M. Noureddine Benissad, président de la Ligue algérienne pour la défense des droits de l’homme (LADDH), a livré, hier, sa lecture des récents développements du mouvement populaire que connaît le pays depuis sept semaines déjà.
Se réservant de toute analyse politique, l’avocat estime que le mouvement populaire de contestation qui s’est exprimé de manière pacifique contre le système politique est caractérisé par «cette intelligence des revendications» de plus en plus claires et solides, «après un premier temps d’appréhension et de doute», a-t-il indiqué, soulignant que «la popularisation du mouvement et la prise de conscience chez la jeunesse ont donné un bel exemple de l’engagement politique des Algériens et leur attachement à leur dignité et à leur pays». L’avocat, qui était l’invité du Forum du quotidien le Courrier d’Algérie, a indiqué que pour un observateur perspicace, ce sursaut populaire était prévisible, vu que «tous les ingrédients de la contestation étaient là depuis fort longtemps», à cause, dit-il, «des pratiques autoritaires du pouvoir et de l’autisme de ses dirigeants». Pour lui, les réformes annoncées et mises en œuvre auparavant n’étaient que des solutions «enveloppées» pour faire durer le régime, avec «des institutions inefficaces qui n’assuraient pas réellement le bon fonctionnement démocratique». «La raison de ce dysfonctionnement est due à la mise en place progressive d’un système hyper-présidentiel», explique M. Benissad, qui va jusqu’à dire que ce «système n’a pas réussi à trouver des solutions aux Algériens, à cause d’une Constitution qu’il juge inspirée de la pensée unique».
L’avocat n’y est pas allé par quatre chemins pour dénoncer «la fermeture hermétique des champs et canaux d’expression, à travers les lois liberticides attentatoires aux libertés d’association, de manifestation, de réunion et d’expression, amplification de la corruption et intrusion de l’argent d’origine douteuse dans la sphère politique». Celui-ci a rappelé que les Algériens ont boycotté les dernières élections législatives : «Ils étaient quelque 17% à aller voter. Aujourd’hui, ce sont les 83% restants qui investissent la rue dans un sursaut de refus du système.» Maintenant que le pouvoir fait face à un large mouvement de contestation, le président de la LADDH estime qu’il est urgent, pour les dirigeants du système actuel, d’accepter «la négociation» et de tendre l’oreille à «la délibération du peuple» par lequel des manifestations grandioses et pacifiques illustrent à chaque fois «sa maturité politique», et qui refuse catégoriquement les compromis et les manœuvres visant «la régénérescence du système», a-t-il estimé. Par ailleurs, M. Benissad a soutenu que la proposition de l’application de l’article 102 de la Constitution n’est pas la solution à la crise, «puisque le Président est démissionnaire», et «de toute façon sa mandature arrive à terme, dans moins de trois semaines». Pour lui, la demande de la population de l’application de l’article 7 de la Constitution, qui est «une revendication légitime», doit être entendue. «C’est l’essence même de la transition démocratique voulue par les manifestants, qui ne se résignent pas, même si certains parient sur l’essoufflement du mouvement et sa récupération», a-t-il estimé. Cette transition démocratique nécessite, selon l’explication de M. Benissad, des mécanismes d’accompagnement, et en même temps «un mûrissement» du mouvement populaire, pour «entamer ce processus de changement et de transition sans eux». Refusant le parallélisme ou la comparaison des autres expériences, M. Benissad a mis en garde contre «la précipitation et le refus des manœuvres politiciennes qui visent à déboussoler les manifestants en leur proposant des solutions conjoncturelles».
L’avocat estime que la démarche politique salutaire vise à instaurer, logiquement et comme le demande le peuple depuis plusieurs semaines, «la Constituante». Pour lui, celle-ci serait la solution propice face au blocage actuel. «Avec la Constituante, il n’y aura pas un pharaon en Algérie, car les piliers de la deuxième République seront consolidés par des lois de lutte contre la corruption, ainsi que la restauration et la préservation des droits et libertés publiques», a-t-il conclu.
Tahar Kaidi
Auteur: elmoudjahid
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