Le ministre des Affaires étrangères, M. Abdelkader Messahel, a affirmé, hier, que la démocratie en Algérie n’était pas qu’un slogan, mais un choix stratégique et une réalité vécue par les Algériens, soulignant que la présidentielle du 18 avril sera un grand rendez-vous pour la démocratie.

Invité du forum de la Radio nationale, M. Messahel a précisé que l’Algérie a choisi et a tranché pour la démocratie, qui est consacré sur le terrain à travers la liberté d’expression et la liberté d’opposition et de regroupement. Des libertés qui ont été consolidées par la Constitution de 2016, qui a accordé une marge importante à l’opposition en tant qu’acteur contribuant efficacement au tissu national. «Cette démocratie sera consacré davantage lorsque les Algériens choisiront par eux même leur président lors des élections présidentielles du 18 avril prochain», a estimé M. Messahel, précisant que des observateurs de l’Union africaine, de la Ligue arabe et de l’Organisation de la coopération islamique et de l’Union européenne superviseront ces élections.
     M. Messahel a ajouté que le président Bouteflika, dans son discours après son élection à la présidence en 1999, avait tenu ses promesses de mettre fin à la «Fitna», de relancer l’économie nationale, et de restaurer l’image de l’Algérie au concert des nations. Le Président de Bouteflika, ajoute M. Messahel, a fait de l’Algérie un pays stable et sécurisé, un acquis très important et précieux pour le peuple algérien, qui a opté pour la réconciliation nationale. Messahel a souligné également que l’Algérie est devenue un exemple en matière de stabilité et de sécurité et du vivre ensemble en paix.
     Par ailleurs, M. Messahel a fait part de la préoccupation de l’Algérie ainsi que celle de la Tunisie et de l’Egypte quant à la sécurité et la propagation du terrorisme dans la région. «Nous sommes tous concernés, notamment les pays voisins. C’est pourquoi nous avons ce mécanisme de coordination entre ces trois pays (Tunisie, Egypte, Algérie). Nous avons une rencontre le 5 mars prochain au Caire dans le cadre de la réunion tripartie des pays voisins de la Libye faisant suite à la réunion que nous avons eu à Alger il y a déjà quelque mois», a indiqué M. Messahel. Il a, à cette occasion, appelé à la vigilance car, a-t-il dit, «nous vivons dans une zone de turbulence», où le retour des combattants se fait remarquer, soulignant la nécessité de trouver des solutions en Libye loin des ingérences et des armes, mais plutôt favoriser le dialogue politique entre les Libyens. «Nous restons vigilants face au retour des terroristes étrangers. Nous cherchons des solutions en Libye et au Mali car il y a un besoin fort d’institution… le terrorisme évolue quand il y a des espaces vides, et cet espace se traduit par l’absence d’Etat», a mis en garde M. Messahel. «La solution militaire n’est pas une solution, ça doit passer par le dialogue entre Libyens et tout le monde aujourd’hui est acquis à cette idée du dialogue», a assuré le chef de la diplomatie algérienne. «Nous ne voulons pas prendre d’initiatives en tant qu’Algérie. Je pars du principe et de la conviction que l’avenir de la Libye intéresse les Libyens. C’est aux Libyens de trouver une solution et de s’inquiéter de la situation de leur pays. Notre devoir est de partager avec eux notre expérience», a-t-il poursuivi. Il a, dans ce sens, soutenu l’agenda et la feuille de route établis par l’envoyé spécial de l’Onu en Libye Ghassan Salamé. «Il est urgent de mettre en place les institutions, c’est-à-dire aller vers une Constitution et vers des élections, c’est la feuille de route des Nations unies que nous avons toujours soutenue et nous sommes contre la multiplication des agendas, tout en faisant en sorte que la feuille de route de Ghassan Salamé puisse faire avancer les choses», a-t-il appuyé. La dernière réunion ministérielle tripartite sur la Libye s’est tenue en mai dernier à Alger dans le cadre des concertations continues entre les ministres des Affaires étrangères, Abdelkader Messahel, tunisien, Khémeis Jhenaoui, et égyptien, Sameh Chokri, sur la situation qui prévaut en Libye.

