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Il s’appelle Maher. Le prénom a été modifié. Il a 31 ans, il est originaire de Sfax et vit en Italie depuis 2021.
Comme beaucoup d’autres, il a quitté la Tunisie avec une idée simple, presque universelle : travailler, s’en sortir, envoyer de l’argent et, un jour, revenir avec quelque chose à montrer.
Cinq ans plus tard, il parle d’une autre réalité. Moins spectaculaire, moins racontée, mais profondément ancrée dans le quotidien de ceux qui, comme lui, ont franchi la mer sans garantie de lendemain.
Avant de partir, il travaillait déjà. Des chantiers, de la manutention, des journées payées à la tâche, parfois sans contrat, souvent sans stabilité. Il ne se décrit pas comme quelqu’un qui fuyait le travail, bien au contraire.
Ce qui l’a poussé à partir, dit-il, ce n’est pas la peur de l’effort, mais celle de l’immobilité. Celle de voir les années passer sans jamais réussir à transformer ses journées en avenir. « Je ne suis pas parti pour l’aventure, explique-t-il. Je suis parti parce que rester devenait plus risqué que partir. »
Le départ s’est construit sur des récits entendus, répétés, rarement contredits. Des proches, des connaissances, parfois des voisins, qui décrivaient l’Italie comme une étape difficile mais nécessaire, un passage obligé avant une forme de stabilisation.
Quelques mois d’adaptation, disaient-ils, puis le travail régulier, les papiers, les transferts d’argent, la vie qui s’organise. Maher reconnaît aujourd’hui qu’il a voulu y croire. Non par naïveté, mais parce que cette version des choses offrait une perspective. « Quand on est fatigué, on s’accroche à ce qui donne de l’espoir », résume-t-il.
L’arrivée, elle, n’a rien d’une bascule immédiate vers une vie meilleure. Il évoque des semaines floues, marquées par l’attente, les déplacements, les démarches mal comprises, la fatigue physique et mentale. Surtout, il parle d’un sentiment persistant, difficile à formuler : celui d’être là sans vraiment exister. « On arrive quelque part, mais on n’est encore personne », dit-il.
Très vite, le quotidien s’organise autour de ce qui est disponible, non de ce qui est souhaité. Les premiers mois sont faits de petits boulots : agriculture, nettoyage, manutention, chantiers.
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Auteur: balkis T
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