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Je m’appelle Yassine (prénom modifié), j’ai 38 ans, je suis originaire de Sfax, marié, père d’une petite fille, et je vis à Vienne depuis six ans.

Quand je suis parti, je ne cherchais pas une vie brillante. Je cherchais une vie tenable. Une vie qui ne me réveille pas chaque matin avec cette question épuisante : comment vais-je faire tenir le mois, la maison, les besoins, les imprévus, la dignité ?

En Tunisie, je travaillais déjà. J’avais de l’expérience, des mains habituées aux machines, à la maintenance, aux urgences techniques, aux heures longues. Mais je n’arrivais plus à transformer mon travail en stabilité. À Sfax, je faisais ce que beaucoup d’hommes font sans bruit : j’essayais de rassurer les miens avec des revenus qui ne rassuraient même plus mon propre sommeil.

Je ne suis pas parti pour découvrir l’Europe. Je suis parti parce qu’à un moment, rester est devenu une autre forme de risque.

Sfax derrière moi, l’Autriche devant moi

J’ai quitté Sfax avec une idée simple et lourde à la fois : gagner mieux pour protéger davantage. Un ami déjà installé en Autriche m’a parlé d’une opportunité dans la maintenance technique. J’ai envoyé mon CV, passé des entretiens, attendu des réponses qui semblaient suspendues à ma vie entière. Puis un contrat est venu.

Je suis arrivé légalement, avec des papiers en règle, un travail précis, un objectif clair. Je ne suis pas venu pour profiter d’un système. Je suis venu pour tenir ma famille debout.

Au début, je suis parti seul. Ma femme et ma fille sont restées à Sfax. Ce furent sans doute les années les plus dures. Je dormais dans une chambre simple, je mangeais sans plaisir, je comptais tout, et chaque euro économisé prenait immédiatement le chemin de la Tunisie.

Pendant cette période, j’envoyais entre 700 et 900 euros par mois. Mon absence avait un sens. Elle coûtait cher humainement, mais elle servait à quelque chose de concret.

Quand ma situation s’est stabilisée, ma femme et ma fille m’ont rejoint. J’ai cru, à ce moment-là, que le plus difficile était derrière nous. En réalité, une autre fatigue commençait.

Mon travail, mon salaire, et ce qu’il reste une fois le mois payé

Aujourd’hui, je travaille comme technicien de maintenance dans un centre logistique en périphérie de Vienne. Je m’occupe d’installations techniques, de systèmes de froid, de petites pannes qui deviennent grandes si on ne les traite pas vite, de machines qui ne pardonnent ni l’erreur ni le retard. C’est un métier de vigilance. Il faut être présent, précis, calme, même quand tout autour va vite.

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Auteur: balkis T
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