Pour une intégration économique  régionale

    Sur le volet diplomatique, M. Messahel a souligné que l’Algérie continuera à appeler à une intégration économique régionale dans le cadre de la réactivation de l’Union du Maghreb arabe (UMA). M. Messahel souligne qu’il n’y a pas d’alternative à l’intégration économique. Gelées depuis le début des années 2000, les activités de l’UMA ont repris à l’initiative du Président de la République, M. Abdelaziz Bouteflika, à travers l’organisation de réunions au niveau des ministères et des commissions spécialisées, a rappelé M. Messahel. «La construction maghrébine a été un choix stratégique de l’Algérie. Elle a énormément fait pour la construction maghrébine», a indiqué M. Messahel, rappelant que «toutes nos réunions ont été tenues au niveau des ministères et des commissions spécialisées. «Nous l’avons fait et nous continuons à penser que nous n’avons pas d’autres alternatives que l’intégration régionale», a souligné M. Messahel en réponse à une question sur la reconstruction et la réactivation de l’UMA. M. Messahel a rappelé la proposition faite par l’Algérie pour réactiver l’UMA à travers la création d’une commission économique africaine semblable à toutes les autres commissions régionales en Afrique. «J’avais appelé au mois de novembre dernier à une réunion de l’instance de l’UMA », dit-il.
     Il dit vouloir saisir l’occasion de la prochaine session de la Commission ministérielle maghrébine chargée de la sécurité alimentaire, qui se tiendra jeudi prochain à Tunis, «pour faire en sorte de trouver un moment pour se réunir, même si c’est dans un cadre informel pour réactiver l’UMA». Dans ce sens, le chef de la diplomatie a évoqué les éventuelles propositions d’une politique maghrébine commune basée sur les mêmes besoins et problèmes à savoir : le problème halieutique, l’agriculture, l’industrie, etc., affirmant que l’Algérie ne cessera pas de défendre cette idée (l’intégration économique). «On aurait proposé une politique maghrébine commune avec les mêmes besoins, en termes d’infrastructures agriculture, industrie. Nous faisons en sorte de rendre irréversible l’intégration maghrébine économique», a-t-il souligné. Evoquant par ailleurs le rôle de la Ligue arabe en tant qu’organisation panarabe sur la scène internationale et la volonté de l’Algérie de voir cette institution faire des réformes, M. Messahel a indiqué que «la Ligue arabe doit faire sa mue, qu’elle fasse des réformes profondes», regrettant «son inactivité et stagnation» depuis sa création en 1940. «Aujourd’hui le monde a changé, l’environnement arabe a beaucoup changé, il y a eu beaucoup d’évolutions pour lesquelles la Ligue arabe doit s’adapter», a-t-il souligné. Citant les conflits dans des pays arabes tels que la Syrie, l’Irak ou la Libye, le chef de la diplomatie algérienne a conclu en disant : «La Ligue arabe n’est pas présente dans la résolution des conflits, elle est très éloignée dans la recherche de solutions et elle n’a aucun exercice dans la stabilité des pays arabes».

Une plus grande représentativité  de l’Afrique au Conseil de sécurité

     M. Messahel a rappelé l’importance d’une plus grande représentativité de l’Afrique au sein du Conseil de sécurité des Nations unies «dans un monde en plein turbulences». «On ne peut pas parler de paix et de stabilité au niveau du Conseil de sécurité de l’ONU en l’absence de l’Afrique. La revendication africaine va ainsi vers une plus grande représentativité de l’Afrique au sein de cette institution onusienne», a déclaré M. Messahel sur les ondes de la radio «Chaîne III», lors d’une émission sur les réalisations de la diplomatie algérienne entre acquis et défis à venir. Il a fait référence à «la résolution ou le consensus d’Ezulwini, une stratégie de l’UA, des pays africains pour revendiquer une correction historique», vu qu’au sortir de la Deuxième Guerre mondiale, la plupart des pays africains n’était pas membres des Nations unies. Le consensus d’Ezulwini est une position sur les relations internationales et la réforme des Nations unies, approuvée par l’Union africaine. Il appelle à un Conseil de sécurité plus représentatif et démocratique, dans lequel l’Afrique, comme toutes les régions du monde, est représentée. «Ce que nous avons revendiqué ce n’est pas uniquement une réforme du Conseil de sécurité mais une réforme globale du système des Nations unies», a souligné M. Messahel, notant que l’Afrique «est très mal représentée notamment au Conseil de sécurité des Nations unies». «L’Afrique aujourd’hui continue à travailler sur ça», a-t-il affirmé, rappelant que lors du dernier sommet de l’Union africaine (UA), «nous avons réitéré notre position, donc deux postes permanents avec droit de veto et un élargissement des postes non permanents». «C’est une revendication qui est légitime, dans un monde également en plein turbulences», a-t-il souligné, affirmant dans ce sens : «Nous croyons, et surtout nous pays africains, nous croyons en les Nations unies. Répondant à une question «si l’on peut penser disposer du droit de veto face aux différentes résistances de pays notamment les grandes puissances», M. Messahel a indiqué que «c’est une longue histoire, ça peut demander une émission pour rappeler qu’au sommet de Maurice en 1975, la question de la suppression du droit de veto était évoquée par les Africains parce qu’il y avait l’utilisation abusive du droit de véto». «A l’époque, a-t-il ajouté, comme vous le savez, l’agenda du Conseil de sécurité était beaucoup plus un agenda consacré aux conflits en Afrique, à la lutte contre l’apartheid, à la décolonisation, et souvent le droit de veto était utilisé abusivement, donc à l’époque, déjà en 1975, on avait demandé la suppression du droit de veto». Le ministre a enfin indiqué : «Maintenant il y a un processus de négociation et on verra comment il va aboutir, tant que ce droit de veto est maintenu nous revendiquerons des postes permanent et droit de veto. Si demain un consensus se dégage vers l’abolition du droit de veto et bien l’Afrique ne pourra que s’aligner».

Le respect des frontières  et l’autodétermination,  fondements de base de l’UA

     Les principes du respect des frontières et de l’autodétermination sont les fondements de base de l’Union africaine dans la résolution du conflit du Sahara occidental conformément à sa constitutive, a réitéré le ministre.
      M. Messahel a rappelé que la question du Sahara occidental relève avant tout du domaine et du ressort exclusif des Nations unies, et est la priorité de l’Afrique, étant donné qu’il s’agit du dernier territoire du continent non autonome. «Elle est la priorité des Africains parce que l’Afrique dans sa construction, a indiqué le ministre en référence à la constitutive, il y a deux principes sur lesquels l’UA est extrêmement vigilante : le principe du respect des frontières héritées après l’indépendance et celui de l’autodétermination», a-t-il affirmé. «Ce sont les deux piliers fondamentaux et cardinaux autour desquels se construit l’UA», a-t-il ajouté, rappelant que la question figure à l’ordre du jour du Conseil de sécurité des Nations unies et de l’Union africaine (UA). Interrogé sur l’engagement des Etats-Unis à résoudre le conflit sahraoui depuis l’arrivée du président américain Donald Trump, et notamment après la récente visite d’une délégation du Congrès américain au camp Chahid El-Hafedh des réfugiés sahraouis, M. Messahel a constaté que les Américains aujourd’hui «mettent la pression sur les parties car c’est une question qui a trop duré». «Nous avons fait le constat, c’est une question qui a trop duré et qui doit trouver sa solution. Les Etats-Unis aujourd’hui font de la pression sur toutes les parties en conflit pour qu’elles puissent aller vers une solution dans le cadre des résolutions des Nations unies», a déclaré le ministre des Affaires étrangères. «Cela est une bonne chose que des pays membres du Conseil de sécurité fassent pression sur les deux parties politiques (Front Polisario et Maroc. NDLR) pour qu’elles puissent arriver à trouver une solution fondée sur le droit à l’autodétermination», s’est-il réjoui. Dans ce sens, M. Messahel a expliqué qu’aujourd’hui il est demandé aux pays voisins comme l’Algérie et la Mauritanie d’apporter leurs contributions. «L’Algérie a toujours été un pays qui a accompagné les efforts des Nations unies dans le cadre de la recherche de solution en qualité de pays voisin», a-t-il appuyé rappelant, dans ce contexte, que la République Arabe Sahraouie Démocratique (RASD) est un pays fondateur de l’UA et membre à part entière de l’organisation. A une question sur les «manœuvres marocaines d’impliquer l’Algérie dans ce conflit comme partie prenante», M. Messahel a réitéré la position de l’Algérie en tant que pays voisin et non partie prenante. «Ils peuvent penser ce qu’ils veulent, la réalité est tout autre, ils savent que ne nous sommes pas impliqués et qu’on est un pays voisin (…) je suis témoin, j’ai fait toutes les réunions sous l’égide de James Baker en passant par tous les représentants personnels de l’ONU, on a toujours été présents en qualité de pays voisin», a conclu M. Messahel. Présent depuis 1966 sur la liste des territoires non autonomes, éligibles à l’application de la résolution 1514 de l’Assemblée générale de l’ONU portant sur l’octroi de l’indépendance aux pays et peuples coloniaux, le Sahara occidental est la dernière colonie en Afrique, occupée par le Maroc depuis 1975, avec l’appui de la France.
Salima Ettouahria

Auteur: elmoudjahid
Cliquez ici pour lire l’article depuis sa source.