Majida Elroumi: une ligne droite menant à BourguibaMajida Elroumi: une ligne droite menant à Bourguiba

Par Mohamed Laroussi Bensalah – La clôture en beauté de la 60ème session du Festival de Carthage n’a surpris personne. Il n’y a pas que la personne de Majida Elroumi, son répertoire, sa voix, sa discipline, son art de communication, sa disponibilité et, que sais-je encore, sa robe et son maquillage entre autres.

Il y a aussi l’amour pour la Tunisie que lui voue la famille Elroumi, Majida s’y est produite pour la 1ère fois en 1980 et lui a chanté une sorte d’hymne intitulée «Asslama Tounes» où ce vocable identitaire de la Tunisie est utilisé pour la 1ère fois dans une chanson devenue désormais un tube promoteur du pays.

Mais il y a quelque chose de plus profond, à mon avis, un background savamment constitué. Héritage oblige.

Son père est Halim Elroumi qui avait donné à Nihad Haddad le célébrissime nom de Fairouz.

C’est, selon les versions, un Libanais, né en 1919 à Nazareth en Palestine, et/ou un Palestinien né à Tyr (Sour) au Sud Liban. Quoiqu’il en soit, il avait été ça et là, avec un bref interlude en Egypte.

Il avait été, tout au long de sa vie, musicien, compositeur, chanteur, chef d’orchestre, chef du service de musique à la Radio de Haifa puis à la Radio du Liban, fondateur et conservateur de la bibliothèque de la musique arabe. De passage au Caire, il avait été acteur mais surtout compositeur de la musique de plusieurs autres films.

Il a, lui aussi, sa petite histoire avec la Tunisie.

Il y était venu au moins une fois, en 1972, où il avait remporté le 1er prix de la composition des «mouwachahat» dans le cadre d’un festival organisé à cet effet, par le Groupement de la Musique Arabe.

Mais il avait offert à la Tunisie deux compositions musicales magistrales.

La plus récente date de 1980, celle qu’il avait conçue pour un poème de Salah Jawdat, intitulé «la Belle de Carthage» commençant par « au nom de tes yeux verts », gracieusement chantée par sa fille Majida lors de sa première production à Carthage la même année.

Mais la plus importante à mon avis est celle qu’il avait conçue pour le poème d’Aboul Kacem Chebbi «la volonté de la vie» qu’il avait sorti et chanté lui-même en avant-première le 28 aout 1961.  

Festivals: Toc – Toc – Toc, les bilans SVP

Pas comptables bien sûr, ils ne sont pas de notre ressort. Mais de ce qui en «est resté après avoir tout oublié».

On aurait aimé voir des conférences de presse de clôture même avec moins de faste que celles de l’ouverture, moins de personnes exhibitionnistes, moins de celles et ceux qui se débrouillent les badges leur ouvrant toutes les portes.

On aurait aimé qu’il y ait des rencontres pour évaluer, diagnostiquer, marquer les défaillances, faiblesses et autres lacunes mais aussi et surtout renforcer les points forts, les bons choix et autres succès. Mais qu’on y invite les journalistes, les vrais, les «pros» et qu’on ait la large et suffisante ouverture d’esprit pour les écouter.

Bien que ça tarde, on ne désespère pas.

C’est justement là que je «joins par une flèche» Halim Elroumi à un certain Cecil Hourani(*). Ce que je vais avancer n’est pas vérifié mais peut être  proche de la réalité. Je fais confiance à plusieurs personnes(**) pour confirmer ce raisonnement ou l’infirmer.

L’on sait que le Président Habib Bourguiba et ses collaborateurs au gouvernement, au parti et aux organisations nationales ont pensé à tout, lors de la construction du Nouvel Etat Indépendant. A la santé, au logement, à l’enseignement mais en même temps à la culture. Ils avaient leur programme certes mais ils se sont fait aider par des spécialistes. L’un d’eux n’était autre que Cecil Hourani, un Libanais, dont il avait fait son conseiller diplomatique et culturel de 1956 à 1967.

Pour situer ceux qui ne le savent pas aujourd’hui, Cecil Hourani(*) n’est autre que l’initiateur du Centre Culturel International de Hammamet-jadis Dar Sébastien- qui abrite depuis 60 ans le Festival International de Hammamet.

Hourani (1917_2020) est Libanais, né à Marjayoun (***مرجعيون ), situé à peine à 30 km – à vol d’oiseau- de Tyr (صور) où était né Halim Elroumi en 1919. 
Les deux hommes, de même âge, tous deux  hommes d’art et de culture, avaient travaillé dans les Radios de l’époque, ensemble ou séparément.

Se conformant au projet de l’Etat en construction de faire de la culture un levier d’éveil des esprits, de développement et de promotion, Hourani usa de tous les moyens pour honorer son contrat. Il le fit, à mon sens, à l’aide de Halim Elroumi qui, virtuose comme il était, eut l’ingénieuse idée de concevoir une musique « savante » pour le poème non moins «savant» de notre illustre poète Aboul Kacem Chebbi, «la volonté de la vie». Après l’avoir chanté lui-même, il l’offrit, au milieu de l’année 1963, à l’illustre cantatrice égyptienne Souad Mohamed qui en fit, nous dit-on, une hymne officielle arabe, scandée et reprise lors des sessions de la Ligue Arabe.

Mohamed Laroussi Bensalah
Journaliste
Consultant médias

(*) A l’initiative de M. M. Sakli, alors ministre de la Culture, Hourani était venu en Tunisie célébrer le 50ème anniversaire du Centre Culturel international de Hammamet.

(**) je pense particulièrement à nos amis Abdelaziz Kacem, Ridha Najar,  Mourad Sakli, à nos confrères Raouf Yaiche et Mustapha Attia.

(**) La Radio nationale, du temps où elle était notre fenêtre sur le monde, diffusait un programme hebdomadaire intitulé «Bcharré, Zahlé et Marjayoun».(بشرّي وزحلة ومرجعيون
 

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