(Photo : D.R.)Urgemment, des centaines de travailleurs de Cevital, rejoints par des représentants de la société civile, ont improvisé, dans l’après-midi d’hier, une marche dans les rues de Béjaïa pour exiger la libération de l’homme d’affaires Issad Rebrab, patron du groupe agroalimentaire, mis sous mandat de dépôt la veille par le tribunal de Sidi M’hamed.
La foule s’est rassemblée au complexe agroalimentaire, d’où a démarré la marche dans un climat de choc et d’inquiétudes.
La destination est symbolique : la cour de justice de la ville, pour dire les soupçons d’une instrumentalisation détestable. Des pancartes ont été confectionnées à la hâte avec des mots d’ordre urgents : «Libérez Issad Rebrab, créateur de richesses», «Non à un Etat de non-droit», «Nous sommes tous des Rebrab». «Nous ne sommes pas des salariés mais ses enfants», s’exprime, sur un écriteau, un travailleur de Cevital, sorti en combinaison de travail et avec casque antibruit.
Des travailleurs de Metal Structure, usine de fabrication de charpente métallique, basée à Bouira et appartenant au même groupe, ont participé à l’action. «Nous avons laissé l’usine presque à l’arrêt pour venir ici», nous dit l’un d’eux.
La foule a crié au cours de tout le trajet un slogan revendicatif qui assemble deux exigences dont celle qui dénonce implicitement une justice sélective et implique Saïd Bouteflika, le frère-conseiller du Président démis par la rue : «Libérez Rebrab, awit (arrêtez) Saïd».
Devant le siège de la cour, où ont lieu des prises de parole, une minute de silence a été observée à la mémoire des victimes de l’effondrement de l’immeuble de La Casbah. «Nous sommes des nationalistes», a crié dans le mégaphone Khaled Tazaghart, le député démissionnaire.
C’est à ce même endroit qu’il y a quelques jours, des juges ont brandi des banderoles, se sont rebellés contre leur tutelle et ont revendiqué l’indépendance de la justice. La revendication est rappelée autrement par les manifestants d’hier. «Celui qui a importé une machine est en prison, ceux qui ont importé de la cocaïne sont en liberté !» s’est-on exclamé sur une banderole.
Les manifestants ont continué leur marche jusqu’au siège de la wilaya où l’on a repris les prises de parole et adressé des messages et des mises en garde aux tenants du pouvoir. «Monsieur Gaïd Salah, messieurs les décideurs, Issad Rebrab est notre fierté», lance Mourad Bouzidi, porte-parole de la coordination nationale de soutien aux travailleurs de Cevital et aux investissements économiques.
Née pour revendiquer la libération des projets toujours bloqués de Cevital, dont celui de l’usine de trituration de graines oléagineuses à Béjaïa, la coordination se voit ainsi poussée à exiger la libération du PDG de Cevital. La coordination s’apprête à reprendre son programme de protestation qu’elle avait mis en veilleuse depuis le déclenchement du mouvement populaire et l’appliquer pour la nouvelle urgence.
On compte reconvoquer les mêmes actions de rue. Mourad Bouzidi en appelle à la solidarité des leaders et des militants politiques et associatifs pour faire jonction autour de la même revendication de la libération d’Issad Rebrab. «C’est un homme de 75 ans, attention à ce qui pourrait lui arriver.
Si nous nous taisons aujourd’hui sur ce qui se passe avec Rebrab, c’est que nous sommes consentants et complices», alerte-t-il. «L’Etat veut nous imposer des fixations pour qu’on oublie l’essentiel.
Nous voulons le départ de tout l’alphabet du système», déclare Khaled Tazaghat devant le siège de la wilaya. «Nous avons le droit de défendre les hommes de notre pays.
Ils n’ont pas honte de toucher à un homme comme Rebrab qui est respecté partout ailleurs ?» s’exclame, outré, l’ex-député qui considère l’homme d’affaires comme un «héros national» pour, explique-t-il, sa contribution conséquente à l’économie nationale.
«Il sera libéré comme l’a été Nelson Mandela», ajoute-t-il, proposant de manifester pour cela tous les jours de la semaine. «Ce n’est pas une affaire des fonctionnaires de Cevital ou des Kabyles, c’est une affaire de dignité humaine», s’écrie Khaled Tazaghart.
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Auteur: Hicham Chouadria
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