Déjà à Ngaoundéré pour le lancement du budget les 13 et 14 janvier 2026, Louis Paul Motaze, ministre des Finances va réitérer les grandes orientations de ce budget de 8 816,4 milliards de Fcfa qui s’inscrit dans une logique de discipline budgétaire et de respect des critères de convergence de la Cemac, notamment en matière de ratio d’endettement public.
À travers une combinaison de croissance maîtrisée, de déficit contenu et de contrôle strict des dépenses, les autorités camerounaises entendent maintenir la dette publique en dessous du seuil stratégique de 50 % du PIB, bien loin du plafond communautaire de 70 % du PIB.
Avec une hausse de 14 % par rapport à 2025, le budget 2026 repose sur une architecture équilibrée : 8 683,9 milliards de Fcfa pour le budget général et 132,5 milliards de Fcfa pour les comptes d’affectation spéciale. Les recettes internes sont projetées à 5 887,0 milliards de Fcfa, tandis que les dépenses de l’État, hors principal de la dette, s’élèvent à 6 210,5 milliards de Fcfa. Le déficit budgétaire est estimé à 1,7 % du PIB, contre 0,8 % en 2025, un niveau jugé compatible avec les exigences de convergence de la Cemac et les besoins d’investissement liés à la mise en œuvre de la SND30.
Dette sous contrôle malgré un contexte contraignant

Selon les données de la Caisse Autonome d’Amortissement (CAA) et les rapports de 2025, la dette publique camerounaise reste dominée par la dette extérieure, tout en enregistrant une progression de la dette intérieure.À fin septembre 2025, la dette extérieure de l’administration centrale est estimée à environ 8 568 milliards de Fcfa (près de 15,4 milliards USD), tandis que la dette intérieure, hors dettes flottantes, atteint 4 246 milliards de Fcfa.La dette publique totale oscille ainsi entre 44 et 45 % du PIB en 2025, un niveau jugé inférieur au seuil de 50 % retenu par la stratégie nationale d’endettement et en deçà du plafond de 70 % du PIB fixé par la Cemac.
Croissance et inflation : des hypothèses prudentes
La loi de finances 2026 table sur une croissance économique de 4,3 % et une inflation contenue à 3 %. Ces hypothèses macroéconomiques visent à soutenir les recettes fiscales tout en évitant les déséquilibres susceptibles d’alourdir la dette publique.
Par ailleurs, l’État prévoit la mobilisation de 3 104,2 milliards de Fcfa de financements, destinés à couvrir les besoins budgétaires sans compromettre la soutenabilité de l’endettement.
Maîtrise des dépenses : un levier central
La stratégie de respect des critères Cemac repose également sur une rationalisation stricte des dépenses publiques. En matière de salaires et de pensions, la masse salariale de l’État devra rester dans la limite de 35 % des recettes fiscales, conformément aux normes communautaires.Pour l’exercice 2026, les crédits budgétaires alloués aux recrutements planifiés sont plafonnés à 14,9 milliards de Fcfa, afin de contenir l’évolution de la masse salariale. S’agissant des Collectivités territoriales décentralisées, les dépenses de fonctionnement sont limitées à 35 %, tandis que les régions disposent d’un plafond de 30 %, renforçant ainsi la discipline budgétaire à tous les niveaux de gouvernance.
Régulation budgétaire
Les plafonds des plans d’engagement sectoriels pour 2026 sont communiqués aux ministères sous forme de quotas trimestriels, après validation par le Comité de trésorerie et de régulation du budget de l’État.En outre, les contrôleurs financiers ne sont autorisés à viser les projets de contrats (lettres-commandes et marchés) qu’avant le 15 octobre 2026, sauf exceptions prévues par la réglementation. Cette mesure vise à éviter les engagements tardifs générateurs d’arriérés et de tensions de trésorerie, facteurs d’endettement non maîtrisé.Sécurisation des recettes et transparenceLa généralisation du Numéro d’Identifiant Unique (NIU) comme référence obligatoire pour les prestataires et bénéficiaires de fonds publics renforce la traçabilité des opérations budgétaires. L’administration fiscale est également habilitée à publier les listes des contribuables à jour de leurs obligations, contribuant à l’élargissement de l’assiette fiscale et à la réduction du recours à l’endettement.
Exécutoire depuis le 1er janvier 2026 et officiellement lancé les 13 et 14 janvier 2026 à Ngaoundéré par le ministre des Finances Louis Paul Motaze, le budget 2026 se présente comme un instrument de stabilité macroéconomique.En combinant déficit maîtrisé, contrôle de la masse salariale, régulation des engagements et sécurisation des recettes, le Cameroun affirme sa volonté de rester durablement dans les critères de convergence de la Cemac, tout en finançant ses priorités de développement sans compromettre la soutenabilité de sa dette publique.
Léon Mgba
Auteur: Diapason Media Group Diapason Media Group
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