Le gouvernement s’active ces dernières semaines à intégrer les farines locales dans les habitudes alimentaires des Camerounais. A cet effet, il a jeté sur les rails une plateforme des producteurs de farines locales du Cameroun chargée de promouvoir ces farines dérivées des tubercules de manioc, patate, pomme, macabo… Celle-ci ambitionne à l’horizon 2030, de produire environ 5 millions de tonnes de farines locales de qualité, pour ainsi réduire les importations massives de blé, lesquelles se chiffrent à 830.000 tonnes pour la seule année 2020, pour une enveloppe globale de 150 milliards de FCFA, selon une récente étude du Bureau de mise à niveau des entreprises (BMN).

Pour parvenir à cet objectif, l’Etat doit consentir à d’importants investissements qui passent d’abord par la production, ensuite la transformation des féculents, avec le concours des minoteries. En l’absence d’une industrie existante capable de transformer ces tubercules, les meuniers sont les seuls qui opèrent dans un secteur déjà bien structuré, mais qui ont bâti leur spécialité sur la transformation du blé. Leur implication dans le processus de transformation des tubercules en farines locales nécessite quelques préalables, notamment la mise en place d’un outil de production adapté. « Si on veut que nous fassions la transformation, il va falloir nous équiper, ou que l’Etat nous aide à nous équiper. L’Etat peut procéder autrement, et le fait faire par d’autres personnes, pour nous demander d’incorporer ce que les autres ont fait dans ce que nous avons l’habitude de faire. L’outil avec lequel on écrase le blé ne peut pas écraser le manioc ou la patate », soutient Alfred Momo Ebongué, secrétaire général du Groupement des industries meunières du Cameroun (Gimc).

Ensuite, il est important de régler également la problématique de la disponibilité des matières premières, parent pauvre de l’industrie locale. Ceci nécessite une production industrielle desdites matières, de sorte à satisfaire à la fois les besoins de subsistance et de servir l’industrie de transformation. « L’Etat peut décider que chaque sac de farine contienne 10% de farine de patate ou de manioc, il faut que cette proportion soit disponible, qu’on puisse en trouver les tubercules, de sorte qu’en les intégrant dans le processus industriel, qu’on ne crée pas une raréfaction de ces matières premières pour ceux qui l’utilisaient pour d’autres fins », développe Alfred Momo.

La problématique de la disponibilité de ces farines locales apparait donc clairement comme un défi majeur à relever pour les producteurs locaux. Ceux-ci devraient pouvoir en produire en quantité industrielle pour espérer faire face à la compétitivité du marché, littéralement dominé par la farine de blé. Des producteurs se sont déjà lancés dans la production à petite échelle des farines locales, qui sont livrées dans certaines boulangeries de Yaoundé pour la fabrication du pain. Au tout début du conflit russo-ukrainien marqué par des restrictions d’importations de blé, le boulanger « Selecte » s’est lancé dans la fabrication du pain à base des féculents. Il avait pour fournisseur de matières premières la Coopérative pour l’Agropastorale, la Sylviculture et la Pisciculture au Cameroun (Socaspiscam), basée à Afan-Loum dans la région du Centre, qui lui fournissait une moyenne d’une tonne.

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Auteur: Yannick KENNE
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