Mer Noire : les attaques russes contre le corridor ukrainien menacent la sécurité alimentaire mondialeMer Noire : les attaques russes contre le corridor ukrainien menacent la sécurité alimentaire mondiale

La multiplication des frappes russes contre les ports ukrainiens et les navires marchands en mer Noire ne constitue plus seulement un épisode de la guerre menée contre l’Ukraine. Elle représente désormais une menace directe pour la navigation civile, le commerce international et l’approvisionnement alimentaire de dizaines de pays, notamment en Afrique et au Moyen-Orient.

Kyiv dénonce une escalade alarmante des attaques visant les infrastructures portuaires en Ukraine, les équipages et les bâtiments commerciaux. Les chiffres communiqués témoignent d’une offensive de plus en plus systématique contre l’une des principales voies d’exportation des céréales ukrainiennes.

« La Russie transforme la mer Noire en instrument de chantage en frappant des navires civils, des infrastructures portuaires et des routes maritimes qui assurent l’approvisionnement alimentaire de dizaines de pays à travers le monde. Ces attaques constituent une menace non seulement pour l’Ukraine, mais aussi pour la liberté de navigation, le commerce international et la sécurité alimentaire mondiale. Nous appelons nos partenaires internationaux à engager des actions communes et résolues afin de contraindre la Russie à mettre fin aux attaques contre la navigation civile et à garantir le fonctionnement sécurisé du corridor maritime ukrainien. », 

Volodymyr KHOMANETS Ambassadeur d’Ukraine auprès de la République tunisienne et de l’État de Libye en accréditation conjointe

Près de 50 navires marchands attaqués en deux mois

Selon les autorités ukrainiennes, 17 navires marchands ont été attaqués au cours du mois de juin. Depuis le début du mois de juillet, 31 autres bâtiments auraient déjà été visés, portant à près de 50 le nombre de cargos touchés en moins de deux mois.

Ces attaques auraient provoqué la mort de plus de 30 personnes.

Au cours des derniers jours seulement, les frappes russes auraient endommagé 13 installations portuaires et un navire civil, tout en blessant un civil. Quelques jours auparavant, un missile russe avait frappé un vraquier transportant des céréales, tuant dix marins.

Depuis le début de l’invasion russe à grande échelle, 1 054 installations portuaires ukrainiennes auraient été endommagées ou partiellement détruites. Au total, 232 navires civils auraient également été touchés et 307 personnes tuées ou blessées dans des attaques liées aux activités maritimes et portuaires.

Ces données, communiquées par Kyiv, illustrent une évolution préoccupante du conflit. La Russie ne se contente plus de frapper les capacités militaires ou énergétiques ukrainiennes. Elle s’attaque à des navires battant pavillon étranger, à leurs équipages et aux infrastructures permettant d’acheminer des produits agricoles vers les marchés mondiaux.

Des marins de plusieurs nationalités parmi les victimes

En moins de deux semaines, plus de vingt navires ukrainiens ou étrangers auraient été endommagés. Les bâtiments concernés battaient notamment pavillon de Saint-Kitts-et-Nevis, du Togo, du Liberia, des Îles Marshall, des Palaos, de Tanzanie, de Sierra Leone, de Guinée-Bissau et d’Ukraine.

Le 13 juillet, le navire AIDA, battant pavillon togolais et transportant 9 400 tonnes d’engrais, a été attaqué dans le port ukrainien de Pivdennyi. Le capitaine, le chef mécanicien et le second capitaine ont été tués. Cinq autres membres de l’équipage ont été blessés.

Le lendemain, le capitaine de l’ATLAS BEY, sous pavillon tanzanien, a été tué et trois marins blessés. Une autre frappe contre l’AROSA, enregistré aux Îles Marshall, a coûté la vie à un troisième officier philippin et à un membre ukrainien de l’équipage.

D’autres victimes ont été signalées à bord des navires ANNA-SOPHIA, STAR VENTURE et MARIKA, battant notamment pavillon libérien.

L’un des incidents les plus graves s’est produit le 19 juillet. Trois missiles de croisière russes auraient frappé le vraquier GOLDEN LEO, battant pavillon de Guinée-Bissau et appartenant à une société turque.

Le bâtiment transportait une cargaison commerciale de maïs et quittait la zone portuaire d’Odessa. Dix marins ont été tués et huit autres évacués vers un hôpital de la ville. Des unités de la marine ukrainienne et des services de recherche et de sauvetage en mer ont été mobilisées pour leur porter assistance.

