C’est à un événement presque inaperçu pour l’Algérien lambda, mais o combien intéressant pour les amateurs initiés, que vient de nous convier, cette semaine, l’établissement Arts et Culture d’Alger, et ce à travers une fort belle exposition des œuvres de l’artiste plasticienne Meriem Kazouit, à la Galerie Aïcha-Haddad.
Meriem Kazouit semble donc avoir planché -dans ses travaux- sur la thématique de la couleur irradiante, de la touche fine et foisonnante, de la ligne impulsée, de la trace imprégnée. A première vue, ses toiles donnent à penser qu’elles concernent à priori les couleurs, lesquelles semblent relever plus du «concept» que de la pratique empirique proprement dite.
Ainsi, les portraits réalisés par l’artiste, fort manifestes, ne sont, en effet, pas disposés comme une esquisse préalable, comme un cadre destiné à être rempli par les couleurs ; mais constituent plutôt, par leurs agencements, une sorte de matrice d’où jaillissent non plus des formes toutes faites, mais des formations disposées en écho, par leur superpositions, et leurs décalages, selon des lignes de force qui le plus souvent se recroisent.
Ici on devine que l’assortiment des couleurs est un impératif qui n’admet pas la distraction ou la dispersion, où l’accidentel ne trouve pas sa place.
L’artiste semble avoir voulu fixer sur la toile la réalité de ses visions, les accords ancestraux et viscéraux d’une vie -perdue et retrouvée ?- un instant sur les vagues de la mémoire picturale.
Un travail résolument moderne
Désormais, la matière se transforme d’un coup de pinceau à l’autre, la touche cerne de plus en plus le(s) sujet(s). Il y a comme une réduction de synthèse, notamment du paysage pastoral. La perspective, qui semble innée chez la plasticienne, s’obtient par une pose toute différente de la matière. C’est pourquoi les scènes intérieures et les paysages de campagne ne peuvent qu’offrir à l’œil des formes précises, parce-que très peu en mouvement ; pour tout dire comme des «diapositives» éculées. Toujours à forte tendance figurative et très peu abstrait dans ses traductions picturales, le travail de Meriem Kazouit se veut résolument moderne.
Et si, comme déjà dit précédemment en d’autres circonstances, «la peinture est avant tout un système de signes qui renvoie à la psychologie de l’époque qui l’a produite», alors, l’artiste, ici, prouve qu’elle est bien de son Temps. En fait, de notre temps. La configuration de l’œuvre globale revêt alors l’aspect anonyme d’une série de toiles à destinations multiples, un peu comme des explications qu’on ne peut emporter avec soi. Ce qui nous amène tout naturellement à envisager la beauté, telle qu’appréhendée par l’artiste, non comme une notion conventionnelle, mais multiple, baroque et infiniment variée. Ici la beauté semble être l’objet d’une invention perpétuelle, d’une poursuite sans fin mais qui semble essentielle. Exposition à visiter avant le 04 juillet 2019, à la galerie Aicha Haddad, rue Didouche Mourad, Alger.
Kamel Bouslama
Auteur: elmoudjahid
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