Dans un entretien accordé au quotidien espagnol La Razon, M. Aziz Akhannouch, chef du gouvernement revient sur la profondeur mais également les perspectives d’avenir des relations entre le Maroc et l’Espagne. Entretien.
Quelle importance revêt pour le Maroc la récente résolution sur le Sahara adoptée par le Conseil de sécurité des Nations unies ?
C’est une décision internationale juste et équitable qui représente un accomplissement décisif pour la résolution définitive de ce conflit artificiel qui n’a qu’assez duré. Cette résolution ouvre par ailleurs la voie à un dialogue constructif en vue d’un consensus entre toutes les parties, sans vainqueur ni vaincu, et qui préserve la dignité de chacun, comme l’a déclaré SM le Roi Mohammed VI dans son dernier discours du Trône.
Ce que la diplomatie royale a représenté pendant 26 ans en termes de sagesse, de réalisme et de fermeté sur les plans national, régional et international, a fait de notre pays aujourd’hui un modèle de respect et de crédibilité, et c’est ce qui a permis ce tournant diplomatique décisif sur la question du Sahara.
Cette année marque le 50e anniversaire de la Marche verte. Pensez-vous que nous nous rapprochons d’une résolution définitive du conflit ou que le processus de négociation restera dans l’impasse comme ces dernières années ?
La résolution du Conseil de sécurité du 31 octobre 2025 place toutes les parties prenantes devant leurs responsabilités et leur offre, à toutes, une occasion historique et équitable de bâtir un environnement régional plus harmonieux et prospère ; et nous souhaitons désormais nous tourner vers un avenir marqué par un développement socio-économique accru, une coexistence pacifique et une prospérité économique et sociale dans nos régions du Sud.
Attendez-vous du gouvernement espagnol actuel qu’il fasse un pas de plus dans le soutien à votre pays sur la question du Sahara après la lettre du président au roi Mohamed VI en mars 2022 ?
Comme vous le savez, depuis plusieurs années, et sous le leadership de SM le Roi Mohammed VI, le Maroc a adopté une position ferme et juste sur la question du Sahara. Cette position est de diversifier et d’intensifier nos partenariats, en mettant au centre de ces derniers le soutien sans ambiguïté à notre souveraineté territoriale pleine et indivisible.
Il existe une convergence stratégique entre Rabat et Madrid au sujet du Sahara marocain, grâce à la clarté et la constance de la position espagnole, en harmonie avec les résolutions du Conseil de sécurité. Cette position a constitué, et continue, un élément essentiel de confiance entre nos deux pays et un facteur structurant pour la stabilité régionale dans les espaces africain, méditerranéen et atlantique.
Quelle est votre évaluation de l’état actuel des relations entre le Maroc et l’Espagne ?
Excellentes. Les relations entre nos deux pays ont connu, au fil des siècles, des moments de grande proximité, mais aussi, il faut le dire, des périodes d’incompréhension. Pourtant, jamais le dialogue ne s’est interrompu : échanges commerciaux, circulations humaines, influences culturelles réciproques ont tissé des deux côtés une familiarité profonde qui imprègne le quotidien de nos sociétés, de nos langues, de nos villes et de nos économies.
Le partenariat entre nos deux pays a connu une grande stabilité et une dynamique particulière ces dernières années, marqué par la confiance et le respect mutuel. La dynamique politique impulsée par nos deux Chefs d’État, et la profondeur des liens qu’ils entretiennent ont permis d’ancrer ce partenariat dans la durée et la clarté, ouvrant la voie à une coopération renforcée et structurante.
Nous ne sommes pas de simples voisins, chacun est pour l’autre un partenaire et un marché stratégique. L’Espagne est aujourd’hui le premier partenaire commercial du Maroc, et le Maroc est pour l’Espagne le 3ᵉ client hors Union européenne, premier client et premier fournisseur de l’Espagne sur l’ensemble du continent africain. Quelques 800 entreprises espagnoles sont implantées au Maroc et près de 12 000 entreprises marocaines entretiennent des relations économiques avec l’Espagne.
Ce sont donc des flux à double sens, qui ancrent nos économies l’une dans l’autre et reflètent la qualité exceptionnelle des relations entre nos deux pays. Sans oublier la profondeur des relations humaines qui nous lient, avec près d’un million de Marocains résidant en Espagne et une communauté espagnole active au Maroc, reflétant l’imbrication étroite des espaces économiques, sociaux et culturels.
Il est d’ailleurs important de rappeler l’approche globale et équilibrée adoptée par nos deux pays sur la question de la migration, fondée sur une coopération responsable avec les pays d’origine et de transit, et marquée par des actions conjointes efficaces dans la lutte contre la migration irrégulière et les réseaux de traite des êtres humains.
Après une période marquée par la normalisation des relations et des rencontres de haut niveau, il semble que l’agenda bilatéral soit entré dans une phase de stagnation. À quoi cela est-il dû selon vous ? Y a-t-il un refroidissement des relations entre votre gouvernement et celui de Pedro Sánchez ?
C’est même tout le contraire. Preuve en est le grand succès de la Réunion de haut niveau Maroc-Espagne que nous avons tenue la semaine dernière à Madrid avec la participation d’une forte délégation ministérielle des deux côtés et qui s’est soldée par la signature de pas moins de 14 accords de coopération dans plusieurs domaines. La précédente Réunion de haut niveau avait eu lieu, en 2023 à Rabat, toujours marquée par la même dynamique stratégique et positive. Entre ces deux réunions un pas important a été franchi, puisque les ambitions formulées dans la feuille de route maroco-espagnole adoptée en avril 2022 se sont traduites par un cadre d’action opérationnel, appuyé sur un dialogue politique régulier et une coordination continue entre les deux gouvernements.
Donc vous le voyez, nos concertations se sont, au contraire, intensifiées ces dernières années à un rythme inédit, traduisant la volonté partagée d’assurer la continuité et la pérennité de notre action. A chacune de nos rencontres, un travail sérieux a été accompli de part et d’autres, pour faire vivre nos engagements, et j’ai réitéré la semaine dernière à Madrid l’engagement du gouvernement marocain pour œuvrer à maintenir cette dynamique.
Le renouvellement de la présidence du gouvernement est inévitable dans toute démocratie et, tôt ou tard, un candidat du Parti populaire arrivera à la tête de l’exécutif. Craignez-vous que les relations entre les deux pays en soient affectées ?
Comme je vous le disais, nos deux pays entretiennent des liens solides et institutionnalisés, inscrits dans la durée et la clarté, et ce, dans le cadre d’une dynamique politique impulsée au plus haut niveau par nos deux Chefs d’État, et je pense que les relations entre nos deux pays reposent aujourd’hui sur des paramètres politiques explicites, un dialogue stable et une vision commune que nous construisons ensemble de manière durable et avec un sens élevé des responsabilités.
Votre gouvernement est à la 5ème et dernière année de son mandat, Quel bilan faites-vous de vos 4 années à la tête du gouvernement marocain ?
Les projets et les réformes sur lesquels nous travaillons quotidiennement depuis notre prise de fonction n’ont qu’un seul objectif : un changement concret et impactant dans la vie des Marocains. Ce sont quatre années d’un travail acharné et méthodique pour réaliser la transformation souhaitée par Sa Majesté le Roi pour l’édification d’un Etat social tout en poursuivant notre développement économique.
Notre gouvernement a d’abord affronté avec détermination des crises multiples qui se sont succédées : énergétique avec l’envolée record des prix mondiaux, climatique avec la pire sécheresse enregistrée depuis 40 ans au Maroc, monétaire avec le retour de l’inflation au niveau mondial. Mais malgré cela, le gouvernement a réussi à prendre des mesures d’accompagnement et de soutien budgétaire, et maintenu nos équilibres macroéconomiques et nos réformes prioritaires. L’inflation est aujourd’hui trois fois inférieure à ce qu’elle était il y a quatre ans et se maintient sous la barre des 1 % depuis trois ans.
Conformément aux directives royales notre pays a connu depuis 4 ans une transformation historique dans le domaine de la protection sociale : Plus de 4 millions de familles bénéficient actuellement d’une aide sociale directe, soit plus de 12 millions de personnes dont 5 millions d’enfants, et plus d’un million de personnes âgées de 60 ans et plus.
Le gouvernement a également exécuté, et conformément à l’agenda royal, le chantier de la généralisation de l’Assurance maladie obligatoire, qui assure désormais une couverture médicale à plus de 88% de l’ensemble de la population marocaine.
Toutes ces réformes économiques et sociales ont été facilitées par une avancée institutionnelle majeure, puisque le gouvernement a choisi de pérenniser un véritable dialogue social avec les principaux syndicats. Dans ce cadre, 4,2 millions de familles ont bénéficié d’augmentations de salaire depuis le début du mandat.
Compte tenu du rôle important du capital humain dans la réussite de tout chantier de réformes, nous accordons une place importante au renforcement de notre système de santé, à l’amélioration de la qualité du système éducatif et à la valorisation de la recherche scientifique et de l’innovation.
Les investissements augmentent également chaque année dans notre pays, témoignant de la grande confiance des investisseurs et créant des milliers d’emplois. Et pour les encourager davantage, le Maroc s’est doté d’une nouvelle Charte de l’Investissement, posant un nouveau cadre attractif et incitatif qui s’adresse à tous les investisseurs, nationaux comme étrangers, et à tous les investissements, petits et grands.
Durant ces 4 années donc, nous avons réalisé de grands progrès, mais restons pleinement conscients de tout ce qui reste à accomplir, et nous poursuivons notre chemin vers la réforme.
Le Maroc prépare avec soin et enthousiasme la Coupe du monde 2030, qu’il organise conjointement avec l’Espagne et le Portugal. Ce grand événement sportif permettra-t-il de rapprocher les deux rives ?
Sans aucun doute. L’organisation conjointe de la Coupe du Monde 2030 par le trio Maroc, Espagne et Portugal constitue un symbole éloquent de la convergence et de la capacité de nos trois pays à porter un projet mondial ambitieux, tourné vers l’avenir et fondé sur la coordination et la confiance.
Cette Coupe du Monde est bien plus qu’un évènement sportif, c’est un catalyseur d’investissement qui place notre partenariat dans une perspective d’investissements massifs : infrastructures de transport, équipements sportifs, capacités hôtelières et touristiques, solutions numériques, sécurité, image. C’est aussi un révélateur de ce que nous pouvons accomplir ensemble.
Auteur: alm
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