Convié à s’exprimer sur la convocation du corps électoral pour le 12 décembre par le chef de l’Etat, le colonel à la retraite Mohamed Larbi Cherif a estimé que pas moins de «70% du peuple est convaincu de la nécessité d’aller vers des élections présidentielles libres et transparentes». Celui-ci a même qualifié le prochain scrutin de «nécessité pour la sécurité nationale».
M. Larbi Cherif, également expert en questions de sécurité, et qui était l’invité de la radio nationale, a affirmé que l’Algérie se trouve aujourd’hui confrontée à de nombreux défis : «Le plus important est qu’elle soit dirigée sans président élu, alors qu’elle traverse une situation exceptionnelle et difficile qui nécessite la mobilisation de tous pour préserver la patrie et construire l’Etat que le peuple ne cesse de revendiquer».
Apparemment fort optimiste quant à la suite des événements, c’est sans détours qu’il dira que «nous sommes aujourd’hui appelés à élire un président de la République, ce qui représente le début de la solution pour la transition démocratique et la construction d’un Etat fort avec ses institutions».
Pour Larbi Cherif, la « période de transition, à laquelle appellent certaines parties, ne servira pas les intérêts de la nation, encore moins ceux du citoyen, et ses retombées seront négatives pour tous». Partant de ce constat, il précisera, fort à propos : «Nous avons déjà vécu cette expérience amère dans les années 90, et l’impact de celle-ci n’a fait qu’accroître l’ampleur de la corruption tout en encourageant le népotisme au sein du pouvoir», a-t-il rappelé.
L’ancien officier supérieur considère que « lorsque le peuple revendique des élections libres et transparentes, c’est parce qu’il est conscient de ce fait que c’est lui qui décidera quant à celui qui gouverne, ce qui est en soi un revirement de 180 degrés, celui de donner la parole au peuple pour exprimer sa volonté».
Le même avis est partagé par le président du comité politique de l’Instance nationale du dialogue et de médiation (INDM), Ammar Belhimeur, qui a estimé, dimanche lors de son passage au forum d’El Moudjahid, qu’avec des candidatures «crédibles, fortes et charismatiques», le peuple votera «en masse» à la prochaine élection présidentielle «à la condition d’assurer un scrutin propre et transparent».
Pour lui, maintenant que le corps électoral a été convoqué, « le gouvernement, j’espère, va partir et les candidatures seront recueillies», ajoutant que les choses «évoluent dans la difficulté, mais évoluent positivement».
 
«L’Algérie vit actuellement une situation exceptionnelle,  à cheval entre la légitimité constitutionnelle et la légitimité populaire»

Pour sa part, la constitutionnaliste et membre de l’Instance nationale du dialogue et de médiation, Fatiha Benabbou, a estimé dans une déclaration à la presse que «l’Algérie vit actuellement une situation exceptionnelle, à cheval entre la légitimité constitutionnelle et la légitimité populaire».
« Je suis de ceux qui ne s’en sont pas tenus à la lettre de la Constitution dès le début. Lorsque le peuple avait rejeté l’élection du 4 juillet, il y a eu une rupture avec la légitimité constitutionnelle et on ne pouvait pas laisser le pays aller vers l’abîme. J’insiste, si l’élection présidentielle n’a pas lieu, le pouvoir ira à la partie qui détient la force», met-elle en garde.
«Je ne parle pas de l’institution militaire, car celle-ci ne cherche pas le pouvoir. Je ne pense pas qu’elle souhaite être au-devant de la scène, même si l’article 28 de la Constitution lui confère ce droit, dans le cas où le pays se trouve en danger. L’armée s’est retrouvée contrainte de jouer ce rôle, parce que le peuple a refusé les élections. C’est pour cela que nous avons dit que la période de transition est porteuse de dangers et susceptible d’affaiblir le pays. Elle risque de nous mener vers des situations imprévisibles, où tout le monde tentera d’imposer son avis», explique-t-elle.
Pour la juriste, la solution est dans l’élection. «Si les Algériens ne veulent pas d’un pouvoir militaire, ils doivent aller voter pour élire un président civil. La loi électorale a changé et il ne reste qu’à mettre en place un climat propice pour l’élection d’un nouveau président avant d’aller vers la révision de la Constitution», suggère-t-elle.
Pour rappel, le chef de l’Etat, M. Abdelkader Bensalah, a signé, dimanche, le décret portant convocation du corps électoral pour l’élection du président de la République, qui se tiendra le 12 décembre prochain et dans la perspective de laquelle deux projets de loi devant encadrer le processus électoral viennent d’être adoptés par les deux chambres du Parlement. Dans un discours prononcé à l’occasion de la convocation du corps électoral, M. Bensalah a appelé les citoyens à faire de ce rendez-vous «le point de départ du processus de renouveau de notre Nation et à œuvrer avec force et massivement à la réussite de cette échéance électorale qui permettra à notre peuple d’élire le futur Président, lequel aura toute légitimité pour conduire les destinées de notre pays et prendre en charge ses aspirations».
 Salima Ettouahria
 

Auteur: elmoudjahid
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