Le président du Rassemblement pour la culture et la démocratie (RCD), Mohcine Belabbas, charge violemment le chef d’état-major de l’ANP, Ahmed Gaïd Salah. L’appel lancé par ce dernier à l’application de l’article 102 de la Constitution comme solution à la crise actuelle est considéré par le leader du RCD d’«intrusion dans la sphère politique».

«C’est un dérapage grave et un appel à la mutinerie», lance-t-il, lors d’une conférence de presse animée hier à Alger. Une conférence convoquée essentiellement pour rendre publiques les propositions du parti en vue d’aller vers «une transition de rupture». Pour Mohcine Belabbas, le premier responsable de l’ANP s’est rendu «coupable d’usurpation de fonction». «Ahmed Gaïd Salah a transformé l’armée en un parti politique.

De quel droit s’est-il ingéré dans ce genre de questions ? Il n’appartient pas à un chef d’état-major de faire ce genre de déclaration», affirme-t-il. Selon lui, la déclaration de Gaïd Salah «a envenimé la situation».

«Ce général de corps n’est pas le chef suprême des armées. Il n’a pas cette qualité. Donc, il y a usurpation de fonction. Il n’a pas le droit de faire ce genre de déclaration», soutient-il, précisant que si nous étions dans un Etat démocratique, le chef d’état-major serait limogé sur-le-champ. «Dans un Etat démocratique normal, le chef de l’état-major devrait être destitué rapidement, parce que c’est un grave dérapage. Il a outrepassé ses prérogatives», fulmine-t-il.

«Appliquer l’article 7 de la Constitution»

Rappelant que le RCD était le premier à appeler à l’application de l’article 88 de la Constitution (actuel article 102) en décembre 2012, Mohcine Belabbas estime que cette disposition «est dépassée par les événements». «On aurait dû activer cet article il y a des années, car le Président était malade et n’assumait pas ses fonctions. L’appel à l’application de l’article 102 vise à sauver le système au détriment de l’Algérie», martèle-t-il.

Et d’ajouter : «Aujourd’hui, le peuple a dit son mot. C’est l’article 7 qu’il faut appliquer pour restituer le pouvoir au peuple.» Selon lui, depuis le 22 février dernier, «il n’y a plus ni opposition ni partis d’alliance». «Le vrai pouvoir c’est le peuple. Il y a ceux qui sont avec le système et contre le peuple et ceux qui sont avec le peuple et pour le départ du système», déclare-t-il, avant de procéder à la présentation de la feuille de route du RCD pour enclencher «la transition de rupture».

Cette démarche commence, dit-il, par la satisfaction de certains préalables : «Démission du chef de l’Etat qui doit, avant de partir, renvoyer son gouvernement et procéder à la dissolution des deux Chambres du Parlement et du Conseil constitutionnel.»

Après cette étape, le RCD propose «l’élection d’une Haute instance de transition qui sera constituée de trois personnes issues exclusivement de la société civile (corps de la magistrature,  enseignement supérieur et syndicats autonomes)». «L’âge des candidats devra être de moins de 60 ans à la date de l’élection», explique Mohcine Belabbas.

Cette haute instance devra nommer «un gouvernement de salut national parmi les compétences nationales». «Toute personne ayant une attache partisane doit être exclue. Les partis politiques peuvent seulement être consultés», souligne-t-il.

«Zeroual a une responsabilité dans la situation actuelle»

Interrogé sur la proposition faite par certains de confier «la gestion de la transition à l’ancien président Liamine Zeroual», l’orateur estime que ce dernier a «une grande responsabilité dans la situation actuelle». «Il a violé la Constitution et organisé la fraude électorale qui a permis à Bouteflika de prendre le pouvoir. Sa démission est une forme de désertion», explique-t-il.

Précisant que la période de transition devra durer six mois, le RCD propose aussi la mise en place du comité de la nouvelle Constitution, qui devra finaliser son travail avant le début du mois de juin pour soumettre le nouveau texte ainsi que la nouvelle loi électorale à un référendum populaire. «La nouvelle Constitution devra définir avec précision les missions de l’armée et dissoudre définitivement le DRS», ajoute-t-il.

Afin de permettre une transition en douce et un retour à la souveraineté populaire avec l’élection d’un nouveau Président avant la fin du mois d’octobre 2019, le RCD suggère des mesures d’apaisement sur le plan économique et social.          

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Auteur: Hicham Chouadria
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