Violoniste de talent, Marcel Botbol jonglait avec brio entre gharnati, chgouri, chaabi ou marsawi (Ph. Dr)
Le Maroc perd un de ses grands artistes dépositaires de l’héritage musical judéo-marocain. Marcel Botbol, est décédé des suites du Covid-19, le 1er avril, à l’hôpital Bichat, à Paris, où il était en réanimation depuis une semaine.
«Marcel Botbol était parti à Paris pour une fête familiale le 10 mars dernier et avait dû y rester à cause de la fermeture des frontières», a indiqué Maurice Elbaz, un proche du défunt. Violoniste de génie, jonglant avec brio entre gharnati, chgouri, chaabi ou marsawi, Marcel était issu d’une illustre famille de musiciens.
Son père, Jacob Botbol, dirigeait l’un des tout premiers orchestres nationaux, au lendemain de l’indépendance. Il est en outre le frère du célèbre chanteur Haim Botbol. Né en 1945 à Fès, l’artiste était établi à Tanger où il tenait un célèbre restaurant-cabaret, Chez Macello, lieu incontournable de la ville du Détroit, faisant revivre les heures de gloire de la musique judéo-marocaine.
Pour le réalisateur Kamal Hachkar, il s’agit de la perte d’un homme «chaleureux et un vrai patriote, il avait beaucoup aimé mon film Tinghir-Jérusalem, on s’est revu plusieurs fois, notamment dans son restaurant qui nous rappelait les cabarets d’antan avec une ambiance très années 50, surtout quand c’était lui qui reprenait le répertoire judéo-marocain qu’il maîtrisait comme personne».
Pour la musicologue et chercheuse à l’université de Cambridge, Vanessa Paloma, l’image de Marcel reste liée à son histoire avec le Maroc, pays de ses ancêtres. «Je suis arrivé à Tanger avec le programme Fulbright pour faire la recherche sur la musique séfarade en 2007. J’ai rencontré les frères Botbol et très tôt après mon arrivée j’ai fait un concert à la Légation Américaine à Tanger avec Marcel».
D’autres projets verront le jour entre Vanessa Paloma, qui interprète également les chants des femmes judéo-espagnoles du nord du Maroc et le musicien.
«Nous avons fait beaucoup de choses ensemble pour la communauté lors des fêtes de Hannouka, nous avons participé à un film italien tourné dans la synagogue Nahon à Tanger et un autre film «the Wandering Muse» sur la musique juive du monde entier, ainsi qu’un concert mémorable au Mégarama. Marcel était comme un grand frère, il y avait entre nous beaucoup de sympathie, beaucoup de musique…», confie Paloma.
Marcel Botbol a également fait une incursion dans le cinéma marocain avec un rôle taillé sur mesure pour lui par le réalisateur Jérôme Cohen-Olivar, dans le film «L’Orchestre de Minuit» (2005), dans lequel le chanteur défunt campe quasiment son propre personnage.
A. Bo.
Auteur: hlafriqi
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