Appelle Ferid Belhaj, vice-président pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord à la Banque Mondiale

Le Temps-Yosr GUERFEL AKKARI

Résultante d’une crise économique et politique qui ne fait que s’embraser, la colère sociale prend de plus en plus du terrain menaçant le processus démocratique et toute chance de sortie de crise. Chômage, pauvreté, crise sanitaire et tiraillements politiques sont autant de facteurs qui sonnent le glas des espoirs révolutionnaires. Comment le gouvernement Mechichi, avec ses onze membres qui font leur entrée sur le terrain gouvernemental, va-t-il agir pour faire face à la récession économique et surtout à la Cocotte-Minute sociale qui est prête à exploser ? La reconstruction passera-t-elle par un nouveau contrat social ?

Tout le monde appelle au dialogue pour sauver les meubles. Mais de quel dialogue parle-t-on face à une classe politique divisée et une élite qui fait la sourde oreille ? Avec 260.000 chômeurs en plus, une récession de 9%, une mission quasi-impossible de mobiliser les 14 milliards de dinars de dettes extérieures pour boucler le budget 2021 sans parler du casse-tête des vaccins anti-covid et la date de leur disponibilité prévue sur le marché…, il y a de quoi avoir les frissons et s’inquiéter sur les perspectives à courts termes de l’économie nationale.

Selon le rapport annuel de suivi de la situation économique en Tunisie, la Banque Mondiale face au retard observé dans l’engagement des réformes profondes, en a déduit que la Tunisie s’est trouvée peu préparée pour faire face à un choc violent comme celui provoqué par la COVID-19. « Le ralentissement de la croissance et un secteur privé peu dynamique ont contribué à la persistance d’un niveau élevé de chômage », souligne le rapport. 

Les réformes et rien que les réformes pour faire sortir l’économie du gouffre et éteindre les braises sociales.  

Ferid Belhaj, vice-président pour la région Moyen-Orient et Afrique du Nord à la Banque Mondiale a récemment écrit dans un article intitulé : « Dix ans après le « printemps arabe », éviter une autre décennie perdue » : « Le mécontentement qui avait, voilà dix ans, provoqué les mouvements populaires est peut-être encore plus grand aujourd’hui. Les jeunes de la région se heurtent toujours à un horizon bouché et à un manque d’opportunités. Pour éviter de perdre la prochaine décennie, les gouvernements de la région se doivent de conclure un nouveau contrat social, en remplacement du contrat social actuel dont les termes sont devenus caducs. Ils doivent repenser le rôle de l’État dans l’économie, qui fausse les règles du jeu économique et instille la corruption ».     

Dans sa tribune, le vice-président pour la région MENA à la BM appelle les gouvernements à avoir le courage politique et la légitimité d’expliquer ces réformes, de les mener à bien et de mettre en place les filets sociaux nécessaires afin de protéger les laissés pour compte.  

 

Repenser les politiques 

de protection sociale ; revoir 

le rôle de l’Etat dans l’économie 

Et d’ajouter : « Il existe bien sûr des voies vers une sortie de crise et un avenir meilleur. Mais rien ne saurait être accompli sans un changement radical de trajectoire en termes de politiques publiques et de réformes, afin d’éviter de perdre une autre décennie ».

Parmi ces réformes l’expert de la BM appelle à conclure un nouveau contrat social, repenser les politiques de protection sociale, de revoir le rôle de l’Etat dans l’économie tout en privilégiant les partenariats publics/ privés et en ouvrant la voie à l’initiative privée et à l’esprit créatif des jeunes.

« Depuis des années, les gouvernements ont fait prévaloir les solutions politiquement faciles mais économiquement désastreuses d’un contrat social à travers lequel les produits et services de base seraient « protégés », sans ciblage des besoins, de manière à acheter les allégeances politiques et la « paix sociale ». 

Toutefois pour revitaliser le secteur privé et promouvoir les investissements, « l’État doit mettre en place des règles claires, prévisibles et stables, introduire le concept de contestabilité des marchés et de compétition transparente de manière à prévenir les situations de monopole et donner au pouvoir judiciaire les moyens de faire respecter la loi et d’appliquer les jugements », estime M.Ferid Belhaj.

Le nouveau gouvernement Mechichi parviendra-t-il à faire marcher le train de la réforme, paralysé depuis plus d’une décennie. Ira-t-il au bout des objectifs escomptés avec une ceinture parlementaire plus ou moins serrée ? De toutes les façons, il n’a pas beaucoup de choix : réformer et/ou réformer 

 

YGA

 

Auteur: letemps1
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