Devant le grand portail de l’hôpital Mustapha Pacha à Alger-centre, en ce mercredi 26 février, un homme harangue les personnes entrant dans l’enceinte de l’établissement.

«C’est là qu’a été découverte la maladie chez cet Italien. Eloignez-vous des hôpitaux ! Inconscients !» vocifère-t-il à pleins poumons. L’information n’est qu’à moitié vraie, le ressortissant italien n’ayant pas été dépisté dans cet hôpital, mais cela suffit à donner le ton.

A l’intérieur pourtant, l’ambiance n’a rien d’inhabituel. L’hôpital vogue au rythme des allées et venues de ses très nombreux patients venant pour des bilans de santé, des consultations médicales ainsi que de ses manquements et de la bonne volonté du personnel médical qui y travaille.

Dans le service des urgences, le personnel, agents de sécurité et agents paramédicaux compris, porte des masques de protection.

Les quelques femmes présentes dans la salle d’attente portent un pan de leur foulard à leur nez en guise de protection. «Si ma belle-mère n’avait pas fait un grave malaise, nous donnant de grosses frayeurs, je ne serais pas venue.

Mieux vaut éviter les hôpitaux à cause de cette maladie», nous dit une dame, tenant sa belle-mère d’une main et portant son foulard près de son visage, de l’autre. Le service des urgences, d’ordinaire bondé, enregistre moins d’entrées ces dernières semaines.

«Cette baisse a été observée tout au long de ce mois de février. Cela a quelques points positifs : seuls les patients nécessitant vraiment des soins urgents prennent la peine de se déplacer à ce service. Cela nous permet de leur assurer une meilleure prise en charge et de réduire le temps d’attente», explique un infirmier.

Au centre de tri, les personnes présentant des symptômes grippaux sont redirigées vers l’hôpital d’El Kettar, spécialisé dans les maladies infectieuses.

Pour autant, les médecins travaillant au sein de l’établissement hospitalier ne cèdent pas à la panique. Ils disent ne pas avoir pris connaissance de mesures spécifiques liées à l’apparition d’un premier cas du virus en Algérie.

«Pour l’instant, rien n’a été communiqué à ce sujet», nous dit-on. Les masques utilisés ont été mis à disposition, révèle un médecin spécialiste, à l’occasion d’une importante campagne de prévention contre la grippe saisonnière menée récemment par le ministère de la Santé.

«Ce sont les masques que nous avons l’habitude de mettre en cas de grippe ou pour éviter d’être contaminés. Les mesures d’hygiène sont connues et nous mettons un point d’honneur à les respecter», explique le médecin.

L’inquiétude émane, à l’en croire, essentiellement des patients, surtout les plus vulnérables. «Nous faisons de notre mieux pour les rassurer. Il ne sert à rien de verser dans la psychose.» Dans les pharmacies alentours, les masques protecteurs ne sont pas disponibles.

Partout la réponse est invariablement la même : «Nous sommes dans l’attente d’un arrivage très bientôt.» Dans une pharmacie à la place du 1er Mai, tandis que nous interrogeons le vendeur, un client s’esclaffe : «Pouvez-vous imaginer une seule seconde les habitants d’Alger portant des ‘‘âajars’’ (les voilettes) pour se rendre au travail ?

Moi personnellement, je préfère m’exposer à la maladie plutôt qu’au ridicule.» S’il y a une inquiétude liée à l’absence de mesures concrètes contre la maladie et aux carences du système de santé, l’anxiété n’a pas gagné les citoyens algériens.

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Auteur: Anis Khecheba
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