
On reproche à l’Ordre des médecins de ne pas réagir suite au décès de Kameleddine Fekhar qui était aussi médecin. Mais l’Ordre était aussi silencieux quant aux cas de dégradation de l’état de santé de plusieurs prisonniers, notamment dans le cadre du mouvement populaire. Mohamed Bekkat Berkani a sa version.
Beaucoup se posent des questions sur le «silence» du conseil de l’Ordre des médecins à propos de l’affaire Fekhar. Un commentaire ?
Je tiens tout d’abord à m’incliner devant la mémoire de notre confrère, mort dans des circonstances pénibles, à savoir d’une grève de la faim. Ce genre de situation est inacceptable dans notre pays. D’abord, de façon plus générale, les détentions pour délit d’opinion, sont une des raisons de la demande pour la démocratisation de la vie et de la liberté d’expression. Ensuite, concernant sa situation avant son incarcération (il a écopé de deux peines de prison), il faut savoir que le conseil de l’Ordre régional des médecins de Ghardaïa s’est, a plusieurs reprises, enquis de sa situation professionnelle.
Le docteur Fekhar a été «chassé» du secteur public, mais le président du conseil de l’Ordre des médecins de l’époque lui avait donné la possibilité de s’installer a titre privé. Cependant, cette autorisation a été refusée par les autorités locales de la région de Ghardaïa, dont le wali.
Ce que je peux me permettre de dire, en dehors des conclusions de l’enquête qui aura probablement des suites judiciaires, c’est qu’en tant que conseil de l’Ordre des médecins, nous sommes compétents sur le plan professionnel par rapport aux réactions des personnes qui l’ont examiné et hospitalisé. Cependant, s’il y a eu un quelconque défaut dans la prise en charge, nous prendrons les sanctions prévues par la loi vis-à-vis de ces médecins, qu’ils soient de l’institution pénitentiaire ou du secteur public.
Quel est le traitement dont doit bénéficier un gréviste de la faim ?
Il faut considérer que lors d’une grève de la faim, il y a l’obligation de respecter la Convention de Malte de 1991, mais aussi les recommandations du ministère de la Justice qui sont publiées a destination des médecins de l’institution pénitentiaire qui recommandent un certains nombre de gestes afin de préserver la vie de la personne qui refuse de s’alimenter, à savoir une visite et la prise de poids biquotidienne. Par ailleurs, sur le plan administratif, la personne qui a décidé de son propre gré d’entamer une grève de la faim doit signer un document où elle déclare que c’est volontairement qu’elle s’engage à s’abstenir de manger.
Selon vous, où est la faille dans le dossier Fekhar ?
Le docteur Fekhar a pris une position politique. C’est un militant qui a été condamné par les tribunaux algériens pour les peines qu’on connaît. Le réel problème n’est pas dans les décisions de justice – que d’ailleurs, on ne commente pas – ni dans les raisons qui ont amené à cette décision de justice étant donné qu’il existe plusieurs voix de recours.
Cependant, il faut se pencher sur les conditions de la détention. Si celles ci ont amené le décès du docteur Fekhar, sans qu’il y ait une prise en charge correcte, cela constitue une problématique qui doit être sanctionnée. Ainsi, tous les précautions citées dans la réponse précédente mais également tous les événements qui ont conduit à son décès sont actuellement sous le coup d’une enquête judiciaire.
Il est à noter que le conseil national de l’Ordre des médecins de la région de Ghardaïa et son président, le docteur Gasseb Mustapha, médecin légiste de profession mais aussi expert judiciaire auprès des tribunaux, suivent de très près l’affaire, avec notre conseiller juridique localement désigné à Ghardaïa pour pouvoir accéder au dossier.
Sur le plan réglementaire, quelle doit être la prise en charge d’un prisonnier malade ?
Il faut savoir qu’il y a des médecins qui s’occupent de l’institution pénitentiaire. Ils sont soit détachés du secteur public, soit carrément recrutés par le ministère de la Justice. Ils ont le devoir – et cela nous l’avons affirmé sur le plan déontologique a plusieurs reprises lors de séminaires que nous avons tenus à Alger et dans plusieurs centres pénitentiaires d’Algérie avec le concours du comité international de la croix rouge (CICR) – de donner toute la latitude aux médecins pour s’exprimer, parfois même contre l’administration. C’est-à-dire que lorsqu’il y a un détenu malade, il y a des mécanismes pour le faire admettre dans les infirmeries, si elles sont suffisantes, des centres pénitentiaires, ou alors dans les quartiers prévus pour ça, dans les hôpitaux publics.
Par conséquent, le médecin doit jouer son rôle en dehors de toute pression,et obéir au code de déontologie qui est clair : obéir à sa conscience. Maintenant, si la responsabilité de l’administration est engagée pour les transferts que ce soit en infirmerie ou dans les hôpitaux publics, le médecin doit retirer sa responsabilité dans ce cas et dire ce qu’il en est. Et les enquête doivent se faire sur le terrain en cas d’incident regrettable, tel que celui-là.
Le médecin traitant d’un prisonnier a-t-il le droit de l’ausculter à l’intérieur de la prison ?
Un détenu est pris en charge, sur le plan de l’hébergement, la nourriture mais également pour la santé, par l’Etat durant sa peine. Tous les centres pénitentiaires ont des infirmeries ou il y a des infirmiers mais aussi des médecins qui sont spécialement conventionnés. Un médecin ne peut pas venir de l’extérieur afin d’apporter des soins à son patient en détention, dans un espace administré par l’Etat et le ministère de la Justice. Ceci n’est pas réglementaire et donc pas pas légal.
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Auteur: Hicham Chouadria
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