes clés du secteur de la justice. Des nominations qui concernent la Cour suprême où M Bensalah désigne un nouveau premier président en la personne de Abderrachid Tobi, en remplacement de Slimane Boudi, de la Cour d’Alger qui a également son nouveau président en la personne du magistrat Djamel Gasmia réputé pour être un homme intègre et honnête ainsi que d’autres désignations, non moins importantes au ministère de la Justice. Il s’agit de la désignation d’Abdelmadjid Bitam en qualité de DG des ressources humaines, de Abdelkader Hamdane à la tête de l’inspection générale et de Abdelhafid Djaarir, DG des affaires judiciaires et juridiques. L’opinion aura assurément saisi le message à retenir à travers ces désignations qui confortent l’idée d’un traitement des plus rigoureux des affaires de lutte contre la corruption auxquelles s’attelle actuellement la justice.
Des désignations qui s’inscrivent aussi dans la même logique ayant vu M. Bensalah nommer, en mai dernier, le magistrat Belkacem Zeghmati au poste de procureur général de Cour d’Alger. L’homme, rendu célèbre, en 2013, par le lancement de mandats internationaux contre l’ancien ministre Chakib Khelil et des membres de sa famille dans le cadre de l’enquête sur le scandale de Sonatrach 2 est réputé pour son caractère intransigeant et intraitable en matière de lutte contre la corruption. L’installation de M. Zeghmati dans ses nouvelles fonctions a constitué d’ailleurs une opportunité pour le ministre de la Justice, garde des Sceaux, M. Slimane Brahimi, de rappeler ce qui est attendu de la famille des magistrats en termes de dynamisation de la lutte contre la corruption. En ce sens, il avait d’ailleurs instruit les parquets généraux de superviser minutieusement les enquêtes préliminaires précédées par la saisie ou le gel des avoirs des personnes incriminées. Par la même occasion, le ministre avait tenu également à mettre en exergue le fait que la justice aspire à «aller vers d’autres prouesses et consacrer d’autres objectifs dans le cadre de la mise en œuvre de la politique pénale tracée, notamment dans la lutte contre la corruption et la récupération des ressources dilapidées». Il s’est engagé en outre à «ne ménager aucun effort pour lever tous les obstacles, juridiques ou autres, afin d’atteindre l’efficacité et l’efficience exigées en matière de lutte contre la corruption». Un engagement qui ne mettra pas beaucoup de temps pour s’affirmer sur le terrain vu que, sitôt installé, le nouveau procureur général près la cour d’Alger a confirmé le transfert à la Cour suprême des dossiers judiciaires de 12 ex-hauts responsable poursuivis dans le cadre «d’enquêtes préliminaires effectuées par la gendarmerie concernant des faits à caractère pénal», plus précisément «des faits relatifs à la conclusion de marchés publics et de contrats contraires à la réglementation et aux lois en vigueur» et qui sont de surcroît punis par la loi. Figurent parmi les concernés deux ex- Premiers ministres, Abdelmalek Sellal et Ahmed Ouyahia, ainsi que plusieurs ex-ministres. Des noms qui viennent d’être convoqués à nouveau par le magistrat instructeur du tribunal de Sidi M’hamed dans le cadre de ce qu’il convient d’appeler l’affaire Mahieddine Tahkout, placé cette semaine en détention provisoire au même titre que 18 autres mis en cause. Au vu des griefs retenus à l’encontre de ces individus, l’affaire en question réunit tous les ingrédients d’un scandale financier, un de plus en matière de dilapidation de deniers publics. Les dépassements, tout comme les irrégularités constatées par les enquêteurs de la gendarmerie nationale sont multiples. Il est question en effet de blanchiment d’argent, transfert de biens obtenus par des faits de corruption à l’effet d’en dissimuler la source illicite dans le cadre d’un groupe criminel, incitation d’agents publics à exploiter leur influence effective et supposée dans le but de bénéficier d’indus privilèges, bénéfice du pouvoir et de l’influence des agents de l’Etat, des collectivités locales, des entreprises et institutions publiques de droit public et des entreprises économiques publiques ou des établissements à caractère industriel et commercial (EPIC) durant l’établissement de contrats et marchés à l’effet d’augmenter les prix et de modifier, en leur faveur, la qualité des matières, services et approvisionnement.
MM. Sellal et Ouyahia, de même que d’autres anciens ministres de Bouteflika ont été convoqués dans cette affaire, comme c’était le cas notamment dans le cadre du traitement par le même tribunal du dossier de l’homme d’affaires Ali Haddad, en attendant leur comparution devant la Cour suprême.
Karim Aoudia
Auteur: elmoudjahid
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