Ces victimes n’étaient pas des combattants. Elles travaillaient à bord de navires civils transportant du maïs, des céréales, des engrais et d’autres marchandises destinées aux marchés internationaux.

Le corridor ukrainien, une route vitale pour 55 pays

Le corridor maritime ukrainien a été mis en place en septembre 2023 afin de maintenir une voie de navigation civile en mer Noire après le retrait de la Russie de l’accord international sur les céréales.

Depuis son lancement, il a permis le transport de 208,9 millions de tonnes de marchandises, dont 123,8 millions de tonnes de céréales, à travers les ports du Grand Odessa.

Au total, 8 203 navires auraient emprunté cette route maritime.

Depuis le début de l’année 2026, les ports ukrainiens ont traité 45,4 millions de tonnes de marchandises. Les ports du Grand Odessa en ont assuré 41,7 millions de tonnes, contre 3,7 millions de tonnes pour les ports situés sur le Danube.

Les ports d’Odessa, de Pivdennyi et de Tchornomorsk assurent aujourd’hui environ 90 % des exportations agricoles ukrainiennes. Les produits qui y transitent sont destinés à plus de 55 pays dans le monde.

La protection de ces infrastructures ne relève donc pas uniquement de la souveraineté ukrainienne. Elle concerne directement les pays importateurs de blé, de maïs, d’huile végétale et d’autres produits agricoles essentiels.

Une pression directe sur les pays importateurs

En ciblant les ports, les silos, les installations logistiques et les navires commerciaux, Moscou cherche, selon Kyiv, à perturber durablement le fonctionnement du corridor maritime ukrainien.

Le choix des cibles laisse peu de place au doute sur l’objectif poursuivi : rendre les exportations plus dangereuses, augmenter les coûts d’assurance et de transport, décourager les armateurs et réduire les volumes de produits agricoles disponibles sur les marchés internationaux.

Les conséquences peuvent être particulièrement lourdes pour les pays qui dépendent des importations de céréales. Une baisse de l’offre ukrainienne risque d’alimenter la hausse des prix mondiaux, d’aggraver les tensions budgétaires des États importateurs et d’accentuer l’insécurité alimentaire des populations les plus vulnérables.

L’Afrique du Nord, le Moyen-Orient et plusieurs pays d’Afrique subsaharienne sont directement concernés. Pour des économies déjà confrontées aux effets de la sécheresse, de l’endettement et de l’inflation alimentaire, toute nouvelle perturbation des approvisionnements constitue un risque supplémentaire.

La Tunisie, elle-même importatrice de céréales, ne peut considérer les attaques en mer Noire comme un événement lointain. La sécurité des routes maritimes ukrainiennes influence les prix internationaux, la disponibilité des cargaisons et les conditions dans lesquelles les pays importateurs peuvent sécuriser leurs achats.

Une attaque contre le commerce mondial

Les frappes russes ne visent pas uniquement l’Ukraine ou les navires directement touchés. Elles portent atteinte aux chaînes mondiales d’approvisionnement, au droit de la navigation civile et à la sécurité alimentaire internationale.

Kyiv appelle ses partenaires à adopter des mesures communes et fermes afin de contraindre la Russie à cesser ses attaques contre les navires civils et les infrastructures portuaires.

Les autorités ukrainiennes interpellent également les pays destinataires de leurs cargaisons, en particulier ceux qui dépendent des céréales ukrainiennes. Elles les invitent à condamner clairement les tentatives de destruction du corridor et à défendre la continuité de ces approvisionnements essentiels.

Cette demande est légitime. La liberté de navigation et la sécurité des équipages civils ne peuvent être traitées comme des enjeux secondaires de la guerre.

En frappant des cargos internationaux chargés de céréales et d’engrais, la Russie ne fait pas seulement pression sur l’économie ukrainienne. Elle utilise l’alimentation mondiale comme un levier de guerre et expose des populations situées à des milliers de kilomètres du front à une nouvelle hausse des prix et au risque de pénuries.

La communauté internationale ne peut se contenter de constater cette escalade. La protection du corridor maritime ukrainien est devenue un enjeu collectif. Défendre cette route, c’est protéger les marins, la liberté du commerce et le droit de millions de personnes à accéder à une alimentation disponible et abordable.

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Auteur: Jihen
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