À l’occasion de la deuxième édition de Franchise Exhibition Morocco 2026, Mohamed El Fane, président de la Fédération marocaine de la franchise, revient sur les enseignements de la première édition, les ambitions de ce rendez-vous désormais structurant et les perspectives de développement d’un modèle appelé à transformer en profondeur le tissu économique national. Entre montée en puissance du salon, structuration du marché et émergence de nouveaux formats comme la micro-franchise, il décrypte les enjeux et les leviers d’un secteur en pleine mutation.
Challenge : Après une première édition réussie, quels enseignements majeurs avez-vous tirés de 2025 et en quoi ont-ils influencé la conception de cette deuxième édition ?
Mohamed El Fane : La première édition a confirmé une chose essentielle : il existe au Maroc une attente forte autour de la franchise, aussi bien du côté des investisseurs que des porteurs de concepts. Nous avons constaté un véritable intérêt pour des modèles structurés, duplicables et sécurisés. En même temps, nous avons identifié un besoin important de pédagogie autour du modèle de la franchise, encore mal compris par une grande partie des entrepreneurs.
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Cette deuxième édition a donc été pensée avec une ambition claire : monter en puissance en termes de volume et de qualité, renforcer la dimension internationale et accélérer la diffusion de la culture de la franchise au Maroc. Nous passons ainsi à une nouvelle échelle, avec plus d’exposants, plus de contenus, et surtout une volonté affirmée de positionner le salon comme un véritable catalyseur de transformation économique.
Challenge : Avec plus de 120 exposants attendus et un objectif de 20 000 visiteurs, cette édition marque un changement d’échelle. Le Maroc est-il en train de franchir un cap dans la structuration de son marché de la franchise ?
M.E.F : Oui, clairement. Et même plus que cela : on peut dire que le Maroc a déjà amorcé ce cap depuis une vingtaine d’années. Avec plus de 120 exposants attendus, dont plus de 30 % de nouvelles marques, à la fois internationales et marocaines, cette édition 2026 marque un véritable changement d’échelle.
Mais cette évolution s’inscrit dans une dynamique déjà engagée. Depuis deux décennies, le développement des centres commerciaux et des nouveaux pôles urbains a progressivement imposé des standards où les marques structurées, souvent en franchise, sont devenues la norme.
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Aujourd’hui, Franchise Exhibition Morocco vient accélérer cette transformation. L’objectif est double : inciter les entrepreneurs marocains à concevoir leurs concepts directement en mode franchise et encourager les commerces traditionnels à évoluer vers des modèles organisés et intégrés.
Il faut rappeler que le Maroc compte plus de 800 000 acteurs dans le commerce et les services, dont une grande majorité opère encore de manière indépendante. L’enjeu est donc majeur : transformer progressivement ce tissu en un écosystème de marques structurées, capables de se développer à grande échelle, au Maroc et à l’international.
Challenge : Vous affirmez que la franchise constitue un levier stratégique pour l’économie marocaine. Quels sont aujourd’hui les secteurs les plus porteurs et les modèles qui fonctionnent réellement sur le terrain ?
M.E.F : La franchise est aujourd’hui le modèle le plus fiable pour structurer et organiser durablement le commerce et les services. Plusieurs secteurs se distinguent clairement : la restauration, le prêt-à-porter, le bien-être et la beauté, l’hôtellerie, le sport et le fitness – en forte croissance ces prochaines années – le healthcare en tant que secteur d’avenir, ainsi que les services, notamment financiers, de mobilité et du quotidien.
Mais au-delà de ces secteurs, un potentiel considérable émerge autour de la micro-franchise. Il s’agit de concepts mono-produit ou mono-expérience, accessibles avec des investissements compris entre 100 000 et 300 000 dirhams.
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Ces modèles concernent notamment des concepts de restauration ciblés, comme les offres autour d’un produit unique, des commerces de proximité tels que la droguerie ou la cordonnerie, ainsi que des services de quartier comme les agences de voyage ou la coiffure.
On observe déjà des exemples très inspirants, comme certains concepts de coffee shops nouvelle génération, à l’instar de Dahab, qui reposent sur la simplicité, la standardisation et une identité forte. La micro-franchise représente un levier majeur, car elle permet de démocratiser l’accès à l’entrepreneuriat, de structurer des métiers traditionnels et de créer rapidement des réseaux duplicables.
C’est un outil extrêmement puissant pour transformer le tissu économique marocain en profondeur.
Challenge : Le choix des Émirats arabes unis comme pays invité d’honneur traduit une volonté d’ouverture internationale. Concrètement, quelles retombées attendez-vous ?
M.E.F : Le choix des Émirats arabes unis est stratégique.
Après les États-Unis en 2025, berceau mondial de la franchise, il était important de se rapprocher d’un modèle plus proche culturellement. Les Émirats représentent aujourd’hui le premier modèle de franchise dans le monde arabe, un marché où plus de 80 % des commerces sont liés à des marques, ainsi qu’un écosystème qui a réussi à faire émerger des marques locales à succès international.
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Ce partenariat vise à créer des opportunités d’investissement et de développement de marques, à favoriser le transfert de savoir-faire et à construire des ponts entre le Moyen-Orient, le Maroc et l’Afrique.
Notre ambition est claire : positionner le Maroc comme hub régional de la franchise pour l’Afrique.
Challenge : Au-delà de l’événement, quels sont aujourd’hui les principaux freins au développement de la franchise au Maroc ?
M.E.F : Plusieurs freins structurels subsistent. Le manque d’expertise spécialisée constitue un premier obstacle, avec encore peu de cabinets et de consultants maîtrisant réellement la franchise.
L’accès au financement reste également limité, faute de mécanismes dédiés pour accompagner ce modèle. L’absence d’un cadre réglementaire spécifique constitue un autre frein, alors qu’un cadre clair permettrait de sécuriser les relations entre les acteurs.
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Les ressources humaines représentent aussi un enjeu majeur, avec un déficit important, notamment sur les profils opérationnels et le middle management. Enfin, le manque d’ancrage éducatif demeure un point clé : la culture de la franchise n’étant pas encore intégrée dans les parcours de formation, contrairement à d’autres pays.
Challenge : Quelles actions la Fédération marocaine de la franchise mène-t-elle pour y répondre ?
M.E.F : La Fédération agit sur plusieurs axes. Elle œuvre à la structuration de l’écosystème à travers des événements comme Franchise Exhibition Morocco, mène un plaidoyer pour un cadre juridique adapté, promeut des solutions de financement dédiées et renforce la formation ainsi que la sensibilisation des entrepreneurs.
Elle travaille également sur l’intégration de la culture de la franchise dans les parcours éducatifs.
Notre objectif est clair : faire de la franchise un moteur structurant de l’économie marocaine, capable de créer de l’emploi, de la valeur et des champions nationaux, et de positionner le Maroc comme un hub de la franchise en Afrique.
Auteur: Wafaa Mellouk